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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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- Je vous en prie, dites-moi qui est venu ?

En réponse, il lui envoya un coup d'oil rigolard et souffla un long jet de fumée :

- Allons, faut pas vous affoler comme ça, citoyenne! L'est pas allé bien loin : juste là-bas, d'l'autre côté d' la rue. C't' un " officieux " qu'est venu d'la part de... Oh, ben tenez ! Le v'ia qui s'en revient.

En effet, Anne-Laure qui était descendue de voiture aperçut, traversant d'un pas vif la rue de Tournon selon une longue diagonale, une silhouette noire couronnée d'un tricorne à l'ancienne mode posé sur une perruque poudrée et qui agitait une canne au-dessus de sa tête en signe d'allégresse. M. de Nivernais courait presque en rejoignant la jeune femme :

- Vous voilà donc de retour, ma chère petite ! Dieu en soit loué !... J'étais d'une inquiétude à votre sujet !

- Vous étiez bien le seul, mon cher duc ! Josse, lui, n'était pas inquiet le moins du monde et...

- Holà, holà, holà ! intervint le factionnaire. Les ci-devant ducs, marquis et tout le saint-frusquin, ça a plus cours dans les rues ! Pour les simagrées, vaut mieux faire ça à l'intérieur.

Nivernais eut un sourire qui fit pétiller ses yeux sombres et lui rendit ses vingt ans. A soixante-seize ans, il jouissait d'une excellente santé et gardait, en dépit de quelques rides, un beau visage aux traits fins -chez les Mancini la beauté se transmettait d'une génération à l'autre -dont le front haut et dégagé annonçait l'intelligence; les chagrins avaient estompé, adouci l'expression de hauteur naturelle.

- Vous avez tout à fait raison, Septime, mon ami ! Venez, ma chère !

Et, glissant familièrement son bras sous celui de sa visiteuse, il l'entraîna vers l'entrée de sa demeure où celle-ci s'aperçut avec surprise qu'il n'occupait plus que quelques pièces au seuil desquelles un serviteur, presque aussi âgé que son maître, le débarrassa de son chapeau, de ses gants et de sa canne.

- Qu'avez-vous fait du reste de votre maison, mon ami ? demanda la jeune femme qui n'était pas venue depuis longtemps.

- Fermé, ma chère petite! Par prudence, j'ai congédié la plus grande partie de mes domestiques, ne conservant que mon vieux Colin et sa femme qui fait la cuisine. Il faut vivre avec son temps et je suis, vous le savez, un vieux libéral...

- Mais... vos collections?

- Les portes condamnées en protègent une partie, des tableaux par exemple. Le reste est... ailleurs. Mais asseyez-vous et dites-moi ce qui me vaut la joie d'une si charmante visite.

- Mon époux ne vous l'a-t-il pas annoncée? Il devait passer chez vous ce matin pour prendre de vos nouvelles et vous dire que j'allais venir. Il vous disait... fort malade.

- Ce n'est pas la première fois que je constate chez ce cher marquis une tendance à l'exagération bien qu'il ne soit pas méridional comme nous autres. Non, j'ai été un peu froissé aux Tuileries pendant ce terrible jour, mais rien qu'une bonne nuit et quelques soins ne puissent effacer. Cela dit, votre époux n'est pas passé me voir. Sinon, vous pensez bien que je ne me serais pas absenté ou j'aurais au moins laissé des ordres pour que l'on vous fasse patienter... car je pouvais difficilement refuser de me rendre au chevet d'un voisin qui est aussi un ami et qui, lui, est mourant. Je vous ai parlé déjà de l'amiral John Paul-Jones ?

- Le héros américain qui a si bien servi son pays durant la guerre d'Indépendance avant de servir la France? Je sais que le Roi lui a donné un vaisseau et le titre de chevalier. Et il est mourant ? Mais... il n'est pas vieux.

- Quarante-sept ans mais... il a trop aimé les femmes dont il était sans cesse entouré. C'est je crois ce qui le tue plus encore que le mal contracté en Russie pendant le temps où il servait - pas pour son bien -la Grande Catherine. Je ne vous cache pas que j'éprouve beaucoup de peine. C'est un homme tellement attachant... et très seul bien qu'il ait été si fort l'ami du duc d'Orléans. Il ne lui reste que deux amis : Samuel Blackden et le capitaine " Beaupoil " ci-devant comte de Saint-Aulaire... et puis votre serviteur. Depuis deux ans qu'il a loué chez l'huissier Dorbecque, au 42 de cette rue, nous nous sommes liés. J'admire son courage devant la mort... Mais, pardon! Je ne devrais pas prononcer devant vous ce mot terrible ! Dites-moi plutôt pourquoi vous êtes revenue alors que je vous croyais en sûreté dans votre Bretagne...

- Ma Bretagne n'est plus une sûreté. Pourtant, je suis certaine que mon petit ange y reposera en paix...

Anne-Laure raconta sa triste aventure, amputée, bien sûr, de l'étrange conversation qu'elle avait eue avec Jaouen. Non par manque de confiance envers Nivernais. Il était sans doute son meilleur et peut-être son seul ami sûr, mais elle éprouvait une gêne à rapporter la déclaration d'amour d'un valet à qui l'écroulement de la société donnait toutes les audaces, déclaration aggravée par la terrible accusation portée contre l'époux qu'elle aimait. Elle était trop jeune, trop transparente surtout pour que le vieux duc ne devinât pas qu'elle lui cachait quelque chose et qu'elle éprouvait un trouble profond. Il voulut tenter de l'en délivrer.

- Que vous n'ayez pu demeurer à Komer je le conçois sans peine, mais pourquoi n'avoir pas cherché refuge auprès de votre mère ? N'est-ce pas la place toute naturelle d'une fille lorsqu'elle souffre !

- Pas lorsqu'elle est mariée. J'ai pensé, puisqu'il ne m'était pas possible de rester auprès de ma petite fille, que je devais rejoindre mon époux. Et puis la mort de mon frère a réveillé le chagrin de ma mère qui ne s'en remet pas. Elle cherche un palliatif dans le travail et la conduite de ses affaires.

Cela, Nivernais voulait bien le croire. Sans connaître Marie-Pierre de Laudren, il sentait que sa fille ne devait pas tenir une grande place dans sa vie : le simple fait de n'avoir pas jugé bon de se déranger pour assister à son mariage était révélateur. En revanche, il connaissait bien Josse de Pontallec et, s'étant attaché à la jeune femme, il ne cessait de déplorer en lui-même une union qui ne pouvait en aucun cas lui assurer le bonheur. Il savait le marquis homme d'aventures - celle, retentissante, avec le Chevalier avait longtemps défrayé la chronique et il n'était pas certain qu'elle fût vraiment terminée. On lui prêtait bien d'autres conquêtes qui, tant qu'elles s'étalaient au grand jour, ne l'inquiétaient pas vraiment. On ne pouvait en dire autant des nouvelles relations du marquis avec Charlotte de Sinceny. A cause, justement, de la retenue, de la discrétion que Josse y apportait, le duc la jugeait beaucoup plus dangereuse que toutes les autres. Il demanda :

- Comment votre époux a-t-il accueilli votre retour ?

La jeune femme eut un geste évasif accompagné d'un petit sourire triste :

- Pas très bien, je dois l'avouer. II... m'espérait en sûreté là-bas et il était... plutôt mécontent. On ne saurait guère le lui reprocher, ajouta-t-elle un peu trop vite. Par ces temps difficiles on préfère savoir les siens à l'abri n'est-ce pas ?

- C'est évident, dit machinalement Nivernais, qui pensait en même temps qu'il valait mieux qu'elle voie une preuve de sollicitude dans la colère de son époux au lieu de soupçonner la vérité qui était celle-ci selon lui : Josse espérait bien ne pas revoir sa femme avant longtemps et il était ravi d'en être débarrassé. La déception devait être rude, mais ce que le vieux duc n'arrivait pas à comprendre c'est pourquoi, diable, il avait expédié Anne-Laure chez lui en le déclarant malade alors qu'il savait parfaitement qu'il n'en était rien ?

- Je me demande, commença-t-il du ton de quelqu'un qui pense tout haut, si vous ne devriez pas repartir pour la Bretagne. La récente attaque des Tuileries a laissé au peuple un goût d'inachevé. Il a pu franchir un degré de plus dans une lèse-majesté qui autrefois menait à l'échafaud et je suis persuadé qu'il cherchera à terminer un ouvrage si bien commencé. Les temps vont devenir de plus en plus difficiles. L'émigration commencée en 89 a repris de plus belle...

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