L'île mystérieuse
- Автор: Verne Jules
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Biblioth
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «L'île mystérieuse». Краткое содержание книги:
Les mauvais traitements infligés à Ayrton redoublèrent alors. Ses mains et ses pieds portaient encore la sanglante empreinte des liens qui l’attachaient jour et nuit. À chaque instant il attendait une mort à laquelle il ne semblait pas qu’il pût échapper.
Ce fut ainsi jusqu’à la troisième semaine de février. Les convicts, guettant toujours une occasion favorable, quittèrent rarement leur retraite, et ne firent que quelques excursions de chasse, soit à l’intérieur de l’île, soit jusque sur la côte méridionale. Ayrton n’avait plus de nouvelles de ses amis, et il n’espérait plus les revoir ! Enfin, le malheureux, affaibli par les mauvais traitements, tomba dans une prostration profonde qui ne lui permit plus ni de voir, ni d’entendre. Aussi, à partir de ce moment, c’est-à-dire depuis deux jours, il ne pouvait même dire ce qui s’était passé.
« Mais, Monsieur Smith, ajouta-t-il, puisque j’étais emprisonné dans cette caverne, comment se fait-il que je me retrouve au corral ?
– Comment se fait-il que les convicts soient étendus là, morts, au milieu de l’enceinte ? répondit l’ingénieur.
– Morts ! » s’écria Ayrton, qui, malgré sa faiblesse, se souleva à demi.
Ses compagnons le soutinrent. Il voulut se lever, on le laissa faire, et tous se dirigèrent vers le petit ruisseau.
Il faisait grand jour.
Là, sur la berge, dans la position où les avait surpris une mort qui avait dû être foudroyante, gisaient les cinq cadavres des convicts !
Ayrton était atterré. Cyrus Smith et ses compagnons le regardaient sans prononcer une parole. Sur un signe de l’ingénieur, Nab et Pencroff visitèrent ces corps, déjà raidis par le froid.
Ils ne portaient aucune trace apparente de blessure.
Seulement, après les avoir soigneusement examinés, Pencroff aperçut au front de l’un, à la poitrine de l’autre, au dos de celui-ci, à l’épaule de celui-là, un petit point rouge, sorte de contusion à peine visible, et dont il était impossible de reconnaître l’origine.
« C’est là qu’ils ont été frappés ! dit Cyrus Smith.
– Mais avec quelle arme ? s’écria le reporter.
– Une arme foudroyante dont nous n’avons pas le secret !
– Et qui les a foudroyés ?… demanda Pencroff.
– Le justicier de l’île, répondit Cyrus Smith, celui qui vous a transporté ici, Ayrton, celui dont l’influence vient encore de se manifester, celui qui fait pour nous tout ce que nous ne pouvons faire nous-mêmes, et qui, cela fait, se dérobe à nous.
– Cherchons-le donc ! s’écria Pencroff.
– Oui, cherchons-le, répondit Cyrus Smith, mais l’être supérieur qui accomplit de tels prodiges, nous ne le trouverons que s’il lui plaît enfin de nous appeler à lui ! »
Cette protection invisible, qui réduisait à néant leur propre action, irritait et touchait à la fois l’ingénieur. L’infériorité relative qu’elle constatait était de celles dont une âme fière peut se sentir blessée. Une générosité qui s’arrange de façon à éluder toute marque de reconnaissance accusait une sorte de dédain pour les obligés, qui gâtait jusqu’à un certain point, aux yeux de Cyrus Smith, le prix du bienfait.
« Cherchons, reprit-il, et Dieu veuille qu’il nous soit permis un jour de prouver à ce protecteur hautain qu’il n’a point affaire à des ingrats ! Que ne donnerais-je pas pour que nous pussions nous acquitter envers lui, en lui rendant à notre tour, et fût-ce au prix de notre vie, quelque signalé service ! »
Depuis ce jour, cette recherche fut l’unique préoccupation des habitants de l’île Lincoln. Tout les poussait à découvrir le mot de cette énigme, mot qui ne pouvait être que le nom d’un homme doué d’une puissance véritablement inexplicable et en quelque sorte surhumaine.
Après quelques instants, les colons rentrèrent dans l’habitation du corral, où leurs soins rendirent promptement à Ayrton son énergie morale et physique.
Nab et Pencroff transportèrent les cadavres des convicts dans la forêt, à quelque distance du corral, et ils les enterrèrent profondément.
Puis, Ayrton fut mis au courant des faits qui s’étaient accomplis pendant sa séquestration. Il apprit alors les aventures d’Harbert, et par quelles séries d’épreuves les colons avaient passé. Quant à ceux-ci, ils n’espéraient plus revoir Ayrton et avaient à redouter que les convicts ne l’eussent impitoyablement massacré.
« Et maintenant, dit Cyrus Smith en terminant son récit, il nous reste un devoir à accomplir. La moitié de notre tâche est remplie, mais si les convicts ne sont plus à craindre, ce n’est pas à nous que nous devons d’être redevenus maîtres de l’île.
– Eh bien ! répondit Gédéon Spilett, fouillons tout ce labyrinthe des contreforts du mont Franklin ! Ne laissons pas une excavation, pas un trou inexploré ! Ah ! si jamais reporter s’est trouvé en présence d’un mystère émouvant, c’est bien moi qui vous parle, mes amis !
– Et nous ne rentrerons à Granite-House, répondit Harbert, que lorsque nous aurons retrouvé notre bienfaiteur.
– Oui ! dit l’ingénieur, nous ferons tout ce qu’il est humainement possible de faire… mais, je le répète, nous ne le retrouverons que s’il veut bien le permettre !
– Restons-nous au corral ? demanda Pencroff.
– Restons-y, répondit Cyrus Smith, les provisions y sont abondantes, et nous sommes ici au centre même de notre cercle d’investigations. D’ailleurs, si cela est nécessaire, le chariot se rendra rapidement à Granite-House.
– Bien, répondit le marin. Seulement, une observation.
– Laquelle ?
– Voici la belle saison qui s’avance, et il ne faut pas oublier que nous avons une traversée à faire.
– Une traversée ? dit Gédéon Spilett.
– Oui ! Celle de l’île Tabor, répondit Pencroff. Il est nécessaire d’y porter une notice qui indique la situation de notre île, où se trouve actuellement Ayrton, pour le cas où le yacht écossais viendrait le reprendre. Qui sait s’il n’est pas déjà trop tard ?
– Mais, Pencroff, demanda Ayrton, comment comptez-vous faire cette traversée ?
– Sur le Bonadventure !
– Le Bonadventure ! s’écria Ayrton… il n’existe plus.
– Mon Bonadventure n’existe plus ! hurla Pencroff en bondissant.
– Non ! répondit Ayrton. Les convicts l’ont découvert dans son petit port, il y a huit jours à peine, ils ont pris la mer, et…
– Et ? fit Pencroff, dont le cœur palpitait.
– Et, n’ayant plus Bob Harvey pour manœuvrer, ils se sont échoués sur les roches, et l’embarcation a été entièrement brisée !
– Ah ! Les misérables ! Les bandits ! Les infâmes coquins ! s’écria Pencroff.
– Pencroff, dit Harbert, en prenant la main du marin, nous ferons un autre Bonadventure, un plus grand ! Nous avons toutes les ferrures, tout le gréement du brick à notre disposition !
– Mais savez-vous, répondit Pencroff, qu’il faut au moins cinq à six mois pour construire une embarcation de trente à quarante tonneaux ?
– Nous prendrons notre temps, répondit le reporter, et nous renoncerons pour cette année à faire la traversée de l’île Tabor.