Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Je conclus.
Un homme mordu par un chien ou par un autre animal peut succomber à la suite d’une hydrophobie rabiforme qui serait déterminée également chez lui par toute autre blessure et même par des rhumatismes.
C’est le cas du ou des paysans russes, que M. Pasteur n’a pu guérir en raison de la nature et de la gravité de leurs morsures.
On peut succomber également à la suite d’accidents nerveux produits par l’obsession de l’idée fixe.
Or, dans ce cas, il suffit de la foi dans un remède pour être sauvé, car, selon l’expression du docteur Caffe, « l’imagination peut détruire ce qu’elle a enfanté ».
Cette foi dans le remède, beaucoup d’empiriques, beaucoup de charlatans l’ont imposée dans les campagnes aux paysans simples et crédules ; et toujours la guérison, la guérison miraculeuse se produit à la suite des remèdes les plus bizarres, hannetons pilés, écorce de citrouille, yeux de chouette écrasés dans l’huile, etc., etc., car la foi, qui transporte les montagnes, guérit aisément d’un mal qui n’a pour cause que la peur du mal.
Mais cette conviction de la guérison ne pouvait être imposée à l’humanité tout entière par les vulgaires empiriques en qui croient aveuglément des campagnards ignorants.
Alors un homme s’est rencontré, un très grand homme, un savant illustre dont les travaux admirables avaient déjà enthousiasmé la terre, dont les recherches mystérieuses sur la rage inquiétaient et passionnaient depuis des années ; et cet homme en qui l’univers tout entier avait confiance s’est écrié : « Je guéris la rage, j’ai trouvé ce grand secret de la Nature ! »
Et il a guéri, en effet, à la façon des saints qui faisaient marcher les paralytiques par la simple imposition des mains. Il a guéri le monde, il a rendu à la race humaine un des plus grands services qu’on puisse lui rendre : il l’a sauvée de la peur qui tuait comme un mal.
Du fond de mon obscurité, je salue Monsieur Pasteur.
Et si j’étais mordu demain j’irais le prier de me soigner comme les athées qui appellent un prêtre à leur dernière heure. — En effet, si la dent du chien ne peut me communiquer la rage, l’aiguille du savant ne me la donnera pas davantage. — Et je serais sauvé par la seule puissance de la statistique, car, à l’exception des Russes, personne n’est mort de ceux qu’il a soignés. Personne n’est mort ? Combien en mourait-il donc autrefois ? Bien peu. Dix-neuf par an, disent les chiffres officiels. Et nous savons, par les inoculations récentes de M. Pasteur, que le nombre des gens mordus atteignait quinze cents à deux mille.
Recevez, etc.
UN VIEUX VÉTÉRINAIRE
Pour copie :
GUY DE MAUPASSANT
C’est d’ordinaire dans les livres que nous acquérons la connaissance de l’amour, c’est par eux que nous commençons à en désirer les émotions. Ils nous le révèlent poétique et enflammé, ou rêveur et clair-de-lunesque, et nous gardons souvent jusqu’à la mort l’impression qu’ils nous en ont donnée au début de notre adolescence ! Nous apportons ensuite, dans toutes nos rencontres, dans nos liaisons et nos tendresses, la manière de voir et d’être que nous avons apprise dans nos premières lectures, sans que l’expérience des faits nous donne la notion exacte des choses, l’appréciation précise des rapports amoureux, et la désillusion que traîne derrière elle la réalité.
Une jeune femme disait un jour : « En amour, nous sommes tous comme des locataires qui passent leur vie à changer de logement sans s’en apercevoir parce qu’ils portent leurs meubles et leur manière de draper de domicile en domicile. » Donc, les œuvres des poètes et des romanciers à travers lesquelles nous avons aimé regarder l’existence laissent d’ordinaire sur notre esprit et sur notre cœur une marque ineffaçable. Il en résulte que les tendances littéraires d’une époque déterminent presque toujours les tendances amoureuses. Peut-on contester que Jean-Jacques Rousseau, par exemple, n’ait modifié extrêmement la manière d’aimer de son temps, et n’ait eu sur les mœurs tendres une influence absolue ? N’est-ce pas lui qui a mis fin à l’ère de la galanterie ouverte par le Régent, après la période d’amours sévères due aux écrivains du grand siècle.
Niera-t-on que Lamartine, versant sur la France sa poésie sentimentale et exaltée, n’ait tourné les âmes vers un amour nouveau extatique et déclamatoire. D’autres écrivains de la même époque, Dumas avec Antony, avec ses romans lus comme des évangiles, Alfred de Vigny avec Chatterton, Eugène Sue avec Mathilde, Frédéric Soulié et tant d’autres apôtres des ardeurs tragiques et désordonnées ou des tendresses lugubres dont on meurt, jetèrent les esprits dans une sorte de folie passionnelle, dont Musset, avec ses vers idéalement sensuels, Hugo avec ses ouragans poétiques où l’amour héroïque passait comme une bourrasque, firent une sorte de renouveau du tempérament national, tout différent du vieux tempérament français, gai, inconstant et sagement ému.
Il est certain qu’on a aimé en France dans la bourgeoisie et dans le monde, d’après la formule de Rousseau, d’après la formule de Lamartine, d’après les formules de Dumas, de Musset, etc. Il est également certain que la génération, mûre aujourd’hui et qui fut jeune voici quinze ou vingt ans, a aimé et aime encore, selon les milieux, d’après la formule apportée par M. Alexandre Dumas fils, ou d’après celle de M. Octave Feuillet. Personne, me semble-t-il, à côté de ces deux écrivains, ni après ces deux écrivains n’a eu d’influence réelle sur les mœurs amoureuses, en France.
La génération littéraire d’aujourd’hui, en général, nous déshabitue du rêve passionné pour ne considérer la tendresse humaine qu’à l’état de cas pathologique, d’accident normal de l’instinct, étendant son influence sur la nature morale. Aussi, habitués à reconnaître la vérité précise dans les livres qui nous montrent l’image presque exacte de la vie, sommes-nous infailliblement un peu surpris, quand nous constatons dans un roman nouveau un peu de cet irréel aimable si recherché dans notre enfance.
Le dernier livre de M. Pierre Loti : Pêcheurs d’Islande, nous donne cette note attendrie, jolie, captivante mais inexacte qui doit, par le contraste voulu avec les observations cruelles et sans charme auxquelles nous sommes accoutumés, faire une partie de son grand succès.
Il ne s’agit nullement ici de critique ni d’opinion littéraire. En art tout est admis, toutes les tendances étant également justifiables, le talent seul a de l’importance. Or, le talent de M. Loti est très grand, son charme très subtil et très puissant en même temps, sa vision très personnelle et très originale, son droit de voir d’après son tempérament d’artiste demeure incontestable ; mais ce qu’on peut absolument contester chez lui, c’est l’exactitude de sa psychologie amoureuse ; et par là il appartient à l’école poétique des charmeurs sentimentaux.
A travers les brumes d’un océan inconnu de nos yeux, il nous a montré d’abord une île d’amour adorable, et il a refait avec Loti et Rarahu ce poème de Paul et Virginie. Nous ne nous sommes point demandé si la fable était vraie, qu’il nous disait si charmante. Il revenait de ce pays ; et nous avons pensé naïvement qu’on aimait comme ça là-bas ! De même nous imaginons volontiers qu’on aima jadis dans notre patrie avec plus d’entraînement qu’aujourd’hui.
Puis il nous a raconté avec non moins de séduction habile les tendresses d’un spahi et d’une mignonne négresse. Le soldat nous avait bien paru un peu conçu d’après la méthode de poétisation continue ; mais la femme, la petite noire était si jolie, si bizarre, si tentante, si drôle, si artistement campée qu’elle nous a séduits et aveuglés aussitôt.