Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe
- Автор: Fripiat Bernard
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Éditions Vuibert
- ISBN: 978-2311100501
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe». Краткое содержание книги:
Rassurez-vous, c'est voulu !
Comment pourrait-il en être autrement dans un pays à l'histoire si tumultueuse ? Comme la France, notre orthographe a traversé les siècles en empruntant des voies détournées, sans craindre détours et autres pirouettes.
Il fallait un Belge comme Bernard Fripiat pour raconter cette histoire avec un humour et une irrévérence qui déculpabiliseront les pires cancres. En une centaine de pourquoi, il explique l'origine de chaque difficulté et raconte la folle épopée d'une orthographe que le monde entier nous envie…
Biographie de l'auteur
Historien passionné par la langue française, Bernard Fripiat anime depuis vingt ans des stages d orthographe en entreprise. Auteur dramatique, il est également comédien et chroniqueur radio. En 2013 il a publié L'Orthographe : 99 trucs pour en rire et la retenir (éd. Gunten).
48. POURQUOI ÉCRIVONS-NOUS « QUANT » ET « QUAND » ?
L’utilisation que nos moines faisaient du latin partait souvent d’une bonne intention. Par exemple, en latin, quando signifie « quand » et quantum, qui a donné notre « quant », « combien ». Au XIe siècle, notre « quand » s’écrivait quant. Ce n’est qu’au XIVe siècle que nous aurons l’idée de mettre un d en souvenir des Romains et pour éviter de les confondre.
Beaucoup de personnes hésitent sur l’orthographe de « quand » dans la phrase : « Quand arrive-t-il ? » parce que les juristes ont voulu nous aider à ne pas confondre ! Ça a quelque chose de touchant ! Non ?
49. POURQUOI AVONS-NOUS FAILLI METTRE UN M AU PRONOM « ON » ?
Le m final latin est souvent devenu n. Nos troubadours écrivaient non notre « nom » : cette orthographe n’a pas perduré. Ils employaient aussi déjà le pronom on, dont l’histoire est plus tordue. Il vient du mot latin pour « homme », homo.
Lorsque l’homme était sujet, les Latins disaient homo. Au fil du Moyen Âge, le o final a disparu, le h également, et le om restant est devenu on sous la plume des troubadours. Observons que le pronom « on » est toujours sujet ! Quand un auteur écrit ce genre de phrase, il se dit toujours : « Pourvu que quelqu’un n’aille pas me sortir un cas… »
Mais quand notre homme était complément d’objet direct, Messaline écrivait hominem. Homo hominem videt peut se traduire par « l’homme voit l’homme ». Preuve qu’un exemple idiot peut être clair. Le m final cesse de se prononcer, le i aussi et le n se fait avaler par son voisin. Cela donnera la prononciation ome que les troubadours auront tendance à écrire ainsi. Nos juristes remettront les deux m et le h en souvenir du latin.
Quant au pronom « on », Robert Estienne essaye vainement d’imposer hom car il sait qu’il vient du latin homo. Il échouera ! Na !
50. POURQUOI DÈS NOTRE ENFANCE DEVONS-NOUS DISTINGUER « POISON » ET « POISSON » ?
Au Moyen Âge comme à notre époque, le s entre deux voyelles se prononçait z. Pourquoi ne pas saisir cette belle occasion de mettre pour de bon un z à la place de ce s esseulé ? À cause des Romains ! Si nous devions transcrire en français la manière dont les Romains prononçaient rosa, nous écririons rossa. Nous le prononçons d’ailleurs ainsi à l’initiale d’un mot : « Chérie, le sel ! » ou après une consonne : « Verse-moi une bière ! » Il paraît qu’un exemple machiste peut provoquer un buzz…
Au fil des siècles, la prononciation romaine du s entre deux voyelles s’est transformée en z. Écrire z aurait simplifié les choses. D’ailleurs, en début de mot, nous arrivons à noter « Zorro mange du sel ». Mais comme les Romains écrivaient rosa qui donnera notre « rose », nous préférerons ce s à un z éventuel, quitte à le doubler quand la prononciation l’exige. Voilà pourquoi des millions d’enfants devront distinguer « poison » et « poisson » !
51. POURQUOI NOS JURISTES DÉTESTENT-ILS LES HOMONYMES ?
À côté du principe d’analogie, nos juristes appliquent celui de distinction, qui permet de repérer très vite le sens d’un mot. Seule leur haine des homonymes le justifie. Encore un principe qui trouve ses racines dans une haine !
Rédigeant pour être déclamé par des récitants qui ont le temps devant eux, Chrétien de Troyes et nos troubadours peuvent écrire sin. Selon le contexte, le lecteur saura à quel sin se vouer. Si, par hasard, il n’a pas inventé la poudre, il chantera le mot, comptant sur la perspicacité de son auditoire. La Star Ac n’a pas tout inventé.
Mais le fonctionnaire pressé perdra du temps à découvrir de quel sin l’auteur parle. S’il se trompe, il risque gros. Comme il connaît la langue de Rome, il apprécie de voir l’orthographe du mot rapprochée de son équivalent latin. En latin, « sein » se dit sinum, « ceint », cinctu, « cinq », quinque, « sain », sanus et « saint », sanctus. Les mots latins meos et magis permettent de distinguer « mes » et « mais ». Les juristes écrivent « cœur » et « chœur » à cause de cor et chorum. Les deux l à « ville », qui vient de la villa romaine, permettent de ne pas confondre avec « vile », la méchante dame.
Gardez en tête que ces orthographes qui vous torturent ont aidé des générations de juristes à comprendre rapidement un texte ! Il y a toujours une explication.
52. POURQUOI DEVONS-NOUS DISTINGUER « COMPTER » ET « CONTER » ?
Lorsque le latin ne permet pas de distinguer les homonymes qu’ils détestent, nos juristes se payent le luxe d’inventer deux orthographes pour séparer deux mots de même origine, mais de sens différent.
« Compter » et « conter » viennent du latin classique computare, qui signifiait « calculer ». Au fil des siècles, le u cesse de se prononcer et le p ne se prononce plus devant un t. Le e final de are cesse de se dire et le ar finit par se prononcer é. C’est pourquoi le verbe amare donnera notre « aimer ». Nos troubadours écrivaient conter et lui donnaient le sens de « conter » et de « compter ». Une prémonition ! Nos braves juristes, qui n’imaginaient pas que des saltimbanques puissent gagner de l’argent en contant fleurette, décidèrent de distinguer les deux termes. Ils ajoutèrent un p qui ne se prononçait pas. Voilà pourquoi vous avez dû apprendre à distinguer ces deux mots. Notons que ces messieurs ont rapproché du latin le mot qui leur semblait le plus noble. Des poètes, je vous dis !
Ce qui explique l’étrangeté du mot « comptine », dont le sens se rapproche plus de « conte » ! En faisant des totaux, les juristes ressentaient-ils la nostalgie de l’enfance ? Mystère !
53. POURQUOI ÉCRIVONS-NOUS « EXEMPLE » ET « SOIXANTE » ?
Nos juristes s’inspirent du latin par goût. Eh oui ! Ils aiment ça ! Cette passion aura une grande influence ! À l’époque mérovingienne, le x latin tend à se prononcer s. Les troubadours écrivaient comme ils parlaient. Dans leurs manuscrits, il n’est pas rare de voir Alessandre à côté d’Alexandre. Puis, la connaissance du latin nous incitera à remettre ce x.