Les Onze Mille Verges ou les amours d’un hospodar
- Автор: Аполлинер Гийом
- Год: 29
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Les Onze Mille Verges ou les amours d’un hospodar». Краткое содержание книги:
«Raconte-moi ton histoire,» dit Mony à Kilyému tandis qu’on entendait dans le coin les hoquets cyniques de Cornaboeux et de la négresse.
Kilyému s’assit:
«Je suis, dit-elle, la fille d’un joueur de sammisen, c’est une sorte de guitare, on en joue au théâtre. Mon père figurait le chœur et, jouant des airs tristes, récitait des histoires lyriques et cadencées dans une loge grillée de l’avant-scène.
» Ma mère, la belle Pêche de Juillet, jouait les principaux rôles de ces longues pièces qu’affectionne la dramaturgie nipponne.
» Je me souviens qu’on jouait Les Quarante-sept Roonins, La Belle Siguenaï ou bien Taïko.
» Notre troupe allait de ville en ville, et cette nature admirable où j’ai grandi se représente toujours à ma mémoire dans les moments d’abandon amoureux. Je grimpais dans les matsous, ces conifères géants; j’allais voir se baigner dans les rivières les beaux Samouraïs nus, dont la mentule énorme n’avait aucune signification pour moi, à cette époque, et je riais avec les servantes jolies et hilares qui venaient les essuyer.
» Oh! faire l’amour dans mon pays toujours fleuri! Aimer un lutteur trapu sous des cerisiers roses et descendre des collines en s’embrassant!
» Un matelot, en permission de la Compagnie du Nippon Josen Katsha et qui était mon cousin, me prit un jour ma virginité.
» Mon père et ma mère jouaient Le Grand Voleur et la salle était comble. Mon cousin m’emmena promener. J’avais treize ans. Il avait voyagé en Europe et me racontait les merveilles d’un univers que j’ignorais. Il m’amena dans un jardin désert plein d’iris, de camélias rouge sombre, de lys jaunes et de lotos pareils à ma langue tant ils étaient joliment roses. Là, il m’embrassa et me demanda si j’avais fait l’amour, je lui dis que non. Alors, il défit mon kimono et me chatouilla les seins, cela me fit rire mais je devins très sérieuse lorsqu’il eut mis dans ma main un membre dur, gros et long.
» “Que veux-tu en faire?” lui demandai-je.
» Sans me répondre, il me coucha, me mit les jambes à nu et me dardant sa langue dans la bouche, il pénétra ma virginité. J’eus la force de pousser un cri qui dut troubler les graminées et les beaux chrysanthèmes du grand jardin désert, mais aussitôt la volupté s’éveilla en moi.
» Un armurier m’enleva ensuite, il était beau comme le Daïboux de Kamakoura, et il faut parler religieusement de sa verge qui semblait de bronze doré et qui était inépuisable. Tous les soirs avant l’amour je me croyais insatiable mais lorsque j’avais senti quinze fois la chaude semence s’épancher dans ma vulve, je devais lui offrir ma croupe lasse pour qu’il pût s’y satisfaire, ou lorsque j’étais trop fatiguée, je prenais son membre dans la bouche et le suçais jusqu’à ce qu’il m’ordonnât de cesser! Il se tua pour obéir aux prescriptions du Bushido, et en accomplissant cet acte chevaleresque me laissa seule et inconsolée.
Un Anglais de Yokohama me recueillit. Il sentait le cadavre comme tous les Européens, et longtemps je ne pus me faire à cette odeur. Aussi le suppliais-je de m’enculer pour ne pas voir devant moi sa face bestiale à favoris roux. Pourtant à la fin je m’habituai à lui et, comme il était sous ma domination, je le forçais à me lécher la vulve jusqu’à ce que sa langue, prise de crampe, ne pût plus remuer.
» Une amie dont j’avais fait connaissance à Tokyo et que j’aimais à la folie venait me consoler.
» Elle était jolie comme le printemps et il semblait que deux abeilles étaient toujours posées sur la pointe de ses seins. Nous nous satisfaisions avec un morceau de marbre jaune taillé par les deux bouts en forme de vit. Nous étions insatiables et, dans les bras l’une de l’autre, éperdues, écumantes et hurlantes, nous nous agitions furieusement comme deux chiens qui veulent ronger le même os.
» L’Anglais un jour devint fou; il se croyait le Shogun et voulait enculer le Mikado.
» On l’emmena et je fis la putain en compagnie de mon amie jusqu’au jour où je devins amoureuse d’un Allemand, grand, fort, imberbe, qui avait un grand vit – inépuisable. Il me battait et je l’embrassais en pleurant. À la fin, rouée de coups, il me faisait l’aumône de son vit et je jouissais comme une possédée en l’étreignant de toutes mes forces.
» Un jour nous prîmes le bateau, il m’emmena à Shangaï et me vendit à une maquerelle. Puis il s’en alla, mon bel Egon, sans tourner la tête, me laissant désespérée, avec les femmes du bordel qui riaient de moi. Elles m’apprirent bien le métier, mais lorsque j’aurai beaucoup d’argent je m’en irai, en honnête femme, par le monde pour trouver mon Egon, sentir encore une fois son membre dans ma vulve et mourir en pensant aux arbres roses du Japon.»
La petite Japonaise, droite et sérieuse, s’en alla comme une ombre, laissant Mony, les larmes aux yeux, réfléchir à la fragilité des passions humaines.
Il entendit alors un ronflement sonore et tournant la tête, aperçut la négresse et Cornaboeux endormis chastement aux bras l’un de l’autre, mais ils étaient monstrueux tous deux. Le gros cul de Cornélie ressortait, reflétant la lune dont la lueur venait par la fenêtre ouverte. Mony sortit son sabre du fourreau et piqua dans cette grosse pièce de viande.
Dans la salle, on criait aussi. Cornaboeux et Mony sortirent avec la négresse. La salle était pleine de fumée. Quelques officiers russes ivres et grossiers étaient entrés et, vomissant des jurons immondes, s’étaient précipités sur les Anglaises du bordel qui, rebutées par l’aspect ignoble de ces soudards, murmurèrent des Bloody et des Damned à qui mieux mieux.
Cornaboeux et Mony contemplèrent un instant le viol des putains, puis sortirent pendant une enculade collective et faramineuse, laissant désespérées Adolphe et Tristan de Vinaigre qui essayaient de rétablir l’ordre et s’agitaient vainement, empêtrés dans leurs jupons de femme.
Au même instant entra le général Stoessel et tout le monde de rectifier la position, même la négresse.
Les Japonais venaient de livrer le premier assaut à la ville assiégée.
Mony eut presque envie de revenir sur ses pas pour voir ce que ferait son chef, mais on entendait des cris sauvages du côté des remparts.
Des soldats arrivèrent amenant un prisonnier. C’était un grand jeune homme, un Allemand, qu’on avait trouvé à la limite des travaux de défense, en train de détrousser les cadavres. Il criait en allemand:
«Je ne suis pas un voleur. J’aime les Russes, je suis venu courageusement à travers les lignes japonaises pour me proposer comme tante, tapette, enculé. Vous manquez sans doute de femmes et ne serez pas fâchés de m’avoir.
– À mort, crièrent les soldats, à mort, c’est un espion, un maraudeur, un détrousseur de cadavres!»
Aucun officier n’accompagnait les soldats. Mony s’avança et demanda des explications:
«Vous vous trompez, dit-il à l’étranger, nous avons des femmes en abondance, mais votre crime doit être vengé. Vous allez être enculé, puisque vous y tenez, par les soldats qui vous ont pris et vous serez empalé ensuite. Vous mourrez ainsi comme vous avez vécu et c’est la plus belle mort en témoignage des moralistes. Votre nom?
– Egon Müller, déclara l’homme en tremblant.