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Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:

C'est le besoin d'argent qui, très tôt, pousse le jeune Maupassant, alors employé de ministère, à donner des articles de critique littéraire. Mais il rechigne un peu à se lier à un journal comme à se livrer à une écriture trop hâtive : « Jamais mon nom au bas d'une chronique écrite en moins de deux heures. » Et cependant, après la publication de « Boule de suif » au printemps de 1880 - il a trente ans tout juste -, sa réputation de conteur change la donne : c'est une rémunération d'écrivain reconnu qu'on lui offre et, l'année suivante, une soixantaine de chroniques paraissent dans Le Gaulois. D'autres journaux accueilleront aussi sa signature jusqu'à ce que, en 1887, il décide de pleinement se consacrer à ses derniers livres. Mais il aura écrit près de deux cent cinquante chroniques, dont le présent volume offre une anthologie ordonnée selon quatre grands thèmes : société et politique, murs du jour, flâneries et voyages, lettres et arts. Ainsi se dessine un témoignage capital sur son époque, mais ainsi se construit aussi une part de son uvre qu'on ne saurait négliger : dans les journaux, les chroniques alternent avec les contes ou les nouvelles, et des parentés de structure ou de thèmes ne manquent pas d'apparaître au point que l'on hésite à faire de tel texte une nouvelle plutôt qu'une chronique. Assurément, l'unité est ici celle d'un monde et d'une époque : mais c'est aussi bien celle que leur imposent le regard et la plume d'un homme qui a pu se dire « acteur et spectateur de lui-même et des autres ».
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Le soleil s'abaissait à l'horizon, prêt à plonger dans les flots ; et les deux êtres immobiles semblaient contempler l'astre couchant. J'approchai à grands pas, prenant ces hommes pour des moines en extase devant cette fin superbe du jour. Tout à coup, comme le globe éclatant touchait à l'eau, ils levèrent les bras dans un mouvement grave et magnifique, puis ils les abaissèrent, courbant la tête, courbant l'échine, comme pour saluer le soleil ; et brusquement, ils se prosternèrent, le front par terre, la poitrine par terre, les jambes repliées sous eux.

Et quand je passai tout près je reconnus des Arabes ; c'étaient deux chefs de grande tente, prisonniers pour avoir défendu leur patrie contre les Français envahisseurs.

Quand ils se furent relevés ils regagnèrent à pas lents la forteresse qui les attendait ; ils regardaient toujours la mer.

Là-bas, derrière l'horizon, c'était l'Afrique ! Ils avaient des visages noirs et creusés, de vraies têtes d'oiseaux de proie, une allure majestueuse et résignée.

Je pensais aux lions du Jardin des Plantes, aux vautours en cage, à tous ceux, hommes ou bêtes, que jette loin du sol natal l'odieuse volonté du plus puissant.

Voulez-vous voir des exilés ?

Allez chaque dimanche sur les fortifications de Paris et regardez les petits troupiers qui marchent deux par deux, en parlant du pays. Ils causent de la ferme, des voisins, des amis, des parents. Ils soupirent et parfois pleurent, ces hommes en culotte rouge dont un sabre bat la cuisse. Ils regardent au loin, avec des yeux mouillés, et se rappellent des soirs semblables, quand ils allaient aux nids, quand ils allaient aux noisettes.

On sourit en les voyant passer avec leur air gauche, épluchant une baguette. Trois mois plus tard, un d'eux sera peut-être couché dans un lit d'hôpital, frappé de ce mal étrange qu'on appelle le « mal du pays ». Et si on ne le renvoie point au triste village dont le souvenir le hante, il mourra aussi sûrement que si une balle l'avait frappé au cœur, car ce mal est inguérissable.

En rôdant

(Le Gaulois, 14 février 1883)

L'omnibus descendait au grand trot la rue des Martyrs.

Deux hommes, deux amis, étaient assis côte à côte, et causaient.

C'étaient deux ouvriers, de ces ouvriers de Paris, doués d'une intelligence étroite et subtile, très pénétrante et très bornée. Ils parlaient politique.

L'un d'eux dit

— Les députés ne savent pas ce qu'ils font. On dirait une assemblée de fous.

L'autre reprit

— Tant mieux, cela déconsidère toujours le gouvernement. Ne voilà-t-il pas ce qu'on appelle un signe des temps ?

Certes le mouvement le plus accusé de l'opinion, depuis quatre ou cinq ans surtout, est une sorte d'envahissement, jusqu'au peuple, de scepticisme et de mépris intellectuel pour les représentants du pouvoir.

Entrez dans les petits restaurants de Paris, ceux où mangent les travailleurs. Les gens causent, rient et se moquent de leurs élus, parlant d'eux comme ils feraient de bonnes ganaches amusantes pour la foule.

Les cochers de fiacre, devant le kiosque de la station, à côté du sergent de ville qui pointe leurs numéros, plaisantent agréablement les représentants du peuple.

Dans un salon, plein d'hommes connus, d'artistes et de mondains, quand on voit entrer quelque monsieur ignoré et qu'on demande : « Quel est celui-là ? » si on vous répond : « C'est X... un député... » une vague pitié vous prend pour ce pauvre homme.

On est tellement habitué déjà à rire de la Chambre, à la blâmer, à la blaguer, à la bafouer ; ses maladresses sont tellement visibles, ses emballements tellement grotesques, que le métier de député devient une profession comique, qui inspirera bientôt un doux mépris aux petits enfants eux-mêmes.

Quand ils verront passer dans la rue quelque pauvre être d'aspect hétéroclite, ils demanderont avec intérêt, habitués aux railleries répétées de leur père

— C'est un député, dis, papa ?

Et, quand on dîne par hasard avec deux ou trois députés, de ceux qui forment la tête de la Chambre, on s'étonne de trouver des gens intelligents, intéressants, spirituels même parfois.

Un vieux représentant du pays, qui n'est plus rien, expliquait dernièrement ce mystère.

— Ce qui leur manque, disait-il, c'est l'habitude de penser ensemble. Ils n'ont pas d'esprit de corps. Il faut une grande pratique de la politique à une assemblée pour qu'elle devienne intelligente en masse.

Les qualités d'initiative intellectuelle, de libre arbitre, de réflexion sage et même de pénétration de tout homme supérieur, pris isolément, disparaissent en général dès que cet homme est mêlé à un grand nombre d'autres hommes. L'ensemble d'une assemblée est 'singulièrement inférieur à chaque membre de cette assemblée.

Une citation me fera comprendre.

Voici un passage d'une lettre de lord Chesterfield à son fils (1751) qui constate avec une rare humilité cette subite élimination des qualités actives de l'esprit dans toute nombreuse réunion :

« Lord Macclesfield, qui a eu la plus grande part dans la préparation du bill, et qui est l'un des plus grands mathématiciens et astronomes de l'Angleterre, parla ensuite, avec une connaissance approfondie de la question et avec toute la clarté qu'une matière aussi embrouillée pouvait comporter. Mais comme ses mots, ses périodes et son élocution étaient loin de valoir les miens, la préférence me fut donnée à l'unanimité, bien injustement, je l'avoue.

Ce sera toujours ainsi. Toute assemblée nombreuse est foule. Quelles que soient les individualités qui la composent, il ne faut jamais tenir à une foule le langage du bon sens et de la raison pure. C'est seulement à ses passions, à ses sentiments et à ses intérêts apparents qu'il faut s'adresser.

Une collectivité d'individus n'a plus de faculté de compréhension, etc. »

Voilà qui n'est peut-être pas trop mal vu !

Le train allait de Rouen sur Paris.

Nous étions six dans le wagon. Cinq jeunes gens revenaient de faire leur volontariat et parlaient à cœur ouvert de ce métier de soldat auquel tout Français est astreint.

Et tous rapportaient dans leur famille une haine pour le régiment, une exaspération profonde, une joie ardente d'en avoir fini.

Et je pensais : sur dix de ceux qu'on appelle des volontaires, neuf au moins rentrent chez eux avec ce dégoût et cette colère. Et ceux-là sont des bourgeois, des riches, des puissants. Ne voilà-t-il pas un effroyable danger, la fin de l'esprit militaire, l'agonie du patriotisme ?

Ces garçons-là qui auraient marché bravement en cas de guerre ne voudront plus, pour rien au monde, entrer dans un régiment, coucher à la chambrée, vivre de la vie du troupier. Le volontariat tuera l'armée en France.

Pourquoi ? Parce que cette loi, qui semble juste, de l'égalité sous le drapeau est maladroite.

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