Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
Le plan de la région étalé sur les genoux, il étudiait avec une attention réfléchie le tracé de l’infortuné missionnaire, et suivait, à vol d’oiseau, du haut de son observatoire, les rapports existant entre la configuration des lieux et le signes conventionnels imprimés sur le tissu.
Un point essentiel demeurait désormais acquis à son actif. Tous ceux qui jusqu’alors avaient opéré les mêmes recherches, s’étaient radicalement trompés sur l’orientation. Seul, le bushranger avait su reconnaître cette erreur peut-être volontaire, et la rectifier, au point d’arriver à se diriger avec une quasi-certitude. En outre, il allait pouvoir avant peu agir avec d’autant plus de facilité, que le pays lui était parfaitement connu, et qu’il dominait tous les alentours, du lieu où il était placé.
Une seule chose le tracassait. C’était la vue, sur le plan, d’une ligne blanche enserrée entre deux bandes noires dont la configuration du sol ne lui révélait en aucune façon la présence.
– Que diable signifie cette ligne ? se demandait-il tout intrigué. Indique-t-elle une zone sur laquelle des sondages doivent être exécutés ? Sert-elle de repère à une dépression de terrain ou à une voie souterraine ?
» Une voie souterraine !... Diable ! Je n’en connais qu’une concordant à peu près comme direction.
» Ma maison de campagne possède un couloir aboutissant à un balcon donnant sur la cataracte.
» Ah ! pardieu, ce serait plus étrange que nature si le hasard, qui m’a fait découvrir jadis la cachette introuvable où j’enferme mes économies, m’avait amené à côtoyer de si près ce merveilleux trésor.
» Il faudrait voir à s’assurer de la chose. Je n’ai pas à discuter l’exécution du plan. Elle est grossière dans la forme, mais j’ai tout lieu de la regarder comme parfaite dans l’application.
» À moins toutefois que je ne commette, à l’endroit de l’orientation, une erreur capitale ; ce dont je doute.
» Si j’avais une boussole, mes irrésolutions seraient bientôt fixées.
» Une boussole, j’en ai plusieurs en magasin. Mais il faudrait, pour m’en procurer une, descendre jusqu’à la maison, et je crains les indiscrétions de ce butor de Boër.
» Bah ! essayons pourtant. Je vais le mettre en faction, lui recommander une vigilance extrême, et comme il a une peur horrible de moi, il n’osera pas bouger.
» Mon absence sera d’ailleurs très courte.
» Eh ! Cornélis !
– Qu’y a-t-il pour votre service, gentleman ?
– Peu de chose, mon garçon. Sinon que les provisions baissent, et que j’ai pour le moment une faim de loup et une soif d’éponge.
– Vous dites pour le moment, gentleman. Moi, j’ai toujours faim et soif.
– Raison de plus pour nous ravitailler.
– À vos ordres. Je suis tout prêt à me mettre en quête d’une épaule d’antilope, et apporter une ou deux pintes d’eau dans un entre-nœud de bambou.
– J’ai mieux que cela à vous offrir, mon garçon. Que diriez-vous d’une boîte de corned-beef, d’une tranche de jambon et de quelques bouteilles de Cape-brandy.
– Je dis, gentleman, que, à moins d’être sorcier ou d’aller fouiller la cave du publicain du kopje Victoria, un pareil régal nous est interdit.
– Admettez donc que je sois un peu sorcier, car j’ai de bonnes raisons pour éviter le diggin. Et pourtant, avant deux heures, vos souhaits seront accomplis et vos besoins satisfaits.
– Rien ne m’étonne de votre part, et je vous sais homme à réaliser l’impossible.
– Peut-être ! Je pars. En attendant mon retour, faites bonne garde. Ne quittez votre poste sous aucun prétexte. Il y va non seulement de notre sécurité, mais encore de notre fortune.
– Comptez sur moi, gentleman, je serai immobile comme une pierre, mais, en revanche, j’ouvrirai les oreilles de façon à entendre les moindres bruits suspects. Quant à voir tout ce qui se passe aux alentours, si je n’ai qu’un œil, il est infaillible.
– Bien. Au revoir, mon garçon.
Smith passa en bandoulière sa carabine, assujettit son casque sur sa tête, contourna le mamelon, se glissa comme précédemment Pieter en écartant les tiges d’euphorbes et de cactus, et disparut bientôt. Mais, au lieu de descendre comme jadis le Boër, et de se diriger vers la plaine, il se mit à opérer une série de marches et de contremarches, tantôt rampant à travers les maigres végétaux hérissés de piquants, tantôt se dissimulant derrière les anfractuosités de roches, quand la sinistre broussaille venait à manquer.
Ces randonnées, ayant sans doute pour but d’égarer Cornélis dont la fidélité récente ne lui inspirait peut-être qu’une confiance relative, conduisirent le bushranger au bord d’un escarpement situé à mi-côte, et faisant face au fleuve. Il s’arrêta enfin, essuya la sueur ruisselant sur son visage, et inventoria les alentours d’un regard perçant.
Rien de suspect ne venait troubler sa solitude. Une douzaine de vautours fauves, planant à perte de vue au-dessus de ce paysage désolé, étaient les seuls êtres animés capables de l’apercevoir. Il était bien seul. Mais, aussi, que de fatigues, que de détours, que de précautions pour atteindre ce lieu !
Sans être éloigné de plus de cinq cents mètres de l’endroit où était resté son associé, il avait parcouru en zigzag plus de deux kilomètres, et à travers quelles difficultés !
Une ouverture circulaire, mesurant environ un mètre de diamètre, se trouvait au fond d’un petit ravin greffé en quelque sorte sur l’escarpement principal formant au fleuve sa muraille du côté du midi. Cette ouverture semblait se perdre dans les entrailles de la terre. Particularité bizarre, la substance noire qui en composait le pourtour, tranchait crûment avec une zone blanche, légèrement déprimée, partant de l’Ouest à l’Est.
Sam, tout songeur, contempla un instant cette singularité géologique et murmura :
– Encore et toujours cette ligne qui m’a si fort intrigué depuis le jour où, pour la première fois, mon pied a foulé le sol de la grotte de charbon.
» Il n’y a pas à douter. Ce calcaire, incrusté comme un coin immense dans le banc de houille, doit être la ligne blanche du plan.
» C’est étrange ; au moment de procéder à la vérification du fait, j’ai comme une hésitation.
» Qu’est-ce que je risque, en somme. Ne suis-je pas riche déjà !...
» Si j’éprouve une déconvenue, n’aurai-je pas de quoi me consoler avec le produit de mes économies !
» Eh bien, non ! Je la crains, cette déconvenue. J’ai peur que l’aiguille de cette boussole que je vais chercher, ne prenne une direction toute autre.
» ... Cette aiguille, je la redoute plus que la pointe d’une sagaie empoisonnée.
» C’est que je joue mon va-tout. Si sa direction confirme mes pronostics, à moi l’opulence !...
» Non pas cette opulence banale des marchands de la Cité enrichis dans le commerce des cuirs, des suifs ou des cotons, mais la folle profusion d’un nabab, seule compatible avec mon envergure.
» Sinon, c’est la parcimonieuse existence d’un petit rentier qui sera le couronnement de ma vie d’aventures, et la piteuse réalisation de projets pour l’accomplissement desquels j’ai tout fait, y compris l’impossible.
» Allons ! trêve de pusillanimité. Il faut en finir.
Le bushranger, à ces mots, découvrit avec son pied une petite tranchée pratiquée non loin de l’ouverture et emplie de fragments de charbon. Un morceau de bois dur, long de deux mètres, gros comme le bras, était dissimulé sous cet amas de débris. Il le retira de la fosse, s’assura, de sa solidité, et, satisfait de son examen, le posa au-dessus du puits qu’il partagea en deux parties égales.