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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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» Je lui ai promis jadis de l’écorcher tout vif, de le faire cuire un peu, et bien d’autres choses encore.

» Mais, comme le temps presse, je me contenterai de le pendre pour faire peur aux moineaux de la localité.

» Qu’en pensez-vous ?

Ce fut Anna qui répondit.

– Albert, mon ami, dit-elle d’une voix douce et triste, voici le premier moment de bonheur que je goûte depuis le jour fatal où mon vénéré père a perdu la vie.

– Mort !... notre père, s’écria douloureusement le jeune homme.

Assassiné en venant à ta recherche. Je te raconterai plus tard cette horrible catastrophe.

» Le pauvre martyr de l’amour paternel a toute sa vie enseigné le pardon... Il priait pour ses assassins en rendant le dernier soupir.

» Albert, au nom de celui qui n’est plus, au nom de cette morale dont il fut un des apôtres, pardonnons à celui qui fut mon bourreau.

» Laissons-lui au moins la possibilité du repentir...

– Que ta volonté soit faite, répondit le jeune homme en réprimant le regard plein de haine qui flamboya un moment dans son œil noir.

» Je ne veux pas être plus implacable que la victime.

» Je pardonne.

– Mais moi, je ne suis pas chrétienne, interrompit tout à coup une voix indignée.

» Je ne connais pas ce que vous appelez votre morale.

» La mienne s’appelle œil pour œil... Dent pour dent !

» Il me faut la peine du talion !

» Le sang de mon père crie vengeance !

» Cet homme a tué mon père !... Je veux qu’il meure !

À ces mots Esther que les soins d’Alexandre avaient rappelée à la vie, apparut, pâle encore, la bouche crispée, superbe de colère, tragique comme la personnification de la Vengeance.

– Vous pardonnez, soit. C’est votre droit. Mais, moi, je n’absous pas.

» Je pourrais oublier les tortures qu’il m’a infligées, les insultes dont j’ai été abreuvée pendant ma captivité.

» Mais l’assassinat d’un vieillard qui avait toute ma vénération, tout mon amour, demande des représailles.

» Mon devoir l’exige, ma foi le veut.

» Vous êtes là des hommes vaillants, intrépides... Quel est celui d’entre vous qui me prêtera l’appui de son bras, et sera l’instrument de ma haine.

Les trois Français baissèrent tristement la tête et ne répondirent pas.

– Eh ! bien, continua de son accent strident la jeune fille en proie à une exaltation terrible, vous vous taisez !...

» Faut-il donc que je ramasse ce couteau, dont la lame flamboie... que j’exécute moi-même la peine du talion !

» Dois-je à l’exemple des femmes de la légende biblique verser le sang de l’ennemi !...

– Non ! interrompit Anna d’un accent brisé. Non, Esther, ma sœur bien-aimée.

» Ne mettez pas une tache de sang sur notre affection.

» Laissez ce misérable à ses souffrances, à ses remords.

» Ne repoussez pas la prière de celle qui comme vous porte au cœur une plaie qui ne se fermera jamais.

Il y eut quelques secondes d’un silence poignant.

– Ah ! ma sœur, tu m’as vaincue, s’écria tout à coup Esther qui fondit en larmes.

» Qu’il aille en paix et qu’il se repente.

» Mais, partons au plus vite. Je craindrais, en restant plus longtemps ici de voir ma résolution chanceler, et de perdre le bonheur que je ressentirai demain d’avoir pardonné aujourd’hui.

Klaas, horrible, sanglant, mutilé, avait assisté avec une impassibilité farouche à ce colloque émouvant qui mettait en jeu son existence. Il n’avait compris qu’une chose, c’est qu’on ne le tuait pas.

Allait-on lui laisser au moins la liberté de ses mouvements, et le dégager des entraves qui bleuissaient sa chair.

Son généreux vainqueur, tout à la joie d’avoir retrouvé sa compagne, ne pensait même pas à mettre hors d’usage le roër tout chargé couché dans les herbes. Le couteau brillait toujours à la place où il était tombé.

Ma foi ! ce Français était véritablement absurde. Il donnait à son frère de lait l’ordre de trancher les liens et de rallier ensuite la colonne. C’était bien vrai, Klaas était libre. Le temps seulement de laisser ses membres recouvrer leur souplesse, son sang reprendre la circulation interrompue, il se glisserait à travers bois, et massacrerait sans pitié cette belle jeune femme qui s’appuyait si tendrement au bras de son époux.

Les autres le tueraient ensuite. La belle affaire. Sa mâchoire brisée ne le mettait-elle pas dans l’impossibilité d’absorber de longtemps les aliments solides. Un peu plus tôt, un peu plus tard, n’était-il pas fatalement condamné, et ne valait-il pas mieux succomber en tirant de son trop magnanime ennemi cette terrible vengeance.

Malheureusement, Klaas comptait sans son hôte. Il avait affaire, en Joseph, à un homme non moins vindicatif qui, tout en ayant pardonné, était fort sceptique à l’endroit des bons sentiments que pouvait ultérieurement ressentir le Boër.

Après lui avoir rendu la liberté, le Catalan lui adjoignit, sans qu’il s’en doutât, le Bushman qui devait le suivre à travers bois comme son ombre, et empêcher radicalement toute velléité de représailles.

Le noir poussa un grognement de satisfaction et disparut dans le fourré.

Il n’avait pas encore rejoint, au bout de deux heures, la petite troupe dont les membres goûtaient près du fleuve un repos vaillamment conquis, et l’on commençait à être quelque peu inquiet de cette absence prolongée, quand on le vit revenir bizarrement accoutré d’une veste de cuir, d’un fusil démesuré et d’une gibecière monstre.

– Eh ! quel singulier harnachement portes-tu donc, mon camarade ? interrogea Alexandre.

– Chut ! fit le noir en mettant un doigt sur ses lèvres et en invitant le jeune homme à s’éloigner du groupe.

– Qu’y a-t-il ?

– Le Boër voulait tuer la femme blanche. Son fusil était en joue...

– ... Achève.

– Caché derrière les feuilles, je voyais luire son œil. J’ai pris une flèche empoisonnée avec le n’goua. J’ai bandé mon arc, puis, la flèche est partie. Elle est entrée dans l’œil. Le Boër est mort... j’ai pris ses dépouilles.

– Tu es un bon serviteur et mon ami te doit la vie de sa compagne.

– J’aime les blancs. N’as-tu pas sauvé mon enfant de la morsure du pickakolou.

XV

Premiers instants de bonheur. – Albert renonce à ses projets d’ambition. – Aurea mediocritas. – Mort d’un buffle. – À quel usage le Bushman prétendait-il destiner la peau du ruminant ? – Apparition d’un groupe suspect. – Troupe de noirs conduits par un blanc. – Sacrifice du wagon. – La proie et l’ombre. – Retour offensif. – Plan de bataille. – Nouvelle troupe d’indigènes. – Absence du Bushman. – La flottille et le radeau. – Magopo.

Pour la première fois, depuis longtemps, les arbres géants qui bordent le grand fleuve sud-africain, abritèrent des êtres heureux, dont le bonheur eût été absolu, si la triste évocation de deuils récents n’eût obscurci l’éclat de la joie générale. Fatigues, blessures, maladies, captivité, douleurs physiques, angoisses morales, tout fut oublié dans l’ivresse causée par cette réunion inespérée et les affectueux épanchements qui suivirent aussitôt.

Les héroïnes de cette longue et douloureuse pérégrination à travers l’Afrique Australe durent faire une relation circonstanciée de leurs dramatiques aventures, et leur récit fit tour à tour frissonner de crainte et d’attendrissement leurs auditeurs insatiables.

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