Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Car vous avez, sous chaque rue, braves gens qui ne sentez rien, une rivière où se déversent sans cesse, non pas seulement les eaux d’égout, mais aussi… ce que MM. les ingénieurs nomment LE LIQUIDE — et c’est lui, « ce liquide », qu’on sent ainsi, qui parfume vos voies et vos maisons. Chaque bouche d’égout est la cassolette d’où sort cet encens nocturne, bien reconnaissable à son odeur spéciale, qu’on peut distinguer sans être chimiste. Je sais bien qu’on veut vous faire croire que cette senteur si particulière vient uniquement des cultures potagères des environs de Paris, fumées avec le produit de vos maisons.
Ne le croyez pas, Parisiens, mettez le nez sur vos égouts, par les beaux soirs où fleurissent les roses dans les jardins… et pendez-moi vos ingénieurs et vos édiles…
Que diriez-vous d’un monsieur qui engagerait poliment ses voisins à passer une saison chez lui alors que certains conduits brisés dans les murs laisseraient couler leur contenu dans les chambres des invités ?
Le cas est pourtant le même. D’où il résulte, qu’au lieu de construire la pyramide de fer qui servira seulement à enlaidir votre ville, on ferait mieux de construire le canal à la mer qui servirait à l’assainir. Mais si on tient absolument à un monument de bronze, qu’on élève, par ce temps de statues, une statue gigantesque à l’héroïque général, seul digne aujourd’hui de devenir le patron de Paris, en remplacement de sainte Geneviève, à Cambronne.
Et qu’on lui mette dans les mains un fanal électrique afin de bien indiquer aux voyageurs délicats et dégoûtés ce foyer de puanteur qu’on nomme Paris.
ANNÉE 1887
Antibes
On sait les détails, tous les détails du terrible tremblement de terre qui vient de ravager et d’affoler la côte entière de la Méditerranée. Je ne peux rien ajouter à la précision sinistre des faits, mais je veux dire quelques sensations personnelles. La façon de percevoir et d’interpréter un accident aussi rare qu’un tremblement de terre peut révéler, à beaucoup de gens qui n’ont jamais été secoués par ces étranges tempêtes du sol, le genre de trouble et d’émotion qu’il produirait sans doute en elles. C’est donc la répercussion de ce phénomène sur les sens et sur les nerfs que j’essayerai de noter en m’efforçant de le faire aussi exactement que possible.
La soirée avait été fort belle et j’étais resté debout assez tard à regarder le ciel criblé d’étoiles, et là-bas, de l’autre côté du large golfe, Nice illuminée, Nice chantant et dansant par ce dernier soir de carnaval. Le phare tournant de Villefranche ouvrait de demi-minute en demi-minute son œil de feu sur la mer, tandis que le phare fixe du cap d’Antibes debout sur le haut promontoire, pareil à une monstrueuse étoile, parcourait l’horizon de son regard fixe et circulaire. Puis j’avais lu, avec un intérêt passionné, Pœuf, le court et admirable récit de Léon Hennique, histoire si simple, si dramatique, d’une poignante simplicité et racontée avec un accent de vérité tout nouveau. Et je m’étais couché, vers une heure du matin, après avoir encore considéré, pendant quelques instants, les illuminations lointaines de Nice, en songeant qu’on devait être fort gai, là-bas.
Je dormais profondément quand je fus réveillé par d’épouvantables secousses. Pendant la première seconde d’effarement, je crus tout simplement que la maison s’écroulait. Mais comme les soubresauts de mon lit s’accentuaient, comme les murs craquaient, comme tous les meubles se heurtaient avec un bruit effrayant, je compris que nous étions balancés par un tremblement de terre. Je sautai debout dans ma chambre et j’allais atteindre la porte quand une oscillation violente me jeta contre la muraille. Ayant repris mon aplomb, je parvins enfin sur l’escalier où j’entendis le sinistre et bizarre carillon des sonnettes tintant toutes seules comme si un affolement les eût saisies ou comme si, servantes fidèles, elles appelaient désespérément les dormeurs pour les prévenir du danger.
Mon domestique descendait en courant l’autre étage, ne comprenant pas ce qui arrivait et me croyant écrasé sous le plafond de ma chambre tant les craquements avaient été forts. Cependant la convulsion cessait quand tout le monde enfin gagna le vestibule et sortit dans le jardin. Il était six heures, le jour naissait rose et doux, sans un souffle d’air, si pur, si calme ! Cette absolue tranquillité du ciel, pendant ce bouleversement épouvantable, était tellement saisissante, tellement imprévue, qu’elle me surprit et m’émut davantage que la catastrophe elle-même.
Cette aurore charmante prenait pour nous quelque chose d’exaspérant, de révoltant, de cynique.
Mais je rentrai pour chercher des vêtements, des couvertures et de l’argent pour le cas, assez vraisemblable, où l’accident se renouvellerait et nous forcerait à quitter la maison, en admettant même que la maison résistât à une seconde secousse.
Je prenais des manteaux dans une armoire quand j’entendis de nouveau le singulier bruit qui m’avait saisi, sans que je l’eusse compris, lors du premier ébranlement de la terre ; et le battant de l’armoire vint me frapper la figure.
On a dit, on a écrit que le phénomène était accompagné d’une rumeur semblable à un violent souffle de mistral. Cette affirmation, que je n’oserais pas nier, devrait être vérifiée avec soin. Ce bruit bizarre, si particulier que je le reconnaîtrais toujours, m’a paru provenir uniquement de la trépidation des murailles et des meubles, des murailles surtout, secouées jusque dans les fondations, et des poutres ballottées, et des tuiles soulevées, des ciments brisés, des pierres disjointes et heurtées, de toute la dislocation du bâtiment entier.
Les personnes qui se trouvaient dehors n’ont point entendu ce bruit, ce qui me paraît assez concluant.
Nous revoilà donc dans le jardin, forcés de contempler l’aurore.
De la villa, on voit tout le golfe de Nice, et tout le cap d’Antibes. Les côtes se déroulent jusque bien au-delà de la frontière d’Italie, baignées par la mer toute bleue. Le long des plages, les villages blancs ont l’air, de loin, de si loin, d’œufs d’oiseau pondus sur les sables ; puis la montagne s’élève portant encore, de place en place, sur un pic, une petite ville ou un hameau. Et sur tout cela s’étend l’immense cime neigeuse des Alpes avec ses sommets pointus, éclatants et tout roses à cet instant, d’un rose aveuglant sous l’aurore.
On a écrit encore qu’au moment de la catastrophe le ciel paraissait en feu ! C’était tout simplement un admirable lever de soleil qui n’a pu surprendre et épouvanter que les gens peu accoutumés à sortir si tôt de leur lit.
Mais tout paraît calmé ; et la tranquillité de la matinée nous rassure au point que chacun rentre dans sa chambre. Je me jette, tout habillé, sur mon lit.
Deux heures se passent sans que rien ne trouble notre repos, et notre confiance revenue, quand soudain je crois sentir une agitation presque imperceptible du sol. Rien ne semble remuer pourtant, mais on dirait un frisson de la terre, un frisson profond, continu, qui va devenir un tremblement tout à l’heure. Je me lève aussitôt et j’appelle. Les murs craquent de nouveau avec le bruit étrange et sinistre dont j’ai parlé. Nous subissons une troisième secousse plus courte et moins forte que les autres.