La nurse anglaise
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-06163-7
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:
Ils reprirent leur route dans Sloane Street. Quelques gouttes de pluie s’écrasèrent sur la capote.
Pelotonné dans la voiture, le nain admirait cette étrange fille dont le hasard lui avait fait don. Il ne pouvait se rassasier de sa peau, non plus que de son odeur ; cette dernière l’excitait autant que ses formes. Il aurait pu passer des heures, la tête entre ses cuisses, à la humer délicatement.
— Votre idée de neutraliser des gens qui ne nous concernent ni vous ni moi afin de créer la panique est excellente, assura-t-il. De la sorte, lorsque nous nous en prendrons à vos anciens amants, Scotland Yard se sera fait à la certitude que les meurtres n’obéissent à aucune logique. Nous veillerons, pour parachever la chose, à ce que ces disparitions interviennent pendant la pleine lune. Ainsi, une certaine tradition sera-t-elle respectée.
Elle approuva, enchantée. L’un et l’autre se sentaient dopés par la certitude de participer à une grande œuvre.
Les jours suivants, ils firent la connaissance de Charles Newgate ; plus exactement, ils l’observèrent depuis la Rolls du lord. Son identité était « sortie au tirage », sous l’index qu’avait pointé Victoria, les yeux fermés après que sir David eut ouvert l’annuaire téléphonique.
— Cet homme est un sanguin musclé, déclara le cadet des Bentham. Je lui devine un Q.I. moins impressionnant que ses pectoraux.
Ils mirent peu de temps à comprendre que le malaxeur de chairs flasques fonctionnait par routine. Tôt levé, il gagnait le parc voisin, en training rouge et bonnet de laine, pour y pratiquer son footing quotidien.
Ils le trouvèrent irrésistible quand il se mit à sautiller sur place en effectuant des mouvements respiratoires. Sir David, le si disgracié, ne perdait pas une occasion de moquer ses contemporains réputés « normaux » ; lorsque ceux-ci lui semblaient ridicules, ce qu’il ressentait à leur endroit relevait de la gratitude.
Ce matin-là, et tandis que leur premier « élu » cultivait son corps d’imbécile heureux, David, engoncé dans la voiture de son père, opérait la check-list des difficultés que son assassinat présentait. Il songeait combien il est plus aisé de supprimer un individu discrètement plutôt qu’en le projetant dans la rubrique des faits divers.
— De quelle manière aurons-nous la peau de ce drôle ? murmura David.
Victoria Hunt savait sa préoccupation. Quand le petit homme se consacrait à une question épineuse, sa figure se modifiait : regard fixe, mâchoires serrées, léger froncement des narines.
Il aimait résoudre, mais détestait chercher.
Comme chaque fois, comme toujours, elle fut submergée par un élan de compassion.
— Le dilemme est le suivant, réfléchit-elle tout haut : il doit périr sans que, bien entendu, nous soyons présents. Voilà qui nous conduit tout droit à un engin explosif, sir.
— Peut-être, admit-il, mal convaincu.
Là-bas, le kinésithérapeute accomplissait des extensions avec rotations du torse.
— Ce que j’aimerais lui casser la tête, soupira le nain.
Elle ne répondit pas car une idée germait dans son esprit.
Elle devenait inventive au contact de son « maître ».
— Avez-vous remarqué que notre homme, pour l’exécution de certains exercices, prend appui sur la main courante métallique cernant l’aire de jeux ?
— Et alors ?
— Voyez, sir, la longueur de cette rampe : elle se prolonge jusqu’au jardin botanique que nous apercevons sur la droite.
— Ce qui vous induit à quelle conclusion ?
— Qu’un fort courant électrique passant par cette barre de fer le foudroierait !
Un sourire de contentement égaya enfin la figure jusque-là crispée de David.
— Excellent !
Puis comme c’était un homme de réflexion, il objecta :
— Seulement il faudrait un groupe électrogène bien puissant pour générer ce courant mortel.
— Je ne pense pas, répondit-elle. Regardez cette ligne à haute tension dont on perçoit le bourdonnement au-dessus de nos têtes.
— Rien ne vous échappe, mon cœur, exulta David. Cela dit, il sera délicat de connecter un branchement ligne-rampe.
— Ce n’est pas certain, dit-elle.
Elle lui révéla son plan, et l’admiration qu’il lui portait s’accrût.
Quand ils furent de retour dans leur appartement d’amoureux, ils eurent une communication avec lady Muguette, sur la ligne interne. La duchesse prévenait son fils que Mrs. Thatcher, l’ancien Premier ministre de Grande-Bretagne, venait prendre le thé à la maison et qu’elle manifestait le désir de serrer la petite main de leur cadet. Cette éminente personne, d’assez forte constitution, éprouvait de la sympathie pour les êtres handicapés et entendait la leur témoigner. Peut-être s’agissait-il là d’un réflexe politicien destiné à amadouer l’électorat, en toutes circonstances et en tous lieux ? L’honorable femme s’acquittait de ce pensum (si c’en était un) avec infiniment de charme.
Tout en passant un « bleu croisé » protocolaire, David fulminait car il détestait les mondanités. Victoria tentait de le calmer, lui montrant que sa naissance le contraignait à des corvées de ce genre, mais il rageait de plus belle. Il haïssait les femmes fortes qui, prétendait-il, sentent la choucroute froide et la poudre de riz de méchante qualité.
Quelques années plus tôt, il avait copulé avec une énorme prostituée aux chairs molles ; loin d’en tirer du plaisir, il s’était pris à vomir entre ses seins d’ogresse et avait dû se contenir pour ne pas la tuer.
Quand il fut prêt, avec une brillance oléagineuse dans le cheveu et une touche de parfum parisien sous les oreilles, il téléphona au secrétariat de l’ancien Premier ministre en se faisant passer pour la police et dit qu’on venait de trouver Mr Thatcher (car il en existe bel et bien un) mort de crise cardiaque dans une boîte d’homosexuels de Soho. Il ajouta qu’on devait mander de toute urgence celle que le monde entier connaît sous le sobriquet plaisant de « Dame de fer ».
Lorsqu’il se présenta chez ses parents, après le franchissement du souterrain, l’ancien chef d’État en jupon partait précipitamment, à la suite d’un appel de son bureau.
La duchesse Muguette, pourtant perspicace, oublia de suspecter son second fils d’être à l’origine de ce thé écourté.
16
La matinée achevait de se débarrasser de ses brumes et le ciel se creusait de trouées lumineuses. Olav Hamsun était en faction depuis plus d’une heure au volant de sa Mini rouge barrée d’une large bande médiane de couleur crème. Il avait froid à bord du petit véhicule, malgré son pardessus de demi-saison.
Il guignait de loin la porte d’une coquette demeure, désespérant de la voir s’ouvrir jamais. Il trouvait le village d’Hampstead ravissant. Situé au nord de Londres, qu’il domine, l’endroit est habité par des intellectuels : artistes, écrivains, gens de cinéma. Il y règne une atmosphère de vacances à laquelle le jeune Norvégien se montrait sensible.
Malgré la longueur de son attente, il restait stoïque. Son pays nordique enseigne avant tout la patience. Le temps n’y a pas la même densité que dans les régions où le soleil est généreux.
Passionné d’architecture, Hamsun scrutait les résidences de cette localité pleine de charme, cherchant à comprendre pourquoi tant d’agrément s’en dégageait. A différentes reprises, il avait tiré un livre de son manteau pour croquer dans les marges les détails d’une façade, d’une porte ou d’un perron ; mais vite il abandonnait son dessin pour revenir à sa surveillance.