Le vicomte de Bragelonne Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:
Le jésuite sortit.
Alors, se tournant vers le médecin, et voyant sa figure pâle et anxieuse:
– Monsieur Grisart, dit-il tout bas, videz ce verre et le nettoyez; il y reste trop de ce que le Grand Conseil vous avait commandé d’y mettre.
Grisart, étourdi, atterré, écrasé, faillit tomber à la renverse.
Aramis haussa les épaules en signe de pitié, prit le verre, et en vida le contenu dans les cendres du foyer.
Puis il sortit, emportant les papiers du mort.
Chapitre CXXVIII – Mission
Le lendemain, ou plutôt le jour même, car les événements que nous venons de raconter avaient pris fin à trois heures du matin seulement, avant le déjeuner, et comme le roi partait pour la messe avec les deux reines, comme Monsieur, avec le chevalier de Lorraine et quelques autres familiers, montait à cheval pour se rendre à la rivière, afin d’y prendre un de ces fameux bains dont les dames étaient folles, comme il ne restait enfin au château que Madame, qui, sous prétexte d’indisposition, ne voulut pas sortir, on vit, ou plutôt on ne vit pas, Montalais se glisser hors de la chambre des filles d’honneur, attirant après elle La Vallière, qui se cachait le plus possible; et toutes deux s’esquivant par les jardins, parvinrent, tout en regardant autour d’elles, à gagner les quinconces.
Le temps était nuageux; un vent de flamme courbait les fleurs et les arbustes; la poussière brûlante, arrachée aux chemins, montait par tourbillons sur les arbres.
Montalais, qui, pendant toute la marche, avait rempli les fonctions d’un éclaireur habile, Montalais fit quelques pas encore, et, se retournant pour être bien sûre que personne n’écoutait ni ne venait:
– Allons, dit-elle, Dieu merci! nous sommes bien seules. Depuis hier, tout le monde espionne ici, et l’on forme un cercle autour de nous comme si vraiment nous étions pestiférées.
La Vallière baissa la tête et poussa un soupir.
– Enfin, c’est inouï, continua Montalais; depuis M. Malicorne jusqu’à M. de Saint-Aignan, tout le monde en veut à notre secret. Voyons, Louise, recordons-nous un peu, que je sache à quoi m’en tenir.
La Vallière leva sur sa compagne ses beaux yeux purs et profonds comme l’azur d’un ciel de printemps.
– Et moi, dit-elle, je te demanderai pourquoi nous avons été appelées chez Madame; pourquoi nous avons couché chez elle au lieu de coucher comme d’habitude chez nous; pourquoi tu es rentrée si tard, et d’où viennent les mesures de surveillance qui ont été prises ce matin à notre égard?
– Ma chère Louise, tu réponds à ma question par une question, ou plutôt par dix questions, ce qui n’est pas répondre. Je te dirai cela plus tard, et, comme ce sont choses de secondaire importance, tu peux attendre. Ce que je te demande, car tout découlera de là, c’est s’il y a ou s’il n’y a pas secret.
– Je ne sais s’il y a secret, dit La Vallière, mais ce que je sais, de ma part du moins, c’est qu’il y a eu imprudence depuis ma sotte parole et mon plus sot évanouissement d’hier; chacun ici fait ses commentaires sur nous.
– Parle pour toi, ma chère, dit Montalais en riant, pour toi et pour Tonnay-Charente, qui avez fait chacune hier vos déclarations aux nuages, déclarations qui malheureusement ont été interceptées.
La Vallière baissa la tête.
– En vérité, dit-elle, tu m’accables.
– Moi?
– Oui, ces plaisanteries me font mourir.
– Écoute, écoute, Louise. Ce ne sont point des plaisanteries, et rien n’est plus sérieux, au contraire. Je ne t’ai pas arrachée au château, je n’ai pas manqué la messe, je n’ai pas feint une migraine comme Madame, migraine que Madame n’avait pas plus que moi; je n’ai pas enfin déployé dix fois plus de diplomatie que M. Colbert n’en a hérité de M. de Mazarin et n’en pratique vis-à-vis de M. Fouquet, pour parvenir à te confier mes quatre douleurs, à cette seule fin que, lorsque nous sommes seules, que personne ne nous écoute, tu viennes jouer au fin avec moi. Non, non, crois-le bien, quand je t’interroge, ce n’est pas seulement par curiosité, c’est parce qu’en vérité la situation est critique. On sait ce que tu as dit hier, on jase sur ce texte. Chacun brode de son mieux et des fleurs de sa fantaisie; tu as eu l’honneur cette nuit, et tu as encore l’honneur ce matin d’occuper toute la cour, ma chère, et le nombre des choses tendres et spirituelles qu’on te prête ferait crever de dépit Mlle de Scudéry et son frère, si elles leur étaient fidèlement rapportées.
– Eh! ma bonne Montalais, dit la pauvre enfant, tu sais mieux que personne ce que j’ai dit, puisque c’est devant toi que je le disais.
– Oui, je le sais. Mon Dieu! la question n’est pas là. Je n’ai même pas oublié une seule des paroles que tu as dites; mais pensais-tu ce que tu disais?
Louise se troubla.
– Encore des questions? s’écria-t-elle. Mon Dieu! quand je donnerais tout au monde pour oublier ce que j’ai dit… comment se fait-il donc que chacun se donne le mot pour m’en faire souvenir? Oh! voilà une chose affreuse.
– Laquelle? voyons.
– C’est d’avoir une amie qui me devrait épargner, qui pourrait me conseiller, m’aider à me sauver, et qui me tue, qui m’assassine!
– Là! là! fit Montalais, voilà qu’après avoir dit trop peu, tu dis trop maintenant. Personne ne songe à te tuer, pas même à te voler, même ton secret: on veut l’avoir de bonne volonté, et non pas autrement; car ce n’est pas seulement de tes affaires qu’il s’agit, c’est des nôtres; et Tonnay-Charente te le dirait comme moi si elle était là. Car enfin, hier au soir, elle m’avait demandé un entretien dans notre chambre, et je m’y rendais après les colloques manicampiens et malicorniens, quand j’apprends à mon retour, un peu attardé, c’est vrai, que Madame a séquestré les filles d’honneur, et que nous couchons chez elle, au lieu de coucher chez nous. Or, Madame a séquestré les filles d’honneur pour qu’elles n’aient pas le temps de se recorder, et, ce matin, elle s’est enfermée avec Tonnay-Charente dans ce même but. Dis-moi donc, chère amie, quel fond Athénaïs et moi pouvons faire sur toi, comme nous te dirons quel fond tu peux faire sur nous.
– Je ne comprends pas bien la question que tu me fais, dit Louise très agitée.
– Hum! tu m’as l’air, au contraire, de très bien comprendre. Mais je veux préciser mes questions, afin que tu n’aies pas la ressource du moindre faux fuyant. Écoute donc. Aimes-tu M. de Bragelonne? C’est clair, cela, hein?
À cette question, qui tomba comme le premier projectile d’une armée assiégeante dans une place assiégée, Louise fit un mouvement.
– Si j’aime Raoul! s’écria-t-elle, mon ami d’enfance, mon frère!
– Eh! non, non, non! Voilà encore que tu m’échappes, ou que plutôt tu veux m’échapper. Je ne te demande pas si tu aimes Raoul, ton ami d’enfance et ton frère; je te demande si tu aimes M. le vicomte de Bragelonne, ton fiancé?
– Oh! mon Dieu, ma chère, dit Louise, quelle sévérité dans la parole!
– Pas de rémission, je ne suis ni plus ni moins sévère que de coutume. Je t’adresse une question; réponds à cette question.