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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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- Possible qu'elle soit en deuil mais 1' cabriolet, lui, il y est pas et il a failli écraser P'tit Louis ! Alors on va l'brûler.

- Si ça vous chante, mais laissez la citoyenne tranquille! C'est pas d' sa faute s'il lui reste que cette voiture-là.

- L'a qu'à aller à pied comme tout l'monde. Mais, dis donc toi, ça s'rait-y qu' tu la connaîtrais ?

- Ben oui. J' livre d' l'eau chez elle. C'est la citoyenne Pontallec... et elle vient d'perdre son seul enfant, sa p'tite fille de deux ans.

- Pontallec ? Ça sonne l'aristo, ça ?

- Et après ? On n'est jamais responsable d'sa naissance! Vous voyez bien qu'elle est toute jeunette. Et elle est loin d'être heureuse, croyez-moi ! Parc' que les filles d'opéra, ça s'rait plutôt l'affaire d'son époux !

Une femme aux yeux fureteurs, au nez pointu vint le mettre sous celui du défenseur d'Anne-Laure.

- Comment qu' ça s'fait qu' tu la connais si bien, citoyen...

- Merlu! Jonas Merlu, d' l'impasse des Deux-Ponts ! J'te l'ai dit citoyenne, j'livre chez elle et à la cuisine on cause! J'entends les bruits. Allez, un bon mouvement, les gars ! Laissez-moi la ram'ner au logis ! C'est d'jà une victime, en faites pas une martyre ! Ça s'rait pas digne.

- C'est où le logis ?

- Rue d'Bellechasse !

- Alors, décida la femme, on va avec toi ! Histoire d'voir la tête qu'il a l'mari...

C'est ainsi qu'Anne-Laure, remorquant à sa suite une Bina plus morte que vive, regagna sa maison à pied - le cabriolet n'existait plus et le cheval avait disparu, poursuivi par Sylvain plus attaché à l'animal qu'à sa maîtresse. Elle marchait d'un pas ferme, sans aide aucune. Son sauveur avait repris ses seaux vides et allait pesamment, sans plus faire attention à elle, en fredonnant une chanson. Elle aurait aimé le remercier, mais sans doute préférait-il ne pas donner prise davantage à la suspicion que son geste faisait peser sur lui. Au physique, c'était un homme sans âge, de taille moyenne; il marchait un peu voûté, ce qui le raccourcissait. Sous un vieux chapeau qui le protégeait du soleil, il portait une perruque de laine comme en ont les matelots et une barbe poivre et sel mangeait la moitié de son visage. Un nez rouge prouvant que l'homme respectait son fonds de commerce et de lourdes paupières, rougies elles aussi, complétaient une physionomie somme toute banale.

Arrivés à destination, les adieux ne se prolongèrent guère. Le marquis était absent et la petite foule qui avait quitté la place Saint-Sulpice se trouvait singulièrement diminuée. Restaient surtout quelques femmes, deux hommes et le porteur d'eau auquel Anne-Laure adressa, devant tous, un merci ému qu'il repoussa d'un geste bourru. Pourtant, avant de s'éloigner, il ôta la cocarde qui ornait son feutre sans couleur précise et la tendit à la jeune femme.

- Un bon conseil, citoyenne. Si tu veux plus qu'il t'arrive d'ennuis, ne sors pas sans ça! Plus de cabriolet non plus - de toute façon le tien n'existe plus ! - et puis, tout compte fait, sors donc le moins possible !

Pour la première fois et sans doute parce qu'elle était délivrée de sa peur, Anne-Laure remarqua la voix de cet homme : une voix grave, profonde, chaude comme un chant de violoncelle. Tout à l'heure, elle tonnait comme le bronze. A présent, elle avait le calme apaisant d'un chant d'église. Elle expliquait l'ascendant qu'en peu d'instants cet homme du peuple avait pris sur ses semblables et qui lui avait permis de l'arracher à leur fureur sans y laisser sa propre vie. En dépit du parler vulgaire, elle exerçait une sorte de magie...

Naturellement, le bruit de son escorte avait attiré dehors les deux serviteurs qui, avec Bina et Sylvain, composaient encore toute la domesticité de l'hôtel. Mme de Pontallec s'approcha d'Ursule, sa cuisinière.

- Vous devez connaître cet homme, Ursule ? Il a dit qu'il nous apportait de l'eau ?...!! s'appelle Jonas Merlu...

Les yeux fixés sur la silhouette qui s'éloignait dans la rue, la femme hocha la tête en faisant la moue :

- Ma foi non! Je ne l'ai jamais vu...

CHAPITRE III

10 AOÛT 1792

Depuis minuit le tocsin sonnait...

Première de toutes celles de Paris, cependant réduites au silence depuis des semaines, la grosse cloche des Cordeliers se fit entendre puis ce fut celle de Saint-André-des-Arts relayée par celles du faubourg Saint-Antoine, des Gravilliers, des Lombards, de Mauconseil et d'autres encore. Seule se taisait celle de Saint-Germain-l'Auxerrois, la paroisse royale qui avait donné le signal de la Saint-Barthélémy et, dans l'esprit de ceux qui en espéraient le pouvoir, c'était, cette nuit-là, une autre Saint-Barthélémy qui se préparait...

Ensuite ce furent les tambours. De toutes parts on battait la générale. Pourtant, la nuit de ce 9 août était belle, chaude, merveilleusement étoilée et Paris brillait de tous ses feux, éclairé comme pour une fête autour de la masse sombre du palais des Tuileries et de ses jardins. Là, les lumières extérieures étaient rares et le palais apparaissait comme un énorme et mystérieux animal...

Quelques heures plus tôt, Josse y avait amené Anne-Laure afin, disait-il, de n'avoir pas à se soucier de son sort tandis qu'il combattait avec tous ceux qui se rendaient alors au " château " pour la défense du Roi, car on savait bien qu'il allait se passer quelque chose et qu'il faudrait combattre. Aussi, le marquis de Pontallec était-il parti armé d'une épée qui n'avait rien à voir avec une épée de cour et des pistolets, Anne-Laure l'avait suivi avec une joie profonde puisqu'il refusait de se séparer d'elle au moment du danger. Partager le sort de son époux quel qu'il soit, n'était-ce pas son plus cher désir? Même si ce sort s'avérait dramatique...

Depuis le 20 juin où le courage du Roi avait fait reculer l'aveugle ruée des faubourgs, ceux-ci rongeaient leur frein cependant que le ciel se chargeait de nuages. Aux frontières de l'Est, une puissante armée prussienne et autrichienne sous le commandement du général-duc de Brunswick se massait et s'apprêtait à déferler. La Patrie ayant été déclarée en danger, on enrôlait des volontaires dans les carrefours pour rejoindre les vestiges de l'ancienne armée royale. La Fayette, de son côté, ayant appris l'affaire des Tuileries, revenait de cette même armée afin d'essayer de préserver les personnes royales...

A l'intérieur, le ministère girondin vacillait sur sa base, secoué avec vigueur par les plus enragés du puissant Club des Jacobins dont le but était d'obtenir de l'Assemblée la déchéance du Roi. En outre, et en vue de la célébration devenue rituelle du 14 juillet, des bandes de " fédérés " venues de Marseille, de Brest et du nord de la France sont entrées dans Paris. Comme des loups affamés ! Par leur violence et leurs excès ils y ont semé la peur, que l'on déguisait sous un enthousiasme de commande. La fête du Champ-de-Mars a réjoui les " cours patriotes ". On a pu y voir brûler, sous l'oil impassible de Louis XVI, un arbre immense, chargé de la cime au pied des écus armoriés de la noblesse ainsi qu'une table où étaient jetés pêle-mêle couronnes, tortils et autres insignes de grandeur. Le peuple a dansé, sauté, hurlé de joie autour de ce brasier comme des Indiens d'Amérique autour du poteau de torture, au risque de roussir ses cocardes et ses habits de fête. Et puis, le 28 du mois, des affiches ont inondé la ville portant ce que l'on appelle le Manifeste de Brunswick. Le duc y signait la plus claire des menaces : si les Parisiens ne se soumettaient pas immédiatement et sans conditions à leur roi, les " souverains alliés " en tireraient une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés aux supplices mérités, etc. Du coup, les estrades en plein air, ornées de tentes tricolores où l'on enrôlait les jeunes gens, se sont multipliées en même temps que la peur engendrait la fureur des sections déjà puissamment travaillées par les extrémistes et ceux qui voyaient, dans l'écroulement de la Couronne, une promesse de pouvoir et de richesse... Il fallait à tout prix que le trône tombe d'irrémédiable façon pour encourager le peuple à se battre contre l'envahisseur jusqu'au bout de ses forces. Grande idée sans doute ! Malheureusement, trop de racaille allait se glisser parmi ceux qui, voyant dans le débonnaire Louis XVT un ennemi du pays, brûlaient d'aller au sacrifice suprême. Devenu suspect, La Fayette était reparti pour l'armée.

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