L'île mystérieuse
- Автор: Verne Jules
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Biblioth
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «L'île mystérieuse». Краткое содержание книги:
– En effet, Monsieur Cyrus, répondit le marin. Faites donc vos plans, les ouvriers sont prêts, et j’imagine qu’Ayrton pourra nous donner un bon coup de main dans la circonstance. »
Les colons, consultés, approuvèrent le projet de l’ingénieur, et c’était, en vérité, ce qu’il y avait de mieux à faire. Il est vrai que la construction d’un navire de deux à trois cents tonneaux, c’était une grosse besogne, mais les colons avaient en eux-mêmes une confiance que justifiaient bien des succès déjà obtenus.
Cyrus Smith s’occupa donc de faire le plan du navire et d’en déterminer le gabarit. Pendant ce temps, ses compagnons s’employèrent à l’abatage et au charroi des arbres qui devaient fournir les courbes, la membrure et le bordé. Ce fut la forêt du Far-West qui donna les meilleures essences en chênes et en ormes. On profita de la trouée déjà faite lors de la dernière excursion pour ouvrir une route praticable, qui prit le nom de route du Far-West, et les arbres furent transportés aux cheminées, où fut établi le chantier de construction.
Quant à la route en question, elle était capricieusement tracée, et ce fut un peu le choix des bois qui en détermina le tracé, mais elle facilita l’accès d’une notable portion de la presqu’île serpentine.
Il était important que ces bois fussent promptement coupés et débités, car on ne pouvait les employer verts encore, et il fallait laisser au temps le soin de les durcir. Les charpentiers travaillèrent donc avec ardeur pendant le mois d’avril, qui ne fut troublé que par quelques coups de vent d’équinoxe assez violents. Maître Jup les aidait adroitement, soit qu’il grimpât au sommet d’un arbre pour y fixer les cordes d’abatage, soit qu’il prêtât ses robustes épaules pour transporter les troncs ébranchés.
Tous ces bois furent empilés sous un vaste appentis en planches, qui fut construit auprès des cheminées, et, là, ils attendirent le moment d’être mis en œuvre.
Le mois d’avril fut assez beau, comme l’est souvent le mois d’octobre de la zone boréale. En même temps, les travaux de la terre furent activement poussés, et bientôt toute trace de dévastation eut disparu du plateau de Grande-vue. Le moulin fut rebâti, et de nouveaux bâtiments s’élevèrent sur l’emplacement de la basse-cour. Il avait paru nécessaire de les reconstruire sur de plus grandes dimensions, car la population volatile s’accroissait dans une proportion considérable. Les étables contenaient maintenant cinq onaggas, dont quatre vigoureux, bien dressés, se laissant atteler ou monter, et un petit qui venait de naître. Le matériel de la colonie s’était augmenté d’une charrue, et les onaggas étaient employés au labourage, comme de véritables bœufs du Yorkshire ou du Kentucky. Chacun des colons se distribuait l’ouvrage, et les bras ne chômaient pas. Aussi, quelle belle santé que celle de ces travailleurs, et de quelle belle humeur ils animaient les soirées de Granite-House, en formant mille projets pour l’avenir !
Il va sans dire qu’Ayrton partageait absolument l’existence commune, et qu’il n’était plus question pour lui d’aller vivre au corral. Toutefois, il restait toujours triste, peu communicatif, et se joignait plutôt aux travaux qu’aux plaisirs de ses compagnons. Mais c’était un rude ouvrier à la besogne, vigoureux, adroit, ingénieux, intelligent. Il était estimé et aimé de tous, il ne pouvait l’ignorer.
Cependant, le corral ne fut pas abandonné. Tous les deux jours, un des colons, conduisant le chariot ou montant un des onaggas, allait soigner le troupeau de mouflons et de chèvres et rapportait le lait qui approvisionnait l’office de Nab. Ces excursions étaient en même temps des occasions de chasse. Aussi Harbert et Gédéon Spilet – Top en avant – couraient-ils plus souvent qu’aucun autre de leurs compagnons sur la route du corral, et, avec les armes excellentes dont ils disposaient, cabiais, agoutis, kangourous, sangliers, porcs sauvages pour le gros gibier, canards, tétras, coqs de bruyère, jacamars, bécassines pour le petit, ne manquaient jamais à la maison. Les produits de la garenne, ceux de l’huîtrière, quelques tortues qui furent prises, une nouvelle pêche de ces excellents saumons qui vinrent encore s’engouffrer dans les eaux de la Mercy, les légumes du plateau de Grande-vue, les fruits naturels de la forêt, c’étaient richesses sur richesses, et Nab, le maître-coq, suffisait à peine à les emmagasiner.
Il va sans dire que le fil télégraphique jeté entre le corral et Granite-House avait été rétabli, et qu’il fonctionnait, lorsque l’un ou l’autre des colons se trouvait au corral et jugeait nécessaire d’y passer la nuit. D’ailleurs, l’île était sûre maintenant, et aucune agression n’était à redouter, – du moins de la part des hommes.
Cependant, le fait qui s’était passé pouvait encore se reproduire. Une descente de pirates, et même de convicts évadés, était toujours à craindre. Il était possible que des compagnons, des complices de Bob Harvey, encore détenus à Norfolk, eussent été dans le secret de ses projets et fussent tentés de l’imiter. Les colons ne laissaient donc pas d’observer les atterrages de l’île, et chaque jour leur longue-vue était promenée sur ce large horizon qui fermait la baie de l’union et la baie Washington.
Quand ils allaient au corral, ils examinaient avec non moins d’attention la partie ouest de la mer, et, en s’élevant sur le contrefort, leur regard pouvait parcourir un large secteur de l’horizon occidental.
Rien de suspect n’apparaissait, mais encore fallait-il se tenir toujours sur ses gardes. Aussi l’ingénieur, un soir, fit-il part à ses amis du projet qu’il avait conçu de fortifier le corral. Il lui semblait prudent d’en rehausser l’enceinte palissadée et de la flanquer d’une sorte de blockhaus dans lequel, le cas échéant, les colons pourraient tenir contre une troupe ennemie. Granite-House devant être considéré comme inexpugnable par sa position même, le corral, avec ses bâtiments, ses réserves, les animaux qu’il renfermait, serait toujours l’objectif des pirates, quels qu’ils fussent, qui débarqueraient sur l’île, et, si les colons étaient forcés de s’y renfermer, il fallait qu’ils pussent résister sans désavantage.
C’était là un projet à mûrir, et dont l’exécution, d’ailleurs, fut forcément remise au printemps prochain.
Vers le 15 mai, la quille du nouveau bâtiment s’allongeait sur le chantier, et bientôt l’étrave et l’étambot, emmortaisés à chacune de ses extrémités, s’y dressèrent presque perpendiculairement. Cette quille, en bon chêne, mesurait cent dix pieds de longueur, ce qui permettrait de donner au maître-bau une largeur de vingt-cinq pieds. Mais ce fut là tout ce que les charpentiers purent faire avant l’arrivée des froids et du mauvais temps. Pendant la semaine suivante, on mit encore en place les premiers couples de l’arrière ; puis, il fallut suspendre les travaux.
Pendant les derniers jours du mois, le temps fut extrêmement mauvais. Le vent soufflait de l’est, et parfois avec la violence d’un ouragan. L’ingénieur eut quelques inquiétudes pour les hangars du chantier de construction, – que, d’ailleurs, il n’aurait pu établir en aucun autre endroit, à proximité de Granite-House, – car l’îlot ne couvrait qu’imparfaitement le littoral contre les fureurs du large, et, dans les grandes tempêtes, les lames venaient battre directement le pied de la muraille granitique.
Mais, fort heureusement, ces craintes ne se réalisèrent pas. Le vent hala plutôt la partie sud-est, et, dans ces conditions, le rivage de Granite-House se trouvait complètement couvert par le redan de la pointe de l’épave.
Pencroff et Ayrton, les deux plus zélés constructeurs du nouveau bâtiment, poursuivirent leurs travaux aussi longtemps qu’ils le purent. Ils n’étaient point hommes à s’embarrasser du vent qui leur tordait la chevelure, ni de la pluie qui les traversait jusqu’aux os, et un coup de marteau est aussi bon par un mauvais que par un beau temps. Mais quand un froid très vif eut succédé à cette période humide, le bois, dont les fibres acquéraient la dureté du fer, devint extrêmement difficile à travailler, et, vers le 10 juin, il fallut définitivement abandonner la construction du bateau.