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Электронная книга - «ROSE-D’AMOUR». Краткое содержание книги:

Marie, dite Rose-d'Amour, appelée ainsi pour sa gentillesse, est vouée aux malheurs de la terre… Sauvée par Bernard, dit Vire-Loup, de l'attaque d'un loup, elle lui en sera reconnaissante. Il deviendra son meilleur ami, puis son amoureux, Bernard doit partir faire son service militaire, mais ne reviendra que dans 7 ans: Rose d'Amour lui promet de l'attendre fidèlement. Elle écrit régulièrement à Bernard, sans jamais recevoir de réponse, pourquoi? L'a-t-il oublié? Marie finit par ne plus croire au retour de son amant qui, avant de partir, lui a laissé un cadeau, une charmante petite fille nommée Bernardine. Plus de mariage, les voisins, les amis l'abandonnent, qu'a-t-elle donc fait pour mériter un tel Destin?…
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Je ne puis vous dire, madame, combien je fus touchée des paroles de ce pauvre garçon: je sentais bien qu’il disait vrai et qu’il m’aimait tendrement; mais moi je ne l’aimais pas, et surtout j’avais dans le cœur un trop tendre souvenir de Bernard.

Comme il vit que je ne répondais rien, il me crut ébranlée et voulut continuer. Ses yeux bleus, qui étaient pleins de douceur, m’imploraient encore mieux que ses discours; mais, d’un mot, je lui fermai la bouche.

«Adieu, Jean-Paul. Je te remercie, et tu seras toujours pour moi un ami, le meilleur et le plus sûr après Bernard; mais ce mariage est impossible, et je ne remettrai plus les pieds dans cette maison.

– Et tu ne me permettras pas d’aller te voir?

– Non, car tu ne pourrais pas t’empêcher de me parler de ce que je ne veux plus entendre. Devant Dieu, je suis la femme de Bernard, et je ne dois entendre de personne un mot d’amour.»

À ces mots, je sortis et refermai la porte. Il n’essaya pas de me retenir, tant il était consterné.

X

Quand on connut l’aventure de Matthieu, le père et la mère Bernard, qui avaient été jusqu’alors assez bien disposés pour moi, ne purent pas s’empêcher de croire qu’il fallait que j’eusse fait de grandes avances à ce misérable, pour qu’il osât entrer chez moi par la fenêtre à dix heures du soir. Quand chacun eut dit son mot et raconté son histoire, le père Bernard hocha la tête et dit à sa femme:

«Rose-d’Amour ne sera pas notre fille.

– C’est une dévergondée, dit la mère. On m’assurait encore ce matin qu’elle recevait trois ou quatre jeunes gens toutes les nuits et, de plus, monsieur l’adjoint au maire.

– Qu’elle reçoive qui elle voudra, dit le père, j’empêcherai bien Bernard de l’épouser.

– Et moi aussi, dit la mère. Mais qui aurait cru cela de cette petite fille que nous avons tenue sur nos genoux, qui était si sage et si douce, étant enfant! Il faut que Dieu l’ait abandonnée.

Le lendemain, sans perdre de temps, la mère Bernard vint chez moi pour m’annoncer cette nouvelle. Quoique je connusse déjà par mes camarades d’atelier tous les bruits qui avaient couru, j’étais loin de m’attendre à ce dernier coup.

Je ne vous raconterai pas son discours. Je ne l’entendis pas tout entier. Aux premiers mots, je compris tout, et je reçus comme un coup de massue sur la tête.

«Ah! mère, lui dis-je, est-ce vous qui devriez me dire une chose pareille!»

Et je me mis à fondre en larmes.

«Écoute, mon enfant, répondit-elle, mets-toi à ma place. Tu ne penses qu’à toi; moi, je pense à mon Bernard, et je ne serais pas bien aise qu’il fût le mari d’une coureuse. Je veux croire que tu n’as rien fait de mal, et que tu n’attirais chez toi ce Matthieu et tous les autres que pour chanter les psaumes avec eux et dire les litanies de la sainte Vierge; mais…

– J’ai attiré Matthieu? moi!

– Ma foi, je répète ce qui se dit. Ils sont là plus de trente qui ont vu les gens entrer chez toi à toutes heures de la nuit, ou en sortir. Il faut bien croire de pareils témoins. Et après tout…

– C’est bien, lui dis-je en me levant, car je me sentais indignée, vous pouvez dire à Bernard ce qu’il vous plaira, mais vous êtes chez moi.

– C’est bon, c’est bon, on s’en va. Ne vas-tu pas faire la princesse parce que tu t’es mise dans ton tort? Je ne te dis pas: au revoir, ma petite.»

Je la laissai partir et ne cherchai pas à la retenir; puis je repris ma vie accoutumée, et je retournai à l’atelier, malgré les cris d’indignation des voisins, qui disaient que je m’entendais avec Matthieu.

Le méchant homme lui-même le laissait croire, et en mon absence disait d’un air fin:

«Rose-d’Amour et moi, nous ne sommes pas aussi brouillés qu’elle veut le faire croire.»

Si vous me demandez pourquoi je n’ai pas quitté son atelier, je vous dirai, madame, que je craignais de ne pas trouver d’ouvrage dans un autre. Les mauvais bruits qui couraient m’auraient suivie partout: j’aurais été persécutée ailleurs tout autant et peut-être davantage; et d’ailleurs, je vous avoue que, grâce à mes lectures, – car depuis que Jean-Paul m’avait enseigné à lire, je lisais souvent l’Évangile et l’Imitation de Jésus-Christ, et j’en tirais des consolations infinies, – grâce à mes lectures, je devenais à peu près indifférente à tout ce qu’on disait de moi. Toujours frappée au même endroit et par tous, je sentais ma blessure se cicatriser, et je commençais à vivre dans un monde bien supérieur à tous les autres, dans le monde où les corps ont disparu, et où il ne reste plus que de purs esprits. Là, du moins, je me sentais libre.

Enfin j’appris de mes camarades que Bernard allait revenir; on disait qu’il était sergent, qu’il allait obtenir un emploi dans les droits réunis, qu’il allait vivre comme un bourgeois, et sa mère parlait même de lui acheter une charge d’huissier.

À cette nouvelle, je sentis mon cœur battre plus vite et plus joyeusement, et je crus que mes peines touchaient à leur fin. Imaginez, madame, un enfer qui a duré sept ans avec la promesse du paradis! Voilà ce que je pensai tout de suite en apprenant ce retour. Du reste, j’en eus bientôt des preuves certaines.

La mère de Bernard commença à parcourir le quartier en racontant les campagnes de son fils, tous ses grades depuis celui de caporal jusqu’à celui de sergent; tous les Arabes qu’il avait tués; tous les bois de myrtes et de lauriers-roses où il avait chassé le lion, le tigre, la panthère, le léopard, la perdrix, le lièvre et tous les autres animaux féroces. Elle fit blanchir sa maison du haut en bas: quoique la maison, qui était neuve, comme vous savez, n’en eût guère besoin. Elle acheta des cravates, des mouchoirs, des chemises, douze paires de bas; elle parlait même d’aller au-devant de lui jusqu’à Paris, et (à ce qu’on disait) de le faire revenir en poste comme un prince.

Toute la rue était en rumeur à cause de cet événement.

Pour moi, qui attendais Bernard avec plus d’impatience qu’elle, car je lui avais écrit depuis deux ans une douzaine de lettres auxquelles il n’avait jamais répondu, je me tenais plus renfermée que jamais dans mon atelier, et au sortir de l’atelier dans ma chambre.

J’étais certaine, quelque mal qu’on pût lui dire de moi, qu’il n’en croirait pas un mot, tant j’avais confiance en lui, et j’étais sûre que sa première visite et sa première parole seraient pour moi.

Enfin, j’appris un matin dans mon atelier que Bernard devait arriver le soir par la diligence. Le père Bernard devait aller l’attendre avec tous ses amis, et la mère faisait préparer un grand souper dont la fumée (car nous étions voisins) pourrait se faire sentir jusque chez moi.

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