Chroniques
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #38
- Язык: французский
- Жанр: Другие документальные фильмы
Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:
Ça, vois-tu, ça m'écœure. Quoi leur y répondre, quoi, dis-je ?
BOIREAU
J'en sais rien, mais disant qu'tu l'es, tu mens pas.
FORGET
Oui, mais avec une aut', elle aussi... Enfin, si faut que j'te dise ?
BOIREAU
Dis toujours, accouche, conte ton conte, va bon train, aie pas peur.
FORGET
Eh ben non, j'ose pas, v'là le fait.
(Alors, Boireau indique une église réformée dont il parle avec un enthousiasme délirant.)
BOIREAU
C'est mieux qu'les protestants, mieux qu'les juifs, mieux qu'les catholiques, mieux qu'tout. Eune nouvelle religion, vois-tu, c'est-à-dire que c'est la seule, l'unique, la vraie, la seule au monde dans deux ans. Tout c'qu'on y débite, un enfant le comprendrait, vu d'abord qu'c'est en français ; pisqu'c'est c'te religion-là la religion du peuple, eune religion, pour te finir, eune religion qu'on y fait tout c'qu'on veut ; on rend compte de c'qu'on fait à personne.
FORGET
Et on y baptise ?
BOIREAU
Si on y baptise ?...
FORGET
Oui.
BOIREAU
Tout c'qu'on y présente.
FORGET
Et tu crois qu'moi, y m'nant ma p'tite.
BOIREAU
T'auras pas seulement l'temps d'te r'tourner, a sera baptisée. — Eh ben, vieux, voyons, franchement, ça t'chauffe t'y ?
(Forget perd la tête de joie, demande l'adresse, le nom du chef – « chef-prince, primat des Gaules, l'abbé Chatel ». Et les deux amis se séparent après un long dialogue infiniment amusant.
Quinze jours plus tard ils se rencontrent de nouveau, et Boireau s'informe du baptême.)
FORGET
En v'là un prêtre. Si tous étaient comme ça, vois-tu !...
BOIREAU
Va j't'écoute.
FORGET
... Oui. J'vois la maison qu'tu m'avais dit, j'demande au concierge qu'était une portière, j'demande m'sieu Duchatel.
BOIREAU
Chatel que j't'avais dit.
FORGET
... Quoi qu'y fait qu'alle ajoute. Y dit la messe que j'reprends... La messe en français. – Voyez dans la cour, qu'a dit, la première écurie à main gauche...
J'entre donc dans la cour : je serche, je serche et j'découvre eune tite croix sus eune porte. Ça doit êt' là que j'me dis. Je frappe, et j'entends quéqu'un qui m'crie : « Entrez ! » J'entre et j'vois dans n'eune grande salle des chaises, des bancs, des tabourets, pis des chandeliers avec un prêt' qui disait la messe à deux vieilles femmes, deux vieux bas d'buffet qu'écoutaient... J'vas tout d'suite au prêt' et j'y dis : Pardon excuse si j'vous dérange, m'sieu Duchatel que j'y dis, c'est-y vous ?
BOIREAU
Chatel que j't'avais dit.
FORGET
Oui. J'aurais deux mots à vous dire. Je suis à vous qui dit. J'ai core quelques bredouilles à débiter. Allez faire un tour su l'boulevard. J'en ai pas pour longtemps...
(Forget fait un tour, entre chez le chand de vins, puis revient.)
... Allez vot'train, qui m'répond, j'vous écoute. V'là la chose. J'ai eune enfant, eune tite fille, eune mômesse, eune moutarde, avec une femme avec qui que je n'suis pas marié, vu qu'alle l'est, moi aussi.
— Très bien, qui dit.
BOIREAU
Quand j'te disais !
FORGET
Alle a comme envie d'la faire baptiser. Y a pas d'mal à ça, qui dit ; si ça y fait pas d'bien, ça peut pas y faire de mal... Mais là, vois-tu, tout comme j'dis.
BOIREAU
Le roi des hommes !
(Forget invite à déjeuner l'abbé Chatel après la cérémonie. L'abbé accepte avec entraînement, Forget perd la tête de joie : « J'étais content, vois-tu, j'l'aurais embrassé si j'eus osé... J'avoue sur ça que j'y ai serré la main et de bon cœur. »)
BOIREAU
Tu l'devais. Hein, qué brave homme.
FORGET
Je l'regarde comme mon s'cond père. – Et ma femme, faut la voir, ma femme avec lui. Il y dit des choses, vois-tu, mais des choses... – qu'un sapeur en rougirait. […]
On pourrait rougir aussi aux confessions publiques de l'Armée du Salut.
Église de l'abbé Chatel, église de l'abbé Loyson, église de la jolie générale anglaise, tout cela se vaut, à peu près.
Chez le ministre
(Gil Blas, 9 janvier 1883)
Les journaux nous ont annoncé l'autre jour un fait absolument surprenant. Un étudiant, M. Martin, vient de se voir exclu pour la vie des Facultés de l'État, c'est-à-dire mis dans l'impossibilité d'exercer jamais une carrière exigeant des diplômes, d'être avocat, médecin, etc., pour avoir collaboré à un petit journal grivois, nommé La Bavarde.
Cette décision du conseil de l'instruction publique semble si monstrueuse, si invraisemblablement révoltante qu'on hésite d'abord à y croire. Comment, voici un homme exclu d'une bonne moitié des professions libérales pour avoir écrit quelques articles moins impudiques, assurément, que les œuvres d'Aristophane, d'Apulée, d'Ovide, de Plaute, de Rabelais, de Brantôme, de La Fontaine, de Boccace, de Voltaire, de Rameau, de Diderot, de Th. Gautier (voir le Parnasse satyrique), et de bien d'autres. Voici un homme privé de tout moyen d'existence s'il se destinait à la médecine, puisqu'on ne peut exercer cet art sans l'autorisation de l'État, privé de tout moyen d'existence s'il voulait être avocat, puisque ce brevet de bavard patenté doit être signé par des hommes autorisés, et cela, parce qu'il a plaisanté, sans doute, sur les diverses manières de faire des enfants, car le délit d'outrage aux bonnes mœurs ne vise guère que cet acte honorable et si naturel auquel tout le monde se livre régulièrement et sans lequel l'humanité n'existerait pas.
Ce qu'il y a de particulièrement frappant dans cette affaire, c'est, d'abord, l'incroyable abus d'autorité qu'elle renferme, puis la tendance de plus en plus marquée de nos ministres vers l'ancienne morale autoritaire des gouvernements ecclésiastiques. Ne croirait-on pas, en effet, lire un arrêt d'un antique tribunal d'évêques gouvernant quelque université de Salamanque ?
Quant à M. Martin, s'il a quelque talent, ce que j'ignore, je le félicite sincèrement de la mesure qui le frappe. Le voilà du moins bien certain d'échapper à l'influence abrutissante des hautes écoles de l'État.
On se demande depuis longtemps d'où vient l'impuissance artistique des universitaires. Voici peut-être le problème résolu. C'est sans doute à leur extrême chasteté qu'on doit attribuer leur stérilité littéraire.