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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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Le physicien secoua finalement la tête d’un air satisfait et se pencha en avant, son crayon pointé sur le secrétaire général.

— Qu’est-ce qui vous fait croire que l’écran vidéo, comme l’appelle Karellen, est effectivement un écran vidéo ?

— J’avoue ne m’être jamais posé de questions à ce sujet. Cela ressemble à un écran vidéo. D’ailleurs, que voulez-vous que ce soit d’autre ?

— Quand vous dites que cela ressemble à un écran vidéo, je suppose que vous entendez par là qu’il ressemble à un de nos écrans vidéo à nous ?

— Évidemment.

— C’est bien ce qui me chiffonne. Je suis sûr et certain que la technologie des Suzerains dédaigne un accessoire aussi rudimentaire qu’un écran matériel. Ils projettent directement les images dans l’espace, j’imagine. Et puis, pourquoi Karellen se fatiguerait-il à utiliser un circuit de télévision, voulez-vous me le dire ? La solution la plus simple est toujours la meilleure. Ne pensez-vous pas plus plausible que votre « écran vidéo » ne soit, en réalité, rien de plus qu’une sorte de glace sans tain ?

Stormgren était tellement furieux ne pas y avoir pensé tout seul qu’il en demeura muet sur le moment. Il fouilla ses souvenirs. Dès le début, il avait accepté l’histoire de Karellen comme vérité d’Évangile. Mais maintenant qu’il plongeait dans le passé… Quand le Superviseur lui avait-il dit qu’il utilisait un circuit fermé de télévision ? Jamais. Pour Stormgren, cela allait de soi. Un joli exemple d’action psychologique. C’était de l’intox. Et il était tombé dans le panneau.

— Dans ce cas, il suffit de fracasser ce morceau de verre…

Duval poussa un soupir.

— Tous les mêmes, ces profanes ! Vous figurez-vous que c’est une substance que vous pourriez briser sans explosifs ? Et à supposer que vous réussissiez, vous figurez-vous aussi que Karellen respire forcément le même air que nous ? Vous auriez bonne mine tous les deux s’il ne se sent à l’aise que dans une atmosphère chlorée !

Stormgren se sentit tout penaud. Il aurait dû y songer.

— Alors, que proposez-vous ? demanda-t-il avec un peu d’agacement.

— Il faut que je réfléchisse. La première chose à faire est de vérifier ma théorie, et, si elle se révèle exacte, d’essayer de se faire une idée de la substance qui constitue votre « écran ». Je vais mettre deux garçons là-dessus. À propos, je suppose que vous avez un porte-documents quand vous allez à vos rendez-vous ? Celui que vous avez là ?

— Oui.

— Il devrait faire l’affaire. Inutile d’attirer l’attention de Karellen en en changeant, surtout s’il a l’habitude de vous voir avec celui-là.

— Que devrai-je faire ? Transporter un appareil à rayons X caché à l’intérieur ?

Le physicien sourit.

— Je ne sais pas encore mais je trouverai un truc. Je vous dirai quoi dans une quinzaine de jours. (Il pouffa.) Savez-vous à quoi tout ça me fait penser ?

— Oui, répliqua vivement Stormgren. À l’époque où vous construisiez des postes de radio clandestins sous l’Occupation allemande.

La déception se lut sur les traits de Duval.

— Il m’est sans doute arrivé d’évoquer une fois ou deux ces souvenirs, j’imagine. Mais encore un mot…

— Quoi donc ?

— Lorsque vous vous serez fait prendre la main dans le sac… j’ignorerai absolument ce que vous aviez l’intention de faire avec ce matériel, nous sommes bien d’accord ?

— Comment ? Quand je pense à tout le foin que vous avez fait un jour à propos de la responsabilité sociale du savant face à ses inventions ! Vraiment, j’ai honte pour vous, Pierre !

Stormgren posa sur la table l’épaisse chemise contenant la téléscription du document avec un soupir de soulagement.

— Voilà enfin la question réglée, grâce au ciel, dit-il. Cela fait un drôle d’effet de penser que l’avenir de l’humanité est contenu dans ces quelques centaines de feuillets. L’État mondial ! Je n’avais jamais pensé assister de mon vivant à sa naissance.

Il glissa le dossier dans son porte-documents dont le dos n’était pas à plus de dix centimètres du sombre rectangle de l’écran. De temps en temps, il en caressait les fermoirs du bout du doigt, réaction nerveuse dont il n’avait qu’à moitié conscience, bien qu’il n’eût pas l’intention d’appuyer sur le bouton de commande caché avant la fin de l’entrevue. Il n’était pas exclu que quelque chose marche de travers. Il aurait juré que Karellen ne remarquerait rien mais on ne peut jamais être sûr.

— Vous avez dit que vous aviez des nouvelles, continua le secrétaire général avec une impatience mal dissimulée. Serait-ce au sujet de…

— Oui, l’interrompit Karellen. La décision m’est parvenue il y a quelques heures.

Que voulait-il dire ? Le Superviseur n’avait certainement pas pu communiquer avec sa lointaine planète que Dieu seul savait combien d’années-lumière séparaient de sa base opérationnelle. Peut-être – cela, c’était la théorie de Van Ryberg – avait-il simplement consulté quelque gigantesque ordinateur capable de prédire le résultat de n’importe quelle initiative politique.

— Je doute qu’elle réjouisse beaucoup la Ligue de la Liberté et les organisations sœurs, enchaîna Karellen, mais elle devrait contribuer à relâcher la tension. À propos, la suite de notre conversation ne sera pas enregistrée. Vous m’avez souvent répété, Rikki, que, quelle que soit notre apparence physique, la race humaine s’y habituerait rapidement. Cela prouve que vous manquez d’imagination. Ce serait probablement vrai dans votre cas, mais il ne faut pas oublier l’ignorance dans laquelle se débat encore l’écrasante majorité de vos semblables. Ce monde croule sous le poids de préjugés et de superstitions qu’il faudra des décennies pour extirper.

« Vous conviendrez que la psychologie humaine n’est pas pour nous un domaine inconnu. Nous savons de façon assez précise ce qui se produirait si nous nous révélions au grand jour en l’état actuel de l’évolution de cette planète. Je ne peux pas entrer dans les détails, même avec vous, et vous allez être obligé de faire confiance à mon analyse. Nous sommes cependant en mesure de vous faire une promesse ferme que je crois susceptible de vous donner partiellement satisfaction. Dans cinquante ans, c’est-à-dire d’ici deux générations, nous sortirons de nos vaisseaux et l’humanité nous verra alors tels que nous sommes.

Stormgren digéra cette déclaration en silence. Elle ne le réjouissait pas comme elle l’aurait fait un peu plus tôt. À vrai dire, cette victoire fragmentaire le déroutait quelque peu et, l’espace d’un instant, sa résolution faiblit. La vérité finirait par se faire jour dans l’avenir : sa machination était donc inutile, peut-être même imprudente. S’il s’obstinait à mener son projet à bien, ce ne serait que pour une raison égoïste, à savoir que, dans un demi-siècle, il ne serait plus de ce monde.

Karellen dut deviner son hésitation car il continua en ces termes :

— Si vous êtes déçu, j’en suis navré, mais tout au moins, les problèmes politiques du proche avenir ne vous incomberont pas. Peut-être pensez-vous que nos craintes sont sans fondement mais, croyez-moi, nous avons des preuves éloquentes du danger qu’il y aurait à agir autrement.

Stormgren se pencha en avant et dit d’une voix hachée :

— C’est donc que l’Homme vous a déjà vus !

— Je n’ai pas dit cela, rétorqua précipitamment Karellen. Votre planète n’est pas la seule que nous supervisons.

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