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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Gialaurys, lui aussi, allait et venait en tous sens au pas de course, montrant du doigt Prestimion sur sa monture. Un nouveau cri s’éleva des rangs des hommes de Prestimion quand ils reconnurent le casque d’or de ses cheveux et le grand arc qu’il tenait à la main.

— Prestimion ! Prestimion ! Lord Prestimion est vivant !

Et ils reprirent courage. La retraite désordonnée se poursuivait sur l’aile droite, mais partout ailleurs les lignes rebelles commençaient à se reformer ; sur le flanc gauche, Spalirises et Abrigant gagnaient petit à petit du terrain vers les forces loyalistes massées sur la crête.

Mais ils seraient encore repoussés, Prestimion en avait la certitude. Il sentit le désespoir le gagner. Un excès de confiance l’avait poussé à lancer cet assaut contre les hauteurs tenues par les troupes de Korsibar. Il était impossible de les en déloger. Il fallait adopter sur-le-champ une nouvelle stratégie. Septach Melayn s’approcha et vint à sa hauteur.

— Regarde, souffla-t-il à l’oreille de Prestimion. Notre aile droite a cédé et nos hommes battent en retraite ! C’est incroyable ! L’infanterie de Korsibar se lance à leur poursuite !

Prestimion ouvrit de grands yeux incrédules. C’était un don de la Providence.

— L’occasion est trop belle, fit-il. Il ne faut pas la laisser passer.

De fait, le mur de boucliers de l’aile gauche de Korsibar s’était disloqué, les hommes rompant imprudemment les rangs pour s’élancer à la poursuite de l’ennemi, perdant ainsi l’énorme avantage de leur position. Une aubaine, oui, un présent du Divin. Prestimion donna l’ordre de poursuivre la retraite sur l’aile droite et même de l’amplifier, tout le monde sans exception devant faire demi-tour et s’enfuir en feignant la terreur et l’affolement. Attiré par cette feinte, sentant la victoire proche, l’ennemi se lança à leur poursuite.

Pendant ce temps, Prestimion fit monter en première ligne une nuée de nouveaux archers sur son flanc gauche et leur donna pour instruction de tirer en l’air afin que les flèches retombent derrière les boucliers des troupes loyalistes. À son signal, la cavalerie du duc Miaule entra en lice et chargea sans perdre de temps pour encercler les loyalistes ayant, quitté leurs rangs et leur couper toute retraite.

Le sort de la bataille qui, quelques instants auparavant, penchait si fortement en faveur de Korsibar s’inversait rapidement.

Désorganisées par l’attaque-surprise de la cavalerie de Miaule sur leur flanc gauche, les troupes de Korsibar se trouvèrent bientôt en pleine confusion. La redoutable batterie de lanceurs d’énergie avait cessé le feu, les tireurs étant incapables de distinguer l’ami de l’ennemi dans la mêlée furieuse, et certains avaient été victimes du mauvais fonctionnement de leur arme. Dans les derniers éclairs projetés par les lanceurs d’énergie, des rebelles à dos de monture prirent d’assaut leurs retranchements et fondirent sur eux, les massacrant à coups d’épée. Leurs rangs enfoncés, les loyalistes se dispersèrent aussitôt. Partout des hommes étaient piétinés et passés au fil de l’épée. Certains, incapables de se lever, s’enfuyaient à quatre pattes, d’autres prenaient leurs jambes à leur cou.

Prestimion sentit que le moment était venu de faire usage de l’arme suprême.

— Les mages ! s’écria-t-il. Qu’ils avancent !

Ils avancèrent en un groupe compact : le vieux Gominik Halvor que Prestimion avait fait venir de Triggoin, son fils Heszmon Gorse et une douzaine d’autres grands sorciers de la cité septentrionale, des hommes connus dans le monde entier pour leurs connaissances des arts occultes. Tous étaient vêtus d’un habit de cérémonie et ils portaient dans les bras les outils de leur profession. Un grand murmure de consternation s’éleva des rangs des hommes de Korsibar qui tenaient la crête quand ils virent cette procession quitter les lignes arrière de l’armée de Prestimion. Protégés sur tout le trajet par des combattants d’élite, ils s’avancèrent dans la plaine. Puis, accompagnés par des sonneries de trompette et le son strident des kannivangitali, ils formèrent un cercle et entonnèrent un chant solennel et monotone tandis que des flammes bleues s’élevaient dans le ciel.

C’était le milieu de la matinée et le soleil brillait En un instant, le ciel se couvrit de nuages, la lumière du soleil sembla décliner, l’obscurité d’une nuit sans lunes tomba sur le champ de bataille et tous ceux qui s’y trouvaient furent enveloppés dans les ténèbres, au point de ne pas voir à dix pas devant eux.

Les hommes de Prestimion avaient été prévenus de ce qui allait se passer. Pas ceux de Korsibar, qui erraient dans la plus grande confusion.

— Maintenant ! s’écria Prestimion. À l’assaut ! Prenez cette crête et taillez-les en pièces !

De toutes parts sur ce champ de bataille où les derniers lambeaux de discipline avaient disparu chez les loyalistes abasourdis, tournant sur place dans un profond désarroi, s’éleva le même cri, repris par tous les capitaines de Prestimion.

— À l’assaut ! À l’assaut ! À l’assaut !

Gialaurys distingua devant lui, dans le noir, un endroit encore plus sombre que le reste ; quand ses yeux se furent adaptés à l’obscurité qui régnait sur le champ de bataille, il se rendit compte que cette masse sombre qui avait la largeur d’un mur était un homme et que cet homme était son vieux rival, cette brute de Farholt.

— Préférez-vous la lutte ou bien un combat à l’épée à deux tranchants ? demanda Gialaurys. Dans les deux cas, votre dernière heure est arrivée.

Pour toute réponse, Farholt émit un long grognement et abattit son épée d’un grand mouvement de haut en bas. Gialaurys eut de la peine à bloquer la lame jaillissant de l’obscurité. Mais Farholt porta trois autres attaques, trois grands coups retentissants assenés avec une fureur diabolique, que Gialaurys réussit à parer avant qu’un quatrième atteigne violemment son casque et le laisse titubant, comme il avait titubé pendant l’épreuve de lutte des Jeux Pontificaux. Tout étourdi, il s’écarta de quelques pas, de sorte que Farholt le perdit de vue.

— Où êtes-vous passé, Gialaurys ? cria Farholt dans cette étrange nuit en plein jour. Venez par ici : nous avons une vieille querelle à vider. C’est la dernière manche et votre carcasse nourrira bientôt les miluftas.

— Une vieille querelle en effet, répondit Gialaurys, encore sonné et flageolant, mais en proie à une fureur telle qu’il n’en avait jamais éprouvée. Votre corps ou le mien, Farholt, servira de pâture aux miluftas. L’un de nous ne repartira pas vivant d’ici.

D’un pas mal assuré, il reprit la direction de l’endroit où il croyait trouver Farholt ; tenant son épée à deux mains, il fit de grands moulinets dans l’obscurité, avec une force qu’il n’avait jamais sentie en lui, tellement il était soulevé de haine, de dégoût et de mépris pour celui qui lui avait si longtemps pourri la vie. Il sentit son épée entrer en contact avec celle de Farholt et l’écarter. Dans le même mouvement, la lame transperça l’armure de Farholt à la hauteur de la taille, aussi aisément que si elle eût été faite de papier, et s’enfonça dans le flanc de son adversaire, presque jusqu’à la colonne vertébrale. Farholt émit un unique gargouillement et s’effondra, plié en deux. Gialaurys se dressa au-dessus de lui, l’arme pointée vers le ciel pour porter le coup de grâce ; malgré l’obscurité, il comprit que c’était inutile, car son coup d’épée enragé avait pratiquement coupé Farholt en deux.

Plus loin, le duc Svor, qui était entré dans la mêlée parce qu’il ne trouvait aucune raison acceptable de se tenir à l’écart, fut bousculé par un homme pas plus grand que lui ; sans réfléchir, il prit l’homme par l’épaule et l’attira à lui, de manière à voir son visage.

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