Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Научная фантастика » Shadrak dans la fournaise [Shadrach in the Furnace - ru]
Shadrak dans la fournaise [Shadrach in the Furnace - ru] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Shadrak dans la fournaise [Shadrach in the Furnace - ru]

Электронная книга - «Shadrak dans la fournaise [Shadrach in the Furnace - ru]». Краткое содержание книги:

De sa tour d’Oulan-Bator, Gengis II Mao IV Khan règne, en ce XXIe siècle, sur le monde entier. Sur ce qu’il en reste. En 1991, une éruption cataclysmique du Cotopaxi a assombri le ciel pour des semaines. A la faveur de la terreur et de la nuit, des émeutes. Puis des révolutions. Des guerres, enfin. Et sur les ruines du vieil ordre, les survivants meurent lentement du pourrissement organique, virus surgi d’une usine d’armes bactériologiques. L’humanité pourrit sur pied. Sauf à Oulan-Bator, sauf dans l’organisation du Khan, où grâce à l’antidote de Roncevic, déveteppé sur son ordre, le pourrissement est arrêté. Grâce à l’électronique, le Khan a des yeux partout. Il est le garant de Reconstruction. Il manifeste une vitalité prodigieuse. Il a quatre-vingt-treize ans. Il ne veut pas mourir. Avec l’aide de Shadrak, noir américain devenu son médecin, il ne mourra jamais. Grâce à trois projets immortalité dont le plus sinistre, Avatar, consiste à transférer dans un corps jeune sa personnalité. Pour assurer une tyrannie éternelle ?
1 ... 12 13 14 15 16 17 18 19 20 ... 81
Перейти на страницу:

— Roger, tu te sens bien ?

— Mauvais. Un nègre, et un mauvais.

— Ça va, j’ai entendu.

Il sent du côté gauche de son crâne un battement douloureux. Il regrette d’avoir reconnu la présence de Buckmaster, et voudrait le voir disparaître. En soi, l’insulte raciale est plus grotesque qu’autre chose. Shadrak n’a jamais eu de raison de se tenir sur la défensive pour une question de peau, mais la gratuité de l’agression l’intrigue, et il n’est pas encore suffisamment dégagé de l’emprise de sa propre expérience transtemporelle pour vouloir croiser le fer sous quelque forme que ce soit avec un guignol vociférant tel que Buckmaster, pas maintenant, surtout pas maintenant. Peut-être vaut-il mieux l’ignorer. Shadrak abaisse le bras et recule vers une colonne lumineuse.

Mais Buckmaster rompt le silence.

— Tu ne te sens pas couvert de honte, Mordecai ?

— Écoute, Roger…

— Tu ne nages pas dans le remords, pour chaque saloperie accomplie au cours de ta vie de traître ?

— Ça va comme ça. Qu’est-ce que tu as bu, là-dedans ?

— Pareil que les autres. La drogue, rien que la chronodrogue, le truc qu’ils te font prendre. Tu crois qu’ils m’ont filé du hasch ? Que je me suis bourré au scotch ? Négatif, rien que leur gnôle-à-temps, et ça m’a ouvert les yeux, crois-moi. Ça me les a bien ouverts !

Buckmaster s’approche à trente centimètres de Mordecai et continue de crier tout en levant vers lui un regard plein de haine. Shadrak a l’impression qu’on lui enfonce à grands coups un clou dans le crâne.

— J’ai vu Judas qui Le vendait ! rugit Buckmaster. J’y étais, à Jérusalem, à la Cène, je les regardais manger. Treize à table, hein ? J’ai versé le vin de mes propres mains, espèce de diable noir, je l’ai regardé sourire, la bouche en cœur, le Judas, je l’ai même vu Lui parler à l’oreille. Et puis après, dans le jardin, tu sais. Gethsémani, là dans l’ombre…

— Tu veux un tranquillisant, Roger ?

— Fous-moi la paix, avec tes saletés de pilules !

— Tu t’emballes. Tu devrais essayer de te calmer.

— Écoutez-le qui me donne des conseils. À moi. Non, tu me doperas pas. Et tu vas faire gaffe pendant que je te dis…

— Une autre fois.

Shadrak est coincé entre Buckmaster et la colonne, mais il réussit à se glisser sur le côté, et s’éloigne en remuant l’air de ses bras, comme si Buckmaster était un miasme qu’il voudrait dissiper.

— Je suis fatigué. Moi-même, j’ai eu un trip très dur. Je ne suis pas d’attaque pour tes histoires, si ça ne te fait rien. Vu ?

— Et comment, que tu seras d’attaque. Je vais te dire. Je te tiens, et tu vas écouter. J’ai tout vu, Judas qui s’amène et L’embrasse dans le jardin, et qui dit, Maître, Maître, pareil que dans le Livre, et puis les soldats romains qui bouclent tout et qui L’arrêtent – oh ! le putain de traître ! Je l’ai vu, j’y étais, je sais ce que c’est qu’être coupable, à présent. Tu le sais, toi ? Non. Et tu es aussi coupable que lui, d’une autre manière, mais t’es le même, Mordecai.

— Moi, je suis un Judas ?

Shadrak hoche la tête avec lassitude. Les ivrognes l’énervent, même s’ils ne se sont saoulés qu’avec la drogue des transtemporalistes.

— Je ne comprends rien à ce que tu racontes. Qui suis-je censé avoir trahi ?

— Tout le monde. L’humanité.

— Et tu n’es pas saoul, à part ça.

— Jamais été plus sobre. Ça, j’ai les yeux ouverts, à présent ! Qui c’est qui le maintient en vie, réponds-moi ? Qui est là à lui filer des injections, des médicaments, des pilules, à gueuler qu’on envoie le chirurgien dès qu’il a besoin d’un nouveau rein ou d’un nouveau cœur, hein ? Hein ?

— Tu veux la mort du président ?

— Et comment !

Shadrak en a le souffle coupé. Manifestement, l’expérience transtemporelle de Buckmaster lui a fait perdre la raison. Shadrak n’a plus à subir ça. Il faut protéger le petit bonhomme furieux de lui-même.

— Tu vas te faire arrêter, si tu continues comme ça. Il nous écoute peut-être.

— Il est sur le cul, à moitié mort après son opération, réplique Buckmaster. Tu crois que je l’ignore ? Tu lui as planté un nouveau foie aujourd’hui.

— Ça ne fait rien, il a des caméras espions partout, des enregistreurs – tu en as conçu quelques-uns toi-même, Buckmaster.

— Je m’en fous. Qu’il m’écoute !

— Alors, te voilà révolutionnaire ?

— Mes yeux sont ouverts. J’ai connu la révélation, sous celte tente. La culpabilité, la responsabilité, le mal…

— Tu penses que si Gengis Mao mourait, le monde s’en trouverait mieux ?

Buckmaster se déchaîne.

— Oui ! oui ! Il nous pompe tous pour vivre éternellement. Il a transformé le monde en maison de fous, il en a fait un putain de zoo ! Écoute, Mordecai, on pourrait reconstruire, on pourrait faire circuler l’antidote et soigner toute la planète, au lieu de quelques élus, on pourrait retrouver ce qu’on avait avant la Guerre, mais non, zéro, on vit sous le règne d’un foutu Mongol, un khan, tu te rends compte ? Un khan centenaire et qui veut la vie éternelle ! Et sans toi, il aurait crevé depuis cinq ans !

Shadrak voit où Buckmaster veut en venir et porte les mains à ses tempes d’un air accablé, souhaitant plus que jamais échapper à cette conversation. Buckmaster est un imbécile, sa diatribe est facile et trop évidente. Shadrak a réfléchi à tout ça il y a longtemps, il a envisagé les problèmes moraux et décidé de passer outre. Naturellement que c’est mal de servir un dictateur. Ce n’est pas un boulot pour un bon petit nègre de Philadelphie, sincère et appliqué, et qui veut faire le bien. Mais Gengis Mao est-il le mal ? Y a-t-il d’autres termes à l’alternative : lui ou le chaos ? Si Gengis Mao est inévitable, comme un élément naturel, comme le lever du soleil ou la pluie, alors nulle culpabilité ne s’attache à son service : on fait ce qui semble convenir, on vit sa vie, on accepte son karma, et si on est médecin on soigne, sans s’occuper de ce qu’implique l’identité du patient. Ce n’est pas, de la part de Shadrak, une auto justification spécieuse, mais plutôt une déclaration de consentement à son destin. Il refuse d’endosser une culpabilité qui n’a pas de sens à ses yeux, et il ne va pas laisser Buckmaster – surtout pas lui – le fustiger à propos d’inepties, ou l’accuser de loyauté mal placée.

Il se rend compte que Nikki Crowfoot est sortie de la tente des transtemporalistes et l’attend à côté, mains sur les hanches.

— Excuse-moi, je dois m’en aller, dit-il à Buckmaster.

Nikki paraît transfigurée. Ses yeux brillent, son visage luit d’une sueur extatique, c’est tout son corps qui semble étinceler. Tandis que Shadrak s’avance vers elle à grands pas, elle prend acte de sa présence d’une inclinaison de tête, mais elle est encore loin, perdue dans son hallucination.

— Partons, dit-il. Buckmaster a un peu perdu les pédales et se rend insupportable.

Il va prendre la main de Nikki.

— Attends ! hurle Buckmaster en courant vers eux. Je n’en ai pas fini avec toi. J’ai encore des choses à te dire, putain de nègre !

Mordecai hausse les épaules.

— Bon. Je t’accorde une minute. Que veux-tu que je fasse, au juste ?

— Cesse de le soigner.

— Je suis médecin, Buckmaster. Et c’est mon malade.

— Précisément. C’est pourquoi je dis que tu es coupable, que tu es un salaud. Il y a des milliards de gens à soigner de par le monde, et c’est lui que tu as choisi. En nous condamnant encore à des décennies de Gengis Mao.

— Quelqu’un d’autre le ferait, si ce n’était pas moi, dit doucement Shadrak.

1 ... 12 13 14 15 16 17 18 19 20 ... 81
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)