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Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe

Электронная книга - «Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe». Краткое содержание книги:

L'orthographe, ses règles obscures et ses exceptions vous font souffrir ?
Rassurez-vous, c'est voulu !
Comment pourrait-il en être autrement dans un pays à l'histoire si tumultueuse ? Comme la France, notre orthographe a traversé les siècles en empruntant des voies détournées, sans craindre détours et autres pirouettes.
Il fallait un Belge comme Bernard Fripiat pour raconter cette histoire avec un humour et une irrévérence qui déculpabiliseront les pires cancres. En une centaine de pourquoi, il explique l'origine de chaque difficulté et raconte la folle épopée d'une orthographe que le monde entier nous envie…
Biographie de l'auteur
Historien passionné par la langue française, Bernard Fripiat anime depuis vingt ans des stages d orthographe en entreprise. Auteur dramatique, il est également comédien et chroniqueur radio. En 2013 il a publié L'Orthographe : 99 trucs pour en rire et la retenir (éd. Gunten).
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Orgon
Comment ! vous moquez-vous ?
Tartuffe
On m’y hait, et je voi Qu’on cherche à vous donner des soupçons sur ma foi

Contrairement à ce que pense mon correcteur orthographique, Molière ne fait pas de faute à je voi. À la même époque, le grammairien Vaugelas conseille de ne pas mettre de s à la première personne et de remplacer le i final par un y : je voy…

Ce n’est qu’en 1694 que l’Académie rejette son avis et donne tort à Molière en précisant que les terminaisons des verbes de la première personne ne se terminant pas en e sont longues et que le s symbolise cette longueur. En réalité, ils appliquent plutôt le principe d’analogie avec la deuxième personne. Jusqu’en 1798, je sai est toléré, vestige d’une époque révolue.

39. POURQUOI LA TROISIÈME PERSONNE PREND-ELLE UN T AU SINGULIER ET NT AU PLURIEL ?

Parce que, dans le temps, nous l’entendions !

Le t du singulier que les enfants oublient ou mettent quand il ne faut pas n’a pas toujours eu la cote. Pour preuve, cet extrait de la deuxième préface du Dictionnaire de l’Académie : « lenteur qui n’exclud point la diligence ». Certes, je l’ai sorti de son contexte. Mais leur exclud mérite une méditation.

Le t du singulier s’explique par le Romain qui écrit et dit amat quand « il aime », dicit quand « il dit ». Les troubadours le prononçaient encore et ils ne sont pas les derniers. Le premier à disparaître aux environs du XIIe siècle sera le t qui suit la lettre e. Ainsi, amat devient aimet puis « aime ». Voilà pourquoi nous ne mettons pas de t lorsque le verbe conjugué se termine par e. Les t qui ont cessé très tôt d’être prononcés ont eu la chance de ne pas être écrits.

Au pluriel, les Romains mettent nt et le prononcent. Cantant a donné « ils chantent ». Le e vient du a latin. Les troubadours prononcent à la romaine ou comme les Anglais disent management. Le nt cessera de s’entendre au XVIe siècle. On l’a gardé par souci étymologique. Un e vient avant le nt rappeler qu’on ne nasalise pas la syllabe : si « chantaient » s’écrivait chantaint, on le prononcerait comme « main ». Dans le cas des formes en ont, nous n’allions pas mettre un e imprononçable entre o et n, d’autant plus que, étymologiquement, le on vient souvent du un : sunt a donné « ils sont ».

40. POURQUOI ÉCRIVONS-NOUS « VOUS NE MARCHEZ PAS ASSEZ VITE » ?

Pour offrir aux enfants le plaisir de calligraphier le z !

Le z est pratiquement inexistant en latin. Les Romains l’utilisaient seulement pour écrire des mots empruntés au grec. En effet, l’alphabet d’Homère possède une lettre, le zêta ζ, qui se prononçait dz, comme nous le rappelle Zeus. Nos latinistes nationaux ne pouvaient pas quant à eux ignorer une lettre à hampe d’une telle beauté. Le z qu’ils écrivent est en effet celui qui descend sous la ligne, que nous apprenons encore à l’école mais négligeons dans la vie quotidienne. Quoi de mieux que cette lettre majestueuse pour distinguer la fin d’un mot ? C’est pourquoi nos juristes du XIIIe siècle l’adoraient.

Le suffixe tis est très fréquent en latin. Satis signifie « suffisamment ». Si nous draguons une Romaine qui nous dit : satis, elle veut signifier : « ça va ». Si nous sommes durs de la feuille, elle insistera en ajoutant un ad devant le satis. Quand une Romaine crie : ad satis, cela correspond à notre : « tu te calmes ou j’appelle ta femme ». Nos juristes, précurseurs involontaires du langage SMS, abrègent adsatis en adsaz. Lorsqu’ils traduisent adsatis par le français « assez », le z est déjà sur place et s’y montrera indélogeable. Outre « assez », trois autres mots garderont ce z médiéval sans qu’un tis ait besoin de nous servir d’alibi.

« Chez » vient de l’expression latine in casa (« dans la maison ») qui s’écrira en chiès au Moyen Âge. Le en finit par disparaître, ce qui permet à notre « chez » de devenir une préposition.

« Nez » vient du latin nasus. Ce z ne sera pas supprimé en 1762 de peur de le confondre avec le participe passé masculin du verbe « naître » (« nés ») qui vient de perdre son ez au profit du és. L’orthographe ressemble parfois à l’administration. Dès qu’elle simplifie un élément, une multitude d’imprévus vient tout compliquer. Si vous y voyez une allusion à l’accord des participes passés, vous avez bien raison.

Nous retrouvons aussi ce z dans notre « rez-de-chaussée ». Rez vient du participe passé latin rasus du verbe radere, qui signifie « raser » et qui donnera l’ancien français rez (« à ras »), littéralement « au ras de la chaussée ». En 1549, Robert Estienne cite l’expression a ré dans emplir a ré. La variante rez est probablement le pluriel de ce que nous retrouvons dans la phrase « ma belle-mère vit au rez-de-chaussée ». Personnellement, je la préfère au grenier, mais je devais parler du rez.

Je vous le donne en mille : « vous aimez », en latin, se dit amatis !

Dans le registre, nous l’avons échappé belle : comme Robert Estienne ne veut pas mettre d’accent, il emploie le z pour marquer le pluriel afin que l’on voie qu’il s’agit du son é. Il applique les conseils de Bonaventure Des Périers, poète au service de la reine de Navarre, sœur de François Ier.

Vous auez tousiours s a mettre À la fin de chasque plurier Sinon qu’il y ait vne lettre Crestée au bout du singulier Et quand e y ha son entier Bonté vous guide à ses bontez Si vous suyuez autre sentier Voz bonnes notes mal notez.
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