La tombola des voyous
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #26
- Год: 1957
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «La tombola des voyous». Краткое содержание книги:
Et c'est à cause de cette bizarre technique que tout a commencé. Nous étions penchés sur un immense bac d'abats, aux Halles, à la recherche du morceau convoité, quand le père Pinaud qui nous avait accompagnés pousse un léger cri et s'évanouit. Un coup d'œil dans le bac m'avait renseigné…
Ce n'était vraiment pas beau à voir, et ça n'avait jamais appartenu à un Quadrupède !
Je lui retire la tête… Elle est haletante, suffocante, rougeoyante, asphyxiée.
— Alors, môme, on se met à table ou on continue ?
Elle essaie de retrouver son souffle, puis, lorsqu’elle a récupéré quelques centimètres cubes d’oxygène, elle bredouille :
— Fumier !
Me dire fumier, à moi, San-Antonio, l’homme qui remplace le beurre des Charentes par du beurre de Normandie !
Elle a droit à de nouvelles ablutions un peu plus prolongées. Lorsque je la sors de sur cette monture qui lui a fait perdre tant de fois la mise, j’ai les jetons parce qu’elle est évanouie !
Vous ne voyez pas qu’elle soit fragile du palpitant et qu’elle se soit fait la valise ? J’aurais bonne mine, pour le coup !
Presto, je lui fais la respiration artificielle. Elle crache de l’eau et rouvre les camougles.
— Comment te sens-tu, Vénus aquatique ?
Cette fois, je comprends qu’elle fasse camarade.
Elle a lutté tant qu’elle a pu, mais maintenant elle va parler.
Comme elle claque des ratiches, je la reporte sur le paddock et jette une couverture sur elle.
— Vas-y, ma belle, raconte.
Elle murmure :
— C’est Jo Padovani qui m’a chargée de poster la lettre.
— Jo le Turc ?
— Oui…
Je me gratte le nez, surpris. Padovani n’est pas né à Istanbul ainsi que le laisserait supposer son surnom, mais à Bastia, comme tous les gars qui se promènent dans Paris avec une machine à gommer les extraits de naissance sous le bras gauche. On l’appelle le Turc parce qu’il est d’une force peu commune. C’est lui qui déchire en quatre un jeu de cinquante-deux brèmes et qui soulève avec les dents un guéridon de bistrot en marbre.
Je ne l’ai jamais rencontré, mais je connais sa bouille et son pedigree par les fichiers de la maison Lapoule ! Ça n’est pas la fleur des pois… Drogue, traite des blanches, hold-up ; il a un curriculum qui ressemble à la première page du Parisien libéré. Il a été impliqué itou dans des règlements de comptes, mais jamais encore dans ce que nous appelons une vraie affaire criminelle.
Que son nom soit jeté sur le tapis dans le cas présent me déconcerte un brin.
Pendant que je médite, la fille récupère un peu… Elle pousse de gros soupirs pour retrouver son souffle.
Elle est vraiment pitoyable. Sa pauvre gueule fendrait le cœur à un huissier si les huissiers avaient un cœur.
— Autre chose, Bébé rose, tu savais ce que contenait l’enveloppe ?
Elle a des quinquets bourrés d’innocence.
— Moi, non… Jo m’a simplement dit de la manipuler avec soin et d’avertir la postière que c’était fragile !
Ah ! les lâches ! Bien sûr qu’elle ignorait le contenu de l’enveloppe, la môme Trottoir ! Il n’allait pas l’affranchir, son jules ! Il lui fait poster ça parce qu’il avait les chocottes que la machine infernale n’explose au moment du compostage… Tous des trouillards, dans le fond ! Ça crâne parce que ça porte de l’artillerie, mais c’est pas ces mecs-là qui plongeraient pour retirer de la tisane un gars en train de se noyer. Du reste, c’est connu : les barbeaux ne savent pas nager !
Je regarde la belle brune. La douche l’a un peu éteinte.
— Tu bosses pour Padovani ?
— Qu’est-ce que ça peut vous foutre ?
— Oh, dis, tu te prends pour la reine of England ?
— Et en admettant ?…
Il se passe quelque chose en elle. Quelque chose qui a été long à venir : la curiosité. Jusque-là, elle n’a pas eu le temps de se poser des questions, tout s’est déroulé trop vite… Elle est allée de surprise en surprise ; de l’inquiétude à la peur… Mais maintenant, elle se demande ce que signifie mon comportement.
— Alors tu n’es pas au courant de ce que maquille ton homme ?
— Il n’est pas bavard…
— Tu as entendu parler de la tête coupée des Halles ?
Elle devient verte comme une laitue.
— C’est du bidon ! balbutie-t-elle.
— Tu parles ! Sais-tu ce qu’il y avait dans l’enveloppe délicate à manier ? Une bombe, ma chérie… Et cet engin vient de tuer une chic petite môme qui n’avait jamais fait de mal à une mouche. Alors m’est avis que ton Padovani va la sentir passer… Où peut-on le trouver, ce gentleman ?
Re-motus. C’est le genre discret, ce lot !
— Tu ne veux pas que je recommence la séance de bidet ! Je sais que t’es douée pour les bulles, mais quand même…
« De toute façon, si tu ne me le disais pas, je lui filerais la paluche dessus avant la fin de la journée… Alors, hein ? »
Elle baisse la tête.
— J’ai pas l’habitude d’en croquer, dit-elle. C’est mon homme et on ne balance pas son homme ! Ça ne se fait pas, c’est incorrect !
— Parfait…
Je sors de ma poche des ciseaux pliants dont je me sers pour me couper les ongles… Je prends une grosse mèche de tifs à la radeuse et je la tranche net. Je lui colle la mèche sur la poitrine.
— Tu vas ressembler à Zizi Jeanmaire… pour commencer. Ensuite, ce sera à Yul Brynner si tu ne parles pas avant !
Les femmes, c’est recta : elles aiment le niston qui les oblitère, mais elles lui préfèrent encore leur beauté.
La voilà qui gémit comme une écorchée.
— Non ! Non !
— Où habite Jo ?
Elle hésite encore. Je lui tords un paquet de crins pour constituer une belle mèche, je tranche le tout et me colle les cheveux sectionnés sous le nez.
— Une supposition que je m’appelle Tarass Boulba ! fais-je en rigolant.
C’en est trop.
— Vous le trouverez au Bar des Amis, rue Lamarck !
— À partir de quelle heure ouvre-t-il ses bureaux ?
— Vers une heure…
— Tu le rejoins, habituellement ?
— Seulement le soir…
— Bon… J’espère que tu ne me vends pas de boniments à la graisse de cheval mécanique, hein, vierge ardente ? Parce qu’alors, c’est pas seulement tes douilles que je prendrais, mais ton scalp complet… J’ai un pote indien spécialisé dans la question.
Là-dessus, je lui mets un une-deux au menton, ce qui l’endort pour un bout de moment.
Je quitte la turne et je descends à la réception. Il y a un vieux larbin anémique qui s’appuie sur un balai en attendant de mourir.
Il pose sur moi un regard admiratif.
— Vous, alors, dit-il, vous en prenez pour votre argent !
Ça me fait penser que j’ai oublié de récupérer mes biftons.
— Je peux téléphoner ? demandé-je.
— C’est cinquante centimes !
Tandis que je compose le numéro de mon bureau, le larbin me pousse aux confidences.
— Ah ! c’est quelqu’un, cette Marie-Jeanne, fait-il. Je n’entends que des compliments sur elle… Elle est gentille, docile…
— C’est juste, admets-je. Elle est du bois dont on fait les pipes !
À l’autre bout, on décroche. Je reconnais le « allô » bêlant de Pinuche.
— Ah ! c’est toi, dit-il. Tu as du nouveau ?
— Un peu…
Je lui recommande de faire ramasser la môme Marie-Jeanne à l’hôtel par deux gars capables de résister à ses charmes exposés généreusement.
— Qu’on n’oublie pas son sac à main, recommandé-je, il y a une partie de mes capitaux investis dedans.
— Que doit-on faire de la fille ?
— L’habiller, car elle est nue comme une statue, puis la foutre au secret. Ensuite tu sauteras dans un bahut et tu iras en vitesse récupérer Bérurier qui doit mijoter rue de Lancry. Toujours sans perdre de temps, venez me rejoindre tous les deux au Bar des Amis, rue Lamarck… Faites comme si vous ne me connaissiez pas, vu ?