Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
Cet instrument, par une série de miroirs mobiles, ramène le soleil à l’horizon au moment où il est midi, c’est-à-dire quand l’astre du jour atteint le plus haut point de sa course. On comprend donc que, pour opérer, il faut viser avec la lunette du sextant un horizon vrai, celui que forment le ciel et l’eau en se confondant. Or, précisément la terre s’allongeait en un vaste promontoire dans le nord, et, s’interposant entre l’observateur et l’horizon vrai, elle rendait l’observation impossible.
Dans ce cas, où l’horizon manque, on le remplace par un horizon artificiel. C’est ordinairement une cuvette plate, remplie de mercure, au-dessus de laquelle on opère. Le mercure présente ainsi et de lui-même un miroir parfaitement horizontal.
John n’avait point de mercure à bord, mais il tourna la difficulté en se servant d’une baille remplie de goudron liquide, dont la surface réfléchissait très suffisamment l’image du soleil.
Il connaissait déjà sa longitude, étant sur la côte ouest de la Nouvelle-Zélande. Heureusement, car sans chronomètre il n’aurait pu la calculer.
La latitude seule lui manquait et il se mit en mesure de l’obtenir.
Il prit donc, au moyen du sextant, la hauteur méridienne du soleil au-dessus de l’horizon.
Cette hauteur se trouva de 68° 30’. La distance du soleil au zénith était donc de 21° 30’, puisque ces deux nombres ajoutés l’un à l’autre donnent 90°. Or, ce jour-là, 3 février, la déclinaison du soleil étant de 16° 30’ d’après l’annuaire, en l’ajoutant à cette distance zénithale de 21° 30’, on avait une latitude de 38°.
La situation du Macquarie se déterminait donc ainsi: longitude 171° 13’, latitude 38°, sauf quelques erreurs insignifiantes produites par l’imperfection des instruments, et dont on pouvait ne pas tenir compte.
En consultant la carte de Johnston achetée par Paganel à Eden, John Mangles vit que le naufrage avait eu lieu à l’ouvert de la baie d’Aotea, au-dessus de la pointe Cahua, sur les rivages de la province d’Auckland. La ville d’Auckland étant située sur le trente-septième parallèle, le Macquarie avait été rejeté d’un degré dans le sud. Il devrait donc remonter d’un degré pour atteindre la capitale de la Nouvelle-Zélande.
«Ainsi, dit Glenarvan, un trajet de vingt-cinq milles tout au plus. Ce n’est rien.
– Ce qui n’est rien sur mer sera long et pénible sur terre, répondit Paganel.
– Aussi, répondit John Mangles, ferons-nous tout ce qui est humainement possible pour renflouer le Macquarie.»
Le point établi, les opérations furent reprises. À midi un quart, la mer était pleine. John ne put en profiter, puisque ses ancres n’étaient pas encore mouillées. Mais il n’en observa pas moins le Macquarie avec une certaine anxiété.
Flotterait-il sous l’action du flot? La question allait se décider en cinq minutes.
On attendit. Quelques craquements eurent lieu; ils étaient produits, sinon par un soulèvement, au moins par un tressaillement de la carène. John conçut le bon espoir pour la marée suivante, mais en somme le brick ne bougea pas.
Les travaux continuèrent. À deux heures, le radeau était prêt. L’ancre à jet y fut embarquée. John et Wilson l’accompagnèrent, après avoir amarré un grelin sur l’arrière du navire. Le jusant les fit dériver, et ils mouillèrent à une demi-encablure par dix brasses de fond.
La tenue était bonne et le radeau revint à bord.
Restait la grosse ancre de bossoir. On la descendit, non sans difficulté. Le radeau recommença l’opération, et bientôt cette seconde ancre fut mouillée en arrière de l’autre, par un fond de quinze brasses.
Puis, se halant sur le câble, John et Wilson retournèrent au Macquarie.
Le câble et le grelin furent garnis au guindeau, et on attendit la prochaine pleine mer, qui devait se faire sentir à une heure du matin. Il était alors six heures du soir.
John Mangles complimenta ses matelots, et fit entendre à Paganel que, le courage et la bonne conduite aidant, il pourrait devenir un jour quartier-maître.
Cependant, Mr Olbinett, après avoir aidé aux diverses manœuvres, était retourné à la cuisine.
Il avait préparé un repas réconfortant qui venait à propos. Un rude appétit sollicitait l’équipage.
Il fut pleinement satisfait, et chacun se sentit refait pour les travaux ultérieurs. Après le dîner, John Mangles prit les dernières précautions qui devaient assurer le succès de l’opération. Il ne faut rien négliger, quand il s’agit de renflouer un navire. Souvent, l’entreprise manque, faute de quelques lignes d’allégement, et la quille engagée ne quitte pas son lit de sable.
John Mangles avait fait jeter à la mer une grande partie des marchandises, afin de soulager le brick; mais le reste des ballots, les lourds espars, les vergues de rechange, quelques tonnes de gueuses qui formaient le lest, furent reportés à l’arrière, pour faciliter de leur poids le dégagement de l’étrave. Wilson et Mulrady y roulèrent également un certain nombre de barriques qu’ils remplirent d’eau, afin de relever le nez du brick.
Minuit sonnait, quand ces derniers travaux furent achevés. L’équipage était sur les dents, circonstance regrettable, au moment où il n’aurait pas trop de toutes ses forces pour virer au guindeau: ce qui amena John Mangles à prendre une résolution nouvelle.
En ce moment, la brise calmissait. Le vent faisait à peine courir quelques risées capricieuses à la surface des flots. John, observant l’horizon, remarqua que le vent tendait à revenir du sud-ouest dans le nord-ouest. Un marin ne pouvait se tromper à la disposition particulière et à la couleur des bandes de nuages. Wilson et Mulrady partageaient l’opinion de leur capitaine.
John Mangles fit part de ses observations à Glenarvan, et lui proposa de remettre au lendemain l’opération du renflouage.
«Et voici, mes raisons, dit-il. D’abord, nous sommes très fatigués, et toutes nos forces sont nécessaires pour dégager le navire. Puis, une fois relevé, comment le conduire au milieu de ces dangereux brisants et par une obscurité profonde? Mieux vaut agir en pleine lumière. D’ailleurs, une autre raison me porte à attendre. Le vent promet de nous venir en aide, et je tiens à en profiter, je veux qu’il fasse culer cette vieille coque, pendant que la mer la soulèvera. Demain, si je ne me trompe, la brise soufflera du nord-ouest. Nous établirons les voiles du grand mât à masquer, et elles concourront à relever le brick.»
Ces raisons étaient décisives. Glenarvan et Paganel, les impatients du bord, se rendirent, et l’opération fut remise au lendemain. La nuit se passa bien. Un quart avait été réglé pour veiller surtout au mouillage des ancres.
Le jour parut. Les prévisions de John Mangles se réalisaient. Il vantait une brise du nord-nord-ouest qui tendait à fraîchir. C’était un surcroît de force très avantageux. L’équipage fut mis en réquisition.
Robert, Wilson, Mulrady en haut du grand mât, le major, Glenarvan, Paganel sur le pont, disposèrent les manœuvres de façon à déployer les voiles au moment précis. La vergue du grand hunier fut hissée à bloc, la grand’voile et le grand hunier laissés sur leurs cargues.
Il était neuf heures du matin. Quatre heures devaient encore s’écouler jusqu’à la pleine mer. Elles ne furent pas perdues. John les employa à établir son mât de fortune sur l’avant du brick, afin de remplacer le mât de misaine. Il pourrait ainsi s’éloigner de ces dangereux parages, dès que le navire serait à flot. Les travailleurs firent de nouveaux efforts, et, avant midi, la vergue de misaine était solidement assujettie en guise de mât.