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Les Enfants Du Capitaine Grant

Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:

Lord et Lady Glenarvan, ainsi que le géographe Paganel, aident Mary et Robert Grant à retrouver leur père qui a fait naufrage sur une île dont on ne connait que la latitude, ce qui les amène à traverser l'Amérique du sud, puis l'Australie où un bagnard évadé, Ayrton, tente de s'emparer du yacht de Glenarvan, et enfin l'Océanie où, après avoir échappé aux anthropophages, il retrouveront enfin la trace de leur père…
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Lady Helena et Mary Grant se rendirent très utiles, et enverguèrent une voile de rechange sur la vergue du petit perroquet. C’était une joie pour elles de s’employer au salut commun. Ce gréement achevé, si le Macquarie laissait à désirer au point de vue de l’élégance, du moins pouvait-il naviguer à la condition de ne pas s’écarter de la côte.

Cependant, le flot montait. La surface de la mer se soulevait en petites vagues houleuses. Les têtes de brisants disparaissaient peu à peu, comme des animaux marins qui rentrent sous leur liquide élément. L’heure approchait de tenter la grande opération. Une fiévreuse impatience tenait les esprits en surexcitation. Personne ne parlait. On regardait John. On attendait un ordre de lui.

John Mangles, penché sur la lisse du gaillard d’arrière, observait la marée. Il jetait un coup d’œil inquiet au câble et au grelin élongés et fortement embraqués. À une heure, la mer atteignit son plus haut point. Elle était étale, c’est-à-dire à ce court instant où l’eau ne monte plus et ne descend pas encore. Il fallait opérer sans retard.

La grand’voile et le grand hunier furent largués et coiffèrent le mât sous l’effort du vent.

«Au guindeau!» cria John.

C’était un guindeau muni de bringuebales, comme les pompes à incendie. Glenarvan, Mulrady, Robert d’un côté, Paganel, le major, Olbinett de l’autre, pesèrent sur les bringuebales, qui communiquaient le mouvement à l’appareil. En même temps, John et Wilson, engageant les barres d’abatage, ajoutèrent leurs efforts à ceux de leurs compagnons.

«Hardi! Hardi! Cria le jeune capitaine, et de l’ensemble!»

Le câble et le grelin se tendirent sous la puissante action du guindeau. Les ancres tinrent bon et ne chassèrent point. Il fallait réussir promptement.

La pleine mer ne dure que quelques minutes. Le niveau d’eau ne pouvait aider à baisser. On redoubla d’efforts. Le vent donnait avec violence et masquait les voiles contre le mât. Quelques tressaillements se firent sentir dans la coque. Le brick parut près de se soulever. Peut-être suffirait-il d’un bras de plus pour l’arracher au banc de sable.

«Helena! Mary!» cria Glenarvan.

Les deux jeunes femmes vinrent joindre leurs efforts à ceux de leurs compagnons. Un dernier cliquetis du linguet se fit entendre.

Mais ce fut tout. Le brick ne bougea pas. L’opération était manquée. Le jusant commençait déjà, et il fut évident que, même avec l’aide du vent et de la mer, cet équipage réduit ne pourrait renflouer son navire.

Chapitre VI Où le cannibalisme est traité théoriquement

Le premier moyen de salut tenté par John Mangles avait échoué. Il fallait recourir au second sans tarder. Il est évident qu’on ne pouvait relever le Macquarie, et non moins évident que le seul parti à prendre, c’était d’abandonner le bâtiment.

Attendre à bord des secours problématiques, ç’eût été imprudence et folie. Avant l’arrivée providentielle d’un navire sur le théâtre du naufrage, le Macquarie serait mis en pièces! La prochaine tempête, ou seulement une mer un peu forte, soulevée par les vents du large, le roulerait sur les sables, le briserait, le dépècerait, en disperserait les débris. Avant cette inévitable destruction, John voulait gagner la terre.

Il proposa donc de construire un radeau, ou, en langue maritime, un «ras» assez solide pour porter les passagers et une quantité suffisante de vivres à la côte zélandaise.

Il n’y avait pas à discuter, mais à agir. Les travaux furent commencés, et ils étaient fort avancés, quand la nuit vint les interrompre.

Vers huit heures du soir, après le souper, tandis que lady Helena et Mary Grant reposaient sur les couchettes du roufle, Paganel et ses amis s’entretenaient de questions graves en parcourant le pont du navire. Robert n’avait pas voulu les quitter.

Ce brave enfant écoutait de toutes ses oreilles, prêt à rendre un service, prêt à se dévouer à une périlleuse entreprise.

Paganel avait demandé à John Mangles si le radeau ne pourrait suivre la côte jusqu’à Auckland, au lieu de débarquer ses passagers à terre. John répondit que cette navigation était impossible avec un appareil aussi défectueux.

«Et ce que nous ne pouvons tenter sur un radeau, dit Paganel, aurait-il pu se faire avec le canot du brick?

– Oui, à la rigueur, répondit John Mangles, mais à la condition de naviguer le jour et de mouiller la nuit.

– Ainsi, ces misérables qui nous ont abandonnés…

– Oh! Ceux-là, répondit John Mangles, ils étaient ivres, et, par cette profonde obscurité, je crains bien qu’ils n’aient payé de leur vie ce lâche abandon.

– Tant pis pour eux, reprit Paganel, et tant pis pour nous, car ce canot eût été bien utile.

– Que voulez-vous, Paganel? dit Glenarvan. Le radeau nous portera à terre.

– C’est précisément ce que j’aurais voulu éviter, répondit le géographe.

– Quoi! Un voyage de vingt milles au plus après ce que nous avons fait dans les Pampas et à travers l’Australie, peut-il effrayer des hommes rompus aux fatigues?

– Mes amis, répondit Paganel, je ne mets en doute ni votre courage ni la vaillance de nos compagnes. Vingt milles! Ce n’est rien en tout autre pays que la Nouvelle-Zélande. Vous ne me soupçonnerez pas de pusillanimité. Le premier, je vous ai entraînés à travers l’Amérique, à travers l’Australie. Mais ici, je le répète, tout vaut mieux que de s’aventurer dans ce pays perfide.

– Tout vaut mieux que de s’exposer à une perte certaine sur un navire échoué, fit John Mangles.

– Qu’avons-nous donc tant à redouter de la Nouvelle-Zélande? demanda Glenarvan.

– Les sauvages, répondit Paganel.

– Les sauvages! répliqua Glenarvan. Ne peut-on les éviter, en suivant la côte? D’ailleurs, une attaque de quelques misérables ne peut préoccuper dix européens bien armés et décidés à se défendre.

– Il ne s’agit pas de misérables, répondit Paganel en secouant la tête. Les néo-zélandais forment des tribus terribles, qui luttent contre la domination anglaise, contre les envahisseurs, qui les vainquent souvent, qui les mangent toujours!

– Des cannibales! s’écria Robert, des cannibales!»

Puis on l’entendit qui murmurait ces deux noms:

«Ma sœur! Madame Helena!

– Ne crains rien, mon enfant, lui répondit Glenarvan, pour rassurer le jeune enfant. Notre ami Paganel exagère!

– Je n’exagère rien, reprit Paganel. Robert a montré qu’il était un homme, et je le traite en homme, en ne lui cachant pas la vérité. Les néo-zélandais sont les plus cruels, pour ne pas dire les plus gourmands des anthropophages. Ils dévorent tout ce qui leur tombe sous la dent. La guerre n’est pour eux qu’une chasse à ce gibier savoureux qui s’appelle l’homme, et il faut l’avouer, c’est la seule guerre logique. Les européens tuent leurs ennemis et les enterrent. Les sauvages tuent leurs ennemis et les mangent, et, comme l’a fort bien dit mon compatriote Toussenel, le mal n’est pas tant de faire rôtir son ennemi quand il est mort, que de le tuer quand il ne veut pas mourir.

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