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Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe

Электронная книга - «Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe». Краткое содержание книги:

L'orthographe, ses règles obscures et ses exceptions vous font souffrir ?
Rassurez-vous, c'est voulu !
Comment pourrait-il en être autrement dans un pays à l'histoire si tumultueuse ? Comme la France, notre orthographe a traversé les siècles en empruntant des voies détournées, sans craindre détours et autres pirouettes.
Il fallait un Belge comme Bernard Fripiat pour raconter cette histoire avec un humour et une irrévérence qui déculpabiliseront les pires cancres. En une centaine de pourquoi, il explique l'origine de chaque difficulté et raconte la folle épopée d'une orthographe que le monde entier nous envie…
Biographie de l'auteur
Historien passionné par la langue française, Bernard Fripiat anime depuis vingt ans des stages d orthographe en entreprise. Auteur dramatique, il est également comédien et chroniqueur radio. En 2013 il a publié L'Orthographe : 99 trucs pour en rire et la retenir (éd. Gunten).
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Bien que de lecture difficile, ce texte est compréhensible et témoigne de l’utilisation du z comme pluriel : ses bontez, voz.

41. POURQUOI METTONS-NOUS PARFOIS UN X OÙ IL EÛT ÉTÉ PLUS SIMPLE DE METTRE UN ?

Un hommage à un SMS de 800 ans !

Qu’ils écrivent latin ou français, nos juristes abrègent us en x. Par souci d’économie, là où les troubadours écrivaient des chevaus, ils mettent des chevax. Dès que le prix du papier baissa, nous en profitâmes pour remettre le u tout en gardant le x.

C’est également pour cette raison que nous mettons un x à « je peux », « je veux » et « je vaux ». Les troubadours écrivaient je peus et le prononçaient. Nos juristes abrègent en je pex. Plus tard, nous remettons le u, mais gardons ce x auquel nous nous étions habitués. Comme nous écrivons « je m’émeus », d’aucuns en ont conclu que, les juristes manquant d’empathie, il fallait beaucoup pour les émouvoir, mais ce sont de mauvaises langues.

Pourquoi, me demanderez-vous, mettre un s à « bleu », « pneu », « landau » et « sarrau » ? Pour le savoir, j’ai eu recours à l’excellent site de Françoise Nore. « Pneu » prend un s parce qu’il est l’abréviation de « pneumatique » et « landau » car il fait référence à une ville allemande. « Sarrau » vient tardivement de sarroc (à croire que nous avions oublié qu’il fallait un x) et « bleu » est un mot d’origine germanique.

C’est ma rubrique « merci Françoise » !

Parfois, c’est un simple caprice de nos juristes, plus qu’un souci d’économie, qui nous a légué un x final.

Ils voulaient coller au latin et constatèrent que bien des mots qui s’écrivaient jusque-là en ancien français avec un s ou un z venaient d’un mot latin en x. Aussitôt, on les change ! C’est ainsi qu’ils écrivent « paix », « croix », « noix » et « voix » parce qu’Agrippine disait pax, crux, nox et vox.

42. POURQUOI BEAUCOUP DE NOS MOTS SE TERMINENT-ILS PAR UNE LETTRE À HAMPE ?

Pour faciliter la lecture !

Nous appelons hampes les traits verticaux de certaines lettres qui montent (f, d, h…) ou qui descendent (p, y, q…). Les juristes du XIIIe siècle les adoraient car leur présence facilitait la lecture. Beaucoup d’épistoliers feront le même raisonnement. En effet, nous reconnaissons ces lettres d’un premier coup d’œil. Lors d’une lecture silencieuse, elles facilitent le décryptage des mots dans la froideur d’un bureau éclairé par des chandelles, résultat des économies systématiquement exigées du petit personnel de la fonction publique. C’était ma rubrique misérabiliste, tout à fait critiquable car les lettres à hampe agissent de même en plein air et par un beau soleil.

Tout professeur nous le dira, les seuls mots déchiffrables dans une écriture catastrophique possèdent des lettres qui montent ou descendent. Nous lisons plus facilement le début du mot « différence » que la fin. Sous quel prétexte ajouter ces lettres à hampe ? Quand ils pouvaient, nos juristes prenaient modèle sur le latin, comme pour « doigt » qui venait de digitus. Quand ils ne pouvaient pas, ils inventaient. Leur « un » qu’ils écrivaient VN se confondait dans un texte manuscrit avec le VII romain. Dès lors, ils ajouteront un g (ung) qui durera jusqu’au XVIIIe siècle. Nous aurons du mal à nous défaire de cette lettre.

La seule lettre à hampe qui possède la chance d’être une voyelle est le y. Nos anciens l’ont adoré. Un dénommé Tabourot a expliqué que la présence du y se justifiait en raison « de la trop grande obscurité que pourrait engendrer notre i commun en écriture courante et que nos praticiens français en usent à la fin de chaque diction qui se devrait finir par i ». Il est vrai que nous l’utiliserons longtemps pour repérer la fin d’un mot : amy, roy. Beaucoup de ces y disparaîtront. Nous avons toutefois gardé une trace de cet emploi dans l’adverbe de lieu « y ».

43. POURQUOI ÉCRIVONS-NOUS « AUJOURD’HUI » ?

Pour contrarier ceux qui abhorrent les pléonasmes !

Au Moyen Âge, l’écriture des sons v et w se confondait. L’habitude était d’écrire v en tête de mot et « à l’intérieur. Dès lors, vi pouvait signifier je vi ou ui, qui désigne le jour. Pour éviter toute confusion, les juristes ajoutent un h à ce dernier (hui) que le latin hodie justifiait.

Cette confusion disparaîtra : « je vis » prend un s et hui n’est plus utilisé. Néanmoins, il nous en reste une trace dans le mot « aujourd’hui » qui signifie littéralement « au jour du jour ». Vous me direz qu’il s’agit d’un pléonasme aussi intelligent que « monter en haut », « descendre en bas » ou « voire même ». Certes ! Mais il s’agit d’un pléonasme qui a réussi. Pourquoi a-t-il réussi ? Parce que tout le monde l’utilise. Pourquoi tout le monde l’utilise-t-il ? Parce qu’il a réussi…

Vous avez de ces questions, parfois !

44. POURQUOI FINISSONS-NOUS CERTAINS MOTS PAR ?

Pour faire joli.

Nos juristes avaient tendance à mettre un g à la fin de certains mots par analogie ou pour une raison étymologique.

« Joug » vient du latin jugulum. On écrivait aussi alors soing et besoing, il nous en reste « poing ». Ce dernier g s’explique par le latin pugnus. Je vous avoue ne pas avoir trouvé l’origine latine des deux autres, c’est peut-être pour cela qu’ils l’ont supprimé (pour m’aider !).

Ce g final explique aussi « hareng », « sang » (sanguinis), « bourg ». Pour « hareng », on disait aringus en bas latin, qui avait piqué ce mot à la langue des Francs.

Le latin burgus désignait une fortification. Les troubadours montraient la voie avec leur doi. Mais comme ce mot s’écrit digitus en latin, nos juristes ont ajouté gt en hommage aux Romains et pour faciliter la lisibilité de leurs manuscrits. Le mot latin leur offrait la possibilité de placer deux lettres à hampe ! Comment résister à une telle tentation ?

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