La nurse anglaise
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-06163-7
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:
La porte s’ouvrit enfin et lady Mary parut, tenant un garçonnet par la main. L’épouse de sir John lui sembla plus belle et plus racée qu’au cours de la soirée chez son beau-père. Dans son manteau vague, brun, garni de fourrure claire, coiffée d’une toque et chaussée de bottes souples, la marquise[4] avait fière allure. Sir Robespierre, par contre, ressemblait à un rejet plus ou moins taré. Ses longues dents de rongeur apparentaient sa mâchoire à celle d’un mulot. D’énormes oreilles décollées et rougeoyantes achevaient de « crétiniser » sa face de bêta vacillant car il tremblait sur ses jambes grêles qu’on aurait cru dessinées par Salvador Dali.
La mère et l’enfant prirent sur la gauche pour remonter la rue. Olav quitta sa Mini et se mit à les suivre. Ils parcoururent quelques centaines de mètres, obliquèrent dans une voie transversale et s’arrêtèrent devant la grille d’une public school.
Après qu’elle y eut déposé son fils, lady Mary rebroussa chemin. Hamsun pénétra dans une librairie pour ne pas se trouver nez à nez avec elle. Lorsqu’elle fut passée, il reprit sa filature.
La bru de lord Bentham gagna démocratiquement la tête de ligne du métro. Après une brève hésitation, le Norvégien en fit autant, attentif à ne pas être vu. Il s’y prit de telle sorte qu’il monta dans la même voiture qu’elle, mais par la deuxième porte.
A cette heure de la matinée, la fréquentation chutait et il dut s’asseoir rapidement, en se penchant fortement, comme le font certains vieillards.
Quand, à l’approche de Londres, la rame se peupla, il se leva, s’inséra dans le flot des usagers qui venaient de monter et se dirigea vers le secteur où se tenait lady Bentham.
Il s’assit à quelques places d’elle, faisant mine de lire un traité sur le style victorien. Il parcourut trois ou quatre fois la même page avant d’en capter le sens. Cette période architecturale avait consisté à surcharger la pureté des immeubles de brique par de la pierre, des colonnes et des balcons pompeux. Une frénésie ostentatoire déferla alors sur l’habitat londonien.
Olav songeait que chaque époque imprime sa marque à la société et que, bonnes ou mauvaises, ses initiatives contribuent au développement des cités.
Il se décida enfin à redresser la tête, et aussitôt « sentit » le regard de lady Mary. Il eut un tressaillement réussi, rougit agréablement et alla s’incliner devant la marquise avec une timidité charmante que la dame apprécia.
Une place se libéra en face d’elle, et il lui demanda la permission de la prendre. Leur conversation fut languissante au début car ils ne savaient rien l’un de l’autre. Enfin, ils s’enhardirent à échanger des considérations sur leurs vies. La beauté un peu féminine du Nordique déroutait la marquise, la troublait aussi. Olav possédait de longs cils dont il jouait de manière irrésistible. Ses yeux avaient d’étranges langueurs qui précipitaient la respiration de sa voisine.
Lorsqu’elle descendit à Oxford Circus, c’est très naturellement qu’il lui emboîta le pas. Une gêne les saisit lorsqu’ils furent sur le trottoir populeux.
— Eh bien, j’ai été ravie de vous revoir, fît-elle.
Il acquiesça ; son visage restait tendu, pensif.
— Permettez, murmura-t-il.
Il prit son stylo, écrivit son numéro de téléphone sur la page de garde de son livre, l’arracha sans vergogne et la lui présentant :
— Peut-être trouverez-vous ma conduite incorrecte, dit Hamsun, et si c’est le cas, il faut me la pardonner : songez que je suis un étranger débarqué d’un pays froid.
Interdite, elle considéra la feuille effrangée où figurait le numéro.
Il eut un mouvement insistant et elle prit le papier.
— Je vais rentrer chez moi pour attendre votre appel, déclara angéliquement le jeune homme.
Il s’inclina sans la quitter du regard. Ses prunelles possédaient une brillance qui la bouleversa. Un mystérieux sourire vint à Olav.
— C’est certainement fou, mais j’ai confiance, assura-t-il. Mon père, le pasteur, affirme que le Seigneur partage nos envies quand elles sont pures et que, si elles sont impures, c’est le démon qui nous assiste. L’essentiel, c’est d’être aidé, n’est-ce pas ?
Il s’éloigna dans la foule. Sa chevelure d’or flotta longtemps sur la masse terne des badauds. Lady Mary finit par froisser le papier et le jeta sur la chaussée.
17
Ils sortirent de leur « nid d’amour » à trois heures du matin et prirent la petite Hilmann de Victoria, stationnée dans la venelle des anciennes écuries.
Ils emportaient un sac de plage lesté de leur « engin ». Il pleuvait : une pluie mouillée dont les grosses gouttes éclataient tels des fruits mûrs.
Les rues ne sont jamais totalement vides dans les métropoles ; la circulation est clairsemée, voire inexistante par instants, sans que cessent complètement les vrombissements de quelque moteur.
Ils mirent près de trente minutes pour accéder à la mélancolique banlieue où demeurait Charles Newgate, le kinési condamné à mort. De charmante humeur, sir David fredonnait un air des Beatle’s nouvelle manière. Ayant pleinement réalisé la nature de son sentiment pour la nurse, il lui semblait que son existence s’en trouvait totalement modifiée.
Son nanisme devenait davantage supportable.
Lorsqu’ils atteignirent le parc où le masseur entretenait ses muscles, l’averse avait cessé. L’endroit était désert et, dans l’obscurité, prenait un aspect sinistre.
Ils remisèrent leur voiture derrière un atelier désaffecté, se munirent du sac et marchèrent jusqu’au pylône dont les fils à haute tension produisaient un craquettement de cigales.
— Êtes-vous bien certain de votre fait, sir ? s’inquiéta Victoria en le voyant déballer le matériel qu’il avait préparé.
— N’ayez aucune inquiétude, ma chère, je suis particulièrement doué en électricité.
Il déroulait une bobine de fil métallique très mince terminé par un grappin. Lorsqu’il l’eut développé, il prit de forts gants de caoutchouc, les enfila calmement et recommanda à sa compagne de s’éloigner par mesure de sécurité.
Elle suivait ses gestes passionnément. Il émanait de la concentration du nain une énergie impressionnante. On le sentait plein d’une intense détermination que rien n’aurait pu détourner de son cours.
Il avait lesté la base du crochet à trois branches d’une grosse olive de plomb afin de pouvoir assurer son jet. Il exécuta quelques moulinets en visant le câble le plus bas et lança le grappin. L’objet produisit une sorte de froissement sifflant.
Sir David le perdit de vue, à cause de l’obscurité. Il tira sur le fil d’acier. Pendant quelques instants, celui-ci se laissa haler, puis opposa une résistance. Malgré l’insistance de sir David, le grappin demeura bloqué. Satisfait, le nain s’approcha de la barre de fer bordant le terrain et y attacha l’autre extrémité de son filin. Il entortilla le fil excédentaire sur la rampe métallique pour qu’il ne tombe pas sur le sol où il aurait formé une prise de terre. Ses gestes semblaient gourds, à cause de ses gants.
Quand il eut achevé sa besogne, il rejoignit Victoria.
— Formidable ! se réjouit la jeune femme.
Elle alla chercher le sac et examina soigneusement le sol, pour le cas où ils auraient laissé des traces.
Ils retournèrent à la voiture, regardèrent longuement autour d’eux avant d’y prendre place. Mais l’endroit paraissait définitivement déserté par le genre humain. Partout, ce n’était que désolation, vide cosmique, désespoir d’une nature qui avait eu la malédiction de ne pas intéresser les promoteurs immobiliers.
4
En Angleterre ce titre est porté par le fils aîné d'un duke quand celui-ci possède les deux titres.