Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
Cependant, il espérait réussir. Le vent fraîchissait.
Le flot ayant commencé à dix heures, on devait avoir accosté la terre à trois heures, sous peine de jeter l’ancre ou d’être ramené au large par la mer descendante.
Le début de la traversée fut heureux. Peu à peu, les têtes noires des récifs et le tapis jaune des bancs disparurent sous les montées de la houle et du flot.
Une grande attention, une extrême habileté, devinrent nécessaires pour éviter ces brisants immergés, et diriger un appareil peu sensible au gouvernail et prompt aux déviations.
À midi, il était encore à cinq milles de la côte.
Un ciel assez clair permettait de distinguer les principaux mouvements de terrain. Dans le nord-est se dressait un mont haut de deux mille cinq cents pieds. Il se découpait sur l’horizon d’une façon étrange, et sa silhouette reproduisait le grimaçant profil d’une tête de singe, la nuque renversée.
C’était le Pirongia, exactement situé, suivant la carte, sur le trente-huitième parallèle.
À midi et demi, Paganel fit remarquer que tous les écueils avaient disparu sous la marée montante.
«Sauf un, répondit lady Helena.
– Lequel? Madame, demanda Paganel.
– Là, répondit lady Helena, indiquant un point noir à un mille en avant.
– En effet, répondit Paganel. Tâchons de relever sa position afin de ne point donner dessus, car la marée ne tardera pas à le recouvrir.
– Il est justement par l’arête nord de la montagne, dit John Mangles. Wilson, veille à passer au large.
– Oui, capitaine», répondit le matelot, pesant de tout son poids sur le gros aviron de l’arrière.
En une demi-heure, on gagna un demi-mille. Mais, chose étrange, le point noir émergeait toujours des flots.
John le regardait attentivement et, pour le mieux observer, il emprunta la longue-vue de Paganel.
«Ce n’est point un récif, dit-il, après un instant d’examen; c’est un objet flottant qui monte et descend avec la houle.
– N’est-ce pas un morceau de la mâture du Macquarie? demanda lady Helena.
– Non, répondit Glenarvan, aucun débris n’a pu dériver si loin du navire.
– Attendez! s’écria John Mangles, je le reconnais, c’est le canot!
– Le canot du brick! dit Glenarvan.
– Oui, mylord. Le canot du brick, la quille renversée!
– Les malheureux! s’écria lady Helena, ils ont péri!
– Oui, madame, répondit John Mangles, et ils devaient périr, car au milieu de ces brisants, sur une mer houleuse, par cette nuit noire, ils couraient à une mort certaine.
– Que le ciel ait eu pitié d’eux!» murmura Mary Grant.
Pendant quelques instants, les passagers demeurèrent silencieux. Ils regardaient cette frêle embarcation qui se rapprochait. Elle avait évidemment chaviré à quatre milles de la terre, et, de ceux qui la montaient, pas un sans doute ne s’était sauvé.
«Mais ce canot peut nous être utile, dit Glenarvan.
– En effet, répondit John Mangles. Mets le cap dessus, Wilson.»
La direction du radeau fut modifiée, mais la brise tomba peu à peu, et l’on n’atteignit pas l’embarcation avant deux heures.
Mulrady, placé à l’avant, para le choc, et le youyou chaviré vint se ranger le long du bord.
«Vide? demanda John Mangles.
– Oui, capitaine, répondit le matelot, le canot est vide, et ses bordages se sont ouverts. Il ne saurait donc nous servir.
– On n’en peut tirer aucun parti? demanda Mac Nabbs.
– Aucun, répondit John Mangles. C’est une épave bonne à brûler.
– Je le regrette, dit Paganel, car ce you-you aurait pu nous conduire à Auckland.
– Il faut se résigner, Monsieur Paganel, répondit John Mangles. D’ailleurs, sur une mer aussi tourmentée, je préfère encore notre radeau à cette fragile embarcation. Il n’a fallu qu’un faible choc pour la mettre en pièces! Donc, mylord, nous n’avons plus rien à faire ici.
– Quand tu voudras, John, dit Glenarvan.
– En route, Wilson, reprit le jeune capitaine, et droit sur la côte.»
Le flot devait encore monter pendant une heure environ. On put franchir une distance de deux milles.
Mais alors la brise tomba presque entièrement et parut avoir une certaine tendance à se lever de terre. Le radeau resta immobile. Bientôt même, il commence à dériver vers la pleine mer sous la poussée du jusant. John ne pouvait hésiter une seconde.
«Mouille», cria-t-il.
Mulrady, préparé à l’exécution de cet ordre, laissa tomber l’ancre par cinq brasses de fond. Le radeau recula de deux toises sur le grelin fortement tendu.
La voile de fortune carguée, les dispositions furent prises pour une assez longue station.
En effet, la mer ne devait pas renverser avant neuf heures du soir, et puisque John Mangles ne se souciait pas de naviguer pendant la nuit, il était mouillé là jusqu’à cinq heures du matin. La terre était en vue à moins de trois milles.
Une assez forte houle soulevait les flots, et semblait par un mouvement continu porter à la côte.
Aussi, Glenarvan, quand il apprit que la nuit entière se passerait à bord, demanda à John pourquoi il ne profitait pas des ondulations de cette houle pour se rapprocher de la côte.
«Votre honneur, répondit le jeune capitaine, est trompé par une illusion d’optique. Bien qu’elle semble marcher, la houle ne marche pas. C’est un balancement des molécules liquides, rien de plus. Jetez un morceau de bois au milieu de ces vagues, et vous verrez qu’il demeurera stationnaire, tant que le jusant ne se fera pas sentir. Il ne nous reste donc qu’à prendre patience.
– Et à dîner», ajouta le major.
Olbinett tira d’une caisse de vivres quelques morceaux de viande sèche, et une douzaine de biscuits. Le stewart rougissait d’offrir à ses maîtres un si maigre menu. Mais il fut accepté de bonne grâce, même par les voyageuses, que les brusques mouvements de la mer, ne mettaient guère en appétit. En effet, ces chocs du radeau, qui faisait tête à la houle en secouant son câble, étaient d’une fatigante brutalité. L’appareil, incessamment ballotté sur des lames courtes et capricieuses, ne se fût pas heurté plus violemment aux arêtes vives d’une roche sous-marine. C’était parfois à croire qu’il touchait. Le grelin travaillait fortement, et de demi-heure en demi-heure John en faisait filer une brasse pour le rafraîchir. Sans cette précaution, il eût inévitablement cassé, et le radeau, abandonné à lui-même, aurait été se perdre au large.
Les appréhensions de John seront donc aisément comprises. Ou son grelin pouvait casser, ou son ancre déraper, et dans les deux cas il était en détresse.
La nuit approchait. Déjà, le disque du soleil, allongé par la réfraction, et d’un rouge de sang, allait disparaître derrière l’horizon. Les dernières lignes d’eau resplendissaient dans l’ouest et scintillaient comme des nappes d’argent liquide. De ce côté, tout était ciel et eau, sauf un point nettement accusé, la carcasse du Macquarie immobile sur son haut-fond.