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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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Colin avait tiré le sac à côté d’un petit coffre. Il revint, le souffle court.

— Êtes-vous certain de ne pas faire une rechute ?

— Absolument, affirma Dunworthy.

Mais il avait des frissons.

— Ce n’est peut-être que la fatigue. Reposez-vous, j’en aurai pour une seconde, déclara Colin.

Il sortit et tira la porte derrière lui. L’étalon mangeait avec bruit. Dunworthy se tint à une poutre pour se relever et aller voir de plus près la cassette. Le cuivre qui la cerclait était terni et le cuir qui tapissait le couvercle était craquelé, mais il était par ailleurs flambant neuf.

Dunworthy s’assit et l’ouvrit. L’intendant l’avait utilisée comme boîte à outils. Elle contenait un rouleau de corde en cuir tressé et un fer de pioche rouillé qui avait déchiré le capitonnage bleu dont Gilchrist leur avait parlé dans le pub.

Colin revint avec un seau.

— Je vous apporte de l’eau. Je suis allé la prendre dans la rivière.

Il la posa et fouilla dans ses poches.

— J’ai chipé un tube d’aspirine à M. Finch.

Il en fit tomber dans sa paume.

— Je voulais également lui subtiliser un peu de synthamycine, mais j’ai pensé que ce serait un anachronisme. L’aspirine est vieille comme le monde, pas vrai ?

Il lui tendit deux cachets et approcha le seau.

— Vous devrez boire dans vos mains. Les bols et les gobelets doivent grouiller de bacilles.

Dunworthy avala l’aspirine, qu’il fit glisser avec une gorgée d’eau.

— Colin…

L’enfant porta le seau à l’étalon et déclara :

— Je ne crois pas que c’est le village que nous cherchons. Je suis entré dans l’église et le seul tombeau contient une Dame.

Il sortit la carte et le localisateur de l’autre poche.

— Nous sommes trop à l’est. Ici, je pense…

Il désigna du doigt une des descriptions de Montoya.

— Si nous prenons cette route puis coupons droit par là…

— Nous allons retourner au point de transfert, décida Dunworthy.

Il se leva avec prudence, sans s’appuyer au mur ou à la cassette.

— Pourquoi ? Badri a dit que nous avions au moins un jour devant nous et nous n’avons visité qu’un seul village. Il y en a d’autres. Kivrin peut être dans n’importe lequel…

Dunworthy détacha leur monture.

— Je pourrais prendre le cheval et aller voir, proposa Colin. Tout seul, j’irais plus vite. Si je la trouve, je reviendrai immédiatement vous chercher. Il serait également possible de se séparer. Celui qui la découvrirait enverrait un signal. En allumant un feu, par exemple. L’autre irait alors le rejoindre.

— Elle est morte. Nous ne la retrouverons pas.

— Vous n’avez pas le droit de dire une chose pareille ! s’exclama Colin d’une voix aiguë. Elle n’est pas morte ! Ma grand-tante l’a vaccinée !

Dunworthy désigna la cassette recouverte de cuir.

— C’est un des coffres qu’elle a emportés.

— Et après ? Il doit en exister des centaines d’exemplaires. Et même si c’est le sien, elle a dû décamper quand la peste a atteint le village. Nous n’allons pas l’abandonner ! Je n’apprécierais pas de me retrouver bloqué à cette époque et d’attendre jusqu’à la fin de mes jours qu’on vienne me chercher !

Son nez commençait à couler.

— Colin, il nous arrive parfois d’échouer même après avoir fait tout ce qu’il était humainement possible de tenter.

— Comme pour grand-tante Mary, dit Colin en essuyant des larmes du revers de la main. Mais pas toujours.

Si, pensa Dunworthy qui lui répondit :

— Non, pas toujours.

— On ne doit pas renoncer.

— D’accord, tu as gagné.

Il rattacha le cheval.

— Nous allons repartir à sa recherche. Donne-moi deux cachets d’aspirine et laisse-moi me reposer le temps qu’ils fassent effet. Ensuite, nous irons visiter les autres villages.

— Apocalyptique ! Je retourne chercher de l’eau.

Il subtilisa le seau sous le museau de l’étalon et ressortit en courant. Dunworthy s’assit contre le mur.

— Par pitié ! cria-t-il. Faites que nous la retrouvions.

La porte se rouvrit lentement. Sur Colin que la lumière extérieure nimbait d’un halo.

— Avez-vous entendu ? demanda-t-il. Écoutez.

Le son était à peine audible, assourdi par les murs de la remise. De longues pauses séparaient les tintements. Il se leva et sortit.

— Ça vient de cette direction, fit Colin en tendant le doigt vers le sud-ouest.

— Va chercher le cheval.

— Êtes-vous certain que c’est Kivrin ? Skendgate n’est pas de ce côté.

— C’est elle, affirma Dunworthy.

35

Les tintements s’interrompirent avant qu’ils n’aient sellé leur monture.

— Vite ! s’impatienta Dunworthy en tendant la sous-ventrière.

Colin regarda la carte.

— Tout va bien. Elle a sonné trois fois et j’ai repéré son point d’origine. Au sud-ouest. Nous sommes bien à Henefelde, pas vrai ?

Il tendit la feuille et désigna divers hameaux.

— Alors, il s’agit de ce village.

Dunworthy jeta un coup d’œil au bout de papier puis se tourna dans la direction indiquée pour comparer avec ses souvenirs. Il n’aurait pu se prononcer, bien qu’il pût encore sentir les vibrations du glas à l’intérieur de son crâne. Il espéra que l’aspirine ferait rapidement effet.

— Venez, dit Colin en menant l’étalon vers la porte de la remise. En route.

Dunworthy mit le pied à l’étrier et enfourcha leur monture. Il eut des étourdissements. Colin le dévisagea, inquiet.

— Je ferais mieux de prendre les rênes, déclara-t-il.

Il grimpa devant Dunworthy.

Ses coups de talon manquaient de vigueur et il tira sur le mors, mais le cheval comprit et avança jusqu’à la route.

— Nous savons où est ce bourg, déclara Colin avec assurance. Il ne nous reste plus qu’à trouver un chemin qui y mène.

Ils le découvrirent presque aussitôt. Il était relativement large et descendait dans un bois de pins. Mais quelques mètres plus loin ils atteignirent une bifurcation et l’enfant se tourna pour interroger Dunworthy du regard.

Sans la moindre hésitation, l’étalon prit sur la droite.

— Regardez, il sait où nous allons ! s’exclama Colin, ravi.

Il est bien le seul, pensa Dunworthy. Il ferma les yeux pour ne plus voir le paysage tressauter. Leur monture voulait sans doute regagner son écurie. Il aurait dû le dire à son jeune compagnon afin de lui éviter une cruelle désillusion, mais il se sentait à nouveau malade et n’osait pas lâcher sa taille, ne fût-ce qu’un court instant. Il était transi. Ces élancements et ces vertiges étaient dus à la fièvre. C’était bon signe. Cela lui indiquait que son corps utilisait tous les moyens à sa disposition pour combattre le virus, qu’il lançait toutes ses troupes dans la bataille. La sensation de froid résultait de cet affrontement.

— Enfer, il commence à faire frisquet ! commenta Colin en refermant d’une main sa houppelande. J’espère qu’il ne va pas neiger.

Il réunit les rênes et remonta son cache-nez sur sa bouche et son nez. Leur monture ne semblait pas incommodée par le rafraîchissement de la température. Elle progressait d’un pas régulier dans des bois de plus en plus profonds. Ils atteignirent un nouvel embranchement, puis un autre, et chaque fois Colin consulta la carte et le localisateur. Mais Dunworthy n’aurait pu dire si c’était lui ou leur cheval qui optait pour tel ou tel chemin.

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