La tombola des voyous
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #26
- Год: 1957
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «La tombola des voyous». Краткое содержание книги:
Et c'est à cause de cette bizarre technique que tout a commencé. Nous étions penchés sur un immense bac d'abats, aux Halles, à la recherche du morceau convoité, quand le père Pinaud qui nous avait accompagnés pousse un léger cri et s'évanouit. Un coup d'œil dans le bac m'avait renseigné…
Ce n'était vraiment pas beau à voir, et ça n'avait jamais appartenu à un Quadrupède !
Là-dessus, je m’empresse de revenir draguer rue de Sèze. La pétroleuse fait des petits pas étroits à cause de sa jupe fourreau et de ses talons aiguille. Je la regarde en lui téléphonant le maximum de lubricité dont je suis capable. Elle me répond par un sourire qui me convoite, tête un peu inclinée.
Justement un livreur s’en va avec sa camionnette. Je range mon tréteau et je m’annonce vers la fille.
Elle me regarde radiner, l’air ravi. C’est une chouette pépée brune, baraquée comme un modèle d’exposition.
Je m’arrête à sa hauteur.
— Dites-moi, beauté, vos charmes se montent à combien ?
Elle sourit.
— Pour un beau gosse comme vous, je suis prête à faire des folies… Tiens, cinquante francs et c’est la grande séance en scopecouleurs !
— J’ai pas l’habitude d’arroser les frangines de cette façon… Tu me feras sûrement un prix de faveur, hein, ravissante ?
— Viens, on s’arrangera toujours…
Elle s’engouffre dans un hôtel proche. Je lui file le train, pas fiérot du tout.
Je casque la soubrette et je pousse la targette.
La chambre est propre, assez grande, meublée de façon moderne. Je vais fermer la croisée et tirer les rideaux.
— Tu es un petit vicieux, toi, apprécie la pétasse. Tu aimes le noir…
— C’est congénital, mon père était photographe.
— Et t’as de l’esprit, en plus !
— Ah, ça se remarque !
Elle me balance un dernier sourire puis, avec une gentillesse inquiète :
— Alors, ce petit cadeau, mon gros lapin ?
Je tire cinq lacsés de mon crapaud et, pudiquement, je les dépose sur la table. Elle s’en empare et les véhicule jusqu’à son sac à main. Ensuite, elle procède au décarpillage et son strip-tease se déroule à une allure record. Lorsqu’elle est aussi dénudée qu’un platane en janvier, elle fait plusieurs mouvements de danse, histoire de me laisser mater son académie.
— T’es carrossée par Ferrari, c’est pas possible ! m’exclamé-je pour lui faire plaisir. Dis donc, t’as des hémisphères qui me rappellent le dôme des Invalides !
— Et tu peux tâter, c’est du Spontex !
Je m’abstiens. Elle est effectivement bien roulée, mais l’heure n’est pas aux jeux interdits par sainte Marthe.
La fille s’éloigne direction du cabinet de toilette. Tandis qu’elle manœuvre la robinetterie de l’établissement, je me saisis de ses hardes et je les planque dans le placard. Un tour de clé ! Je glisse celle-ci dans ma poche.
— Qu’est-ce que tu fais ? demande la voix off de la môme.
Assis sur le bord du lit, je murmure :
— Mais je t’attends…
Et c’est rigoureusement exact, les potes : je l’attends…
De pied ferme !
CHAPITRE VII
UNE TÊTE DE MULE
Miss Rue de Sèze radine, en costar d’Ève.
— Eh bien, mon chéri, gazouille-t-elle, tu ne te prépares pas ?
— Je suis prêt, affirmé-je. Archiprêt ! Il ne manque pas un bouton de guêtre à la fermeture Éclair de mon pantalon.
Elle se gondole et vient me faire une câlinerie maison.
Je lui chope les poignets, doucement, gentiment, et, les yeux dans les yeux, je lui demande :
— Dis voir, beauté tropicale, qui t’a chargée de poster une certaine enveloppe bleue, hier ?
Ça lui fait comme si un rouleau compresseur venait de l’embrasser sur la bouche. Elle a brusquement comme des traînées sanglantes dans l’œil. Par contre, son visage devient d’un blanc crayeux.
Elle articule péniblement :
— Qu’est-ce que tu racontes ?
Pour la cent dix millième fois je présente ma carte. Ce mot police écrit en vilains caractères noirs lui tord la bouche.
— T’es un poulet ! dit-elle sur un ton qui révèle une bonne partie de l’estime qu’elle porte à ma corporation.
— Tu le vois. Mais là n’est pas la question… Je t’en ai posé une autre à laquelle j’aimerais te voir répondre.
Elle se lève, furibarde soudain.
— Qu’est-ce que c’est que ces giries ! En voilà assez ! J’ai rien à voir avec les bourres, moi : excepté les Mœurs… J’ai ma carte, je suis visitée, alors des clous ! Tiens, reprends ton osier, je me casse !
Elle cherche ses fringues et ne les trouve plus. Alors elle s’arrête un peu plus sonnée.
— Mes nippes ! fait-elle.
— Je te les rendrai quand tu m’auras répondu, reine de mon cœur !
— Si tu me les donnes pas tout de suite, je gueule au secours…
— Eh ben ! vas-y, ma douceur… Les poulets viendront et je te ferai emballer jusqu’à mon bureau. Là, je te promets que tu parleras…
« Si je t’ai grimpée ici c’est parce que je suis pressé et que je n’ai pas le temps de jouer « Soir de rafle »…
Elle médite un instant. Puis elle va à la porte d’une allure décidée et saisit la targette.
Moi je lui saute sur le poiluchard.
— Stop !
Je la tire en arrière par un aileron et je lui mets une double mandale sur le museau, manière de lui rendre des couleurs.
La violence des baffes la fait vaciller et lui emplit les vasistas de larmes.
Poursuivant mon avantage, je la pousse sur le lit. Elle tente de se redresser, alors je la couche d’un crochet au menton. Ses mandibules font un bruit de dominos remués. Elle part à la renverse et ne bronche plus.
Rapidos, j’arrache les embrasses des rideaux et je m’en sers comme liens pour saucissonner miss Volupté. Lorsqu’elle débarque du pays des quetsches, elle ne peut remuer que les doigts de pied, les paupières et des pensées moroses.
Le regard qu’elle me file ferait avorter une tigresse. J’en ai vu d’autres et je ne m’émeus pas.
— Maintenant je t’écoute. Je préfère t’avertir loyalement que si dans trois minutes tu ne m’as pas fourni le renseignement en question, ce qui t’arrivera dépassera les limites de l’imagination…
Au lieu de se rendre à la raison, ne voilà-t-il pas que cette masseuse de prostates me traite de vache ? Oui, de vache, moi, San-Antonio, l’homme qui remplace les époux en voyage et les bridgeurs défaillants.
Je la laisse vider ses scories. Il faut dégonfler les pneus pour leur arracher leur chambre à air. Quand elle s’est bien égosillée, je vais dans le bidet. J’attends que ce récipient équestre soit plein. Je stoppe l’arrivée de la baille et je vais chercher la donzelle récalcitrante.
Vous ai-je dit qu’Hercule, à côté de moi, n’était qu’une mazette sous-alimentée ?
D’un seul mouvement, je la charge sur les épaules. Malgré ses ruades et ses cris, je la coltine dans le cabinet de toilette. Les usagers de l’hôtel, en percevant ce ramdam, doivent penser que je me fais reluire à la cosaque ! Tous doivent bigler par le trou de la serrure afin de découvrir quelle est la nana qui appelle sa vioque de cette façon. D’office ils la classent dans la radeuse hors concours ! Ils pensent que c’est pas du surplus amerlock, mais de l’article de qualité fabriqué rue de la Paix ! Du cousu main… quoi !
Il voudraient s’offrir le joyau à leur prochain passage dans le coinceteau. Faut dire qu’elles sont rares, les arpenteuses de macadam qui se donnent à leur turbin. La conscience professionnelle se perd, de nos jours ! Une fois qu’elles vous ont secoué votre grisbi, finish ! « Grouille-toi, chéri, j’attends mon comptable ! »
Je dépose la brunette sur le carreau. Je soulève sa partie supérieure et je lui plonge la frite dans l’eau du bidet. C’est la première fois que celui-ci voit un visage ! La môme joue les Paul VI en faisant des bulles tant que ça peut. Elle évoque un scaphandrier qui aurait un trou à son casque !