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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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Klaas n’ayant ni le temps, ni la faculté de le renflouer, s’avisa d’un autre procédé. Comme l’avaient supposé Albert et Alexandre, il se rendit à la rive voisine, et abattit des arbres à texture légère qui devaient flotter facilement. Grâce à sa prodigieuse vigueur musculaire et à son habileté consommée de bûcheron – habileté commune à la plupart des Boërs – il construisit rapidement un radeau sur lequel il installa un abri de feuillage destiné à prémunir ses prisonnières contre les ardeurs du soleil.

Puis, il revint au wagon où les infortunées jeunes femmes étaient toujours confinées, en proie aux tortures d’une poignante angoisse. Quelque décidé qu’il fût à employer les grands moyens pour triompher de leurs résistances, et obtenir qu’elles consentissent à changer de lieu de réclusion, le bandit n’était pas sans inquiétude relativement au résultat final de son entreprise.

Très résolu en face des éventualités de la vie sauvage, son sang-froid et son audace d’aventurier l’abandonnaient soudain, en présence de ces frêles organisations féminines dont il avait pu apprécier, en mainte occasion, l’indomptable énergie.

L’imminence du péril lui remit, comme on dit vulgairement, un peu de cœur au ventre. Il se promit de se mettre en frais d’éloquence, d’être persuasif et de solliciter par la raison, ce qu’il désespérait d’accomplir par la force.

Il amarra son radeau à l’arrière du wagon, frappa doucement au panneau de l’arrière, et d’un accent dont il s’efforça d’atténuer la rudesse habituelle, sollicita la faveur d’un entretien.

Contre son attente, le verrou qui maintenait intérieurement la lourde porte glissa brusquement ; puis une voix harmonieuse, mais ferme et bien timbrée, celle de madame de Villeroge, prononça ce seul mot :

– Entrez.

Il abattit le panneau sur ses charnières, l’immobilisa sur ses chaînes, et sans profiter de l’autorisation, il resta debout sur son radeau, et s’accouda sur cette espèce de pont-levis, tendu horizontalement au niveau de sa poitrine.

Anna et Esther apparurent en même temps aux yeux du rustre qui ne put se défendre d’un frémissement, à l’aspect de ce tableau gracieux.

– Que voulez-vous encore ? demanda madame de Villeroge.

» N’est-ce pas assez de nous retenir ici, au mépris de ce droit sacré que possède toute créature humaine d’être libre, et faut-il que vous veniez encore aggraver, par votre présence odieuse, les horreurs de notre position.

» Répondez !... Que voulez-vous ?

– De grâce, madame, écoutez-moi. Vous aussi, mademoiselle.

» Il faut fuir !... Fuir au plus vite.

» Un danger terrible nous menace.

– Eh ! bien, tant mieux !

– Bien, Anna ; bien, ma sœur, interrompit Esther avec non moins d’énergie. Que nous importe un nouveau péril, après d’aussi cruelles vicissitudes.

» Que nous importe la mort elle-même ! Ne sommes-nous pas résolues à tout.

– Mais vous ne savez donc pas qu’ils vont venir ivres de sang et de colère... ivres aussi d’alcool.

– Qui ?...

– Les mineurs furieux, aux mains desquels nous avons échappé par miracle.

– Vous dites que « nous » leur avons échappé. Je le regrette doublement.

» Ces hommes sont des travailleurs à la générosité desquels nous ne nous fussions pas vainement adressées. Ils vous eussent fait payer cher l’acte odieux qui nous a rendues vos prisonnières.

– Ignorez-vous, que la plupart d’entre eux sont des scélérats sans foi ni loi ; un ramassis de gredins sans aveu, aujourd’hui mineurs, demain voleurs, bandits toujours, ne connaissant ni le tien ni le mien, et ne reculant devant aucun crime pour satisfaire leurs passions.

– Comme vous, alors, riposta intrépidement la jeune femme.

Le Boër pâlit et une rapide crispation agita ses poings monstrueux.

– Soit, murmura-t-il en réagissant contre la fureur qu’il sentait monter lentement.

» Je vous en prie, madame, ne discutons pas ce que j’ai été, et ce que je ne suis plus.

» Je vous ai respectées, vous... Eux, ne vous respecteraient pas.

» Je serais impuissant à vous protéger... Vous deviendriez leur proie, quand j’aurais succombé en vous défendant.

» Vous entendez, madame ! La proie de ces furieux que rien ne touche, que rien n’émeut...

» Et maintenant, soyez vous-mêmes juges de votre propre situation. Voyez quelle résolution doit vous inspirer le souci de vos existences et de votre honneur.

– Dites-vous vrai ? demanda madame de Villeroge ébranlée par cet accent de sincérité brutale.

– Sur la tête de ma mère et sur ma part de bonheur éternel, oui ! reprit le Boër en se signant dévotement.[54]

– Qu’en pensez-vous, Esther ? demanda-t-elle à sa compagne.

– De deux maux choisissons le moindre.

– Vous avez raison. D’autant plus que l’essentiel pour nous est de gagner du temps ; et Albert ne saurait être loin.

» C’est bien, ajouta-t-elle, en s’adressant au rustre, attendant toujours une réponse. Nous vous suivrons.

» Laissez-nous quelques minutes pour faire nos préparatifs.

Klaas s’inclina sans répondre et se dirigea vers l’avant du chariot, enfonça à coups de pic la coque métallique formant le fond, mutila tout ce qu’il crut ne pouvoir emporter, et revint procéder à l’embarquement des prisonnières, quand son œuvre de dévastation fut accomplis.

Madame de Villeroge avait mis à profit ce moment, pour tracer, à l’aide d’un clou, sur le couvercle d’une boîte à conserves, les quelques mots relatifs à sa position, espérant toujours que, en multipliant les indices de son passage, son mari arriverait à retrouver sa trace.

La traversée du fleuve s’opéra sans encombres et avec une prudente lenteur. Parvenu sur la rive opposée, Klaas démembra le radeau et en abandonna les éléments au courant, pensant, de son côté, annuler tout vestige relatif à sa nouvelle direction.

Il chargea ensuite sur ses robustes épaules autant de provisions qu’il put en porter, deux couvertures, une hache, un coutelas, et son fidèle roër sur lequel il comptait pour varier l’ordinaire.

C’est alors que, les trois Français, accompagnés des deux noirs, retrouvèrent le wagon abandonné, le remirent en état, et reprirent leur poursuite un moment interrompue.

Klaas, après s’être enfoncé d’environ un kilomètre dans l’intérieur des terres, avait obliqué à droite, c’est-à-dire était descendu parallèlement au cours du Zambèze. Il savait que non loin des cataractes il trouverait dans la muraille basaltique une grotte naturelle pouvant servir d’abri aux jeunes femmes, pendant qu’il se mettrait à la recherche de ses frères avec lesquels il espérait faire bientôt la paix.

On fit halte pour déjeuner, un brasier fut allumé, puis on se remit en route. En dépit de son assurance, le Boër se sentait agité de pressentiments sinistres que rien ne semblait justifier. Une angoisse poignante et indéfinissable tout à la fois étreignit son cœur jusqu’alors inaccessible au repentir, et pour la première fois peut-être, ce criminel, endurci jusqu’à l’insouciance, parut se souvenir qu’il avait froidement égorgé deux vieillards, et qu’il avait, depuis ce moment, vécu sans l’ombre d’un souci, près de celles dont la présence eût dû être pour lui un perpétuel remords.

Furieux de ce qu’il qualifiait en lui-même de pusillanimité, il secoua rudement sa crinière fauve, avec ce geste brutal d’un bison qui traverse un fourré et se mit à accélérer sa marche.

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54

Nous avons mentionné déjà cette étrange contradiction, en raison de laquelle les Boërs pillards éhontés, esclavagistes convaincus, assassins impitoyables, conservent quand même le culte de la famille, et se livrent avec zèle aux pratiques de leur religion.

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