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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Il en résulte, continua le cardinal, que la paix et l’alliance entre les deux royaumes dépendent de l’observation de cette clause du contrat.

Même signe du franciscain.

– Non seulement la France et l’Espagne, dit le cardinal, mais encore l’Europe tout entière seraient ébranlées par l’infidélité d’une des parties.

Nouveau mouvement de tête du malade.

– Il en résulte, continua l’orateur, que celui qui pourrait prévoir les événements et donner comme certain ce qui n’est jamais qu’un nuage dans l’esprit de l’homme, c’est-à-dire l’idée du bien ou du mal à venir, préserverait le monde d’une immense catastrophe; on ferait tourner au profit de l’ordre l’événement deviné dans le cerveau même de celui qui le prépare.

– Pronto! pronto! murmura le franciscain, qui pâlit et se pencha sur le prêtre.

Le cardinal s’approcha de l’oreille du moribond.

– Eh bien! monseigneur, dit-il, je sais que le roi de France a décidé qu’au premier prétexte, une mort par exemple, soit celle du roi d’Espagne, soit celle d’un frère de l’infante, la France revendiquera, les armes à la main, l’héritage, et je tiens tout préparé le plan politique arrêté par Louis XIV à cette occasion.

– Ce plan? dit le franciscain.

– Le voici, dit le cardinal.

– De quelle main est-il écrit?

– De la mienne.

– N’avez-vous rien de plus à dire?

– Je crois avoir dit beaucoup, monseigneur, répondit le cardinal.

– C’est vrai, vous avez rendu un grand service à l’ordre. Mais comment vous êtes-vous procuré les détails à l’aide desquels vous avez bâti ce plan?

– J’ai à ma solde les bas valets du roi de France, et je tiens d’eux tous les papiers de rebut que la cheminée a épargnés.

– C’est ingénieux, murmura le franciscain en essayant de sourire. Monsieur le cardinal, vous partirez de cette hôtellerie dans un quart d’heure; réponse vous sera faite, allez!

Le cardinal se retira.

– Appelez-moi Grisart, et allez me chercher le Vénitien Marini, dit le malade.

Pendant que le confesseur obéissait, le franciscain, au lieu de biffer le nom du cardinal comme il avait fait de celui du baron, traça une croix à côté de ce nom.

Puis, épuisé par l’effort, il tomba sur son lit en murmurant le nom du docteur Grisart.

Quand il revint à lui, il avait bu la moitié d’une potion dont le reste attendait dans un verre, et il était soutenu par le médecin, tandis que le Vénitien et le confesseur se tenaient près de la porte.

Le Vénitien passa par les mêmes formalités que ses deux concurrents, hésita comme eux à la vue des deux étrangers, et, rassuré par l’ordre du général, révéla que le pape, effrayé de la puissance de l’ordre, ourdissait un plan d’expulsion générale des jésuites, et pratiquait les cours de l’Europe à l’effet d’obtenir leur aide. Il indiqua les auxiliaires du pontife, ses moyens d’action, et désigna l’endroit de l’archipel où, par un coup de main, deux cardinaux adeptes de la onzième année, et par conséquent chefs supérieurs, devaient être déportés avec trente-deux des principaux affiliés de Rome.

Le franciscain remercia le signor Marini. Ce n’était pas un mince service rendu à la société que la dénonciation de ce projet pontifical.

Après quoi, le Vénitien reçut l’ordre de partir dans un quart d’heure, et s’en alla radieux, comme s’il tenait déjà l’anneau, insigne du commandement de la société.

Mais, tandis qu’il s’éloignait, le franciscain murmurait sur son lit:

– Tous ces hommes sont des espions ou des sbires, pas un n’est général; tous ont découvert un complot, pas un n’a un secret. Ce n’est point avec la ruine, avec la guerre, avec la force que l’on doit gouverner la Société de Jésus, c’est avec l’influence mystérieuse que donne une supériorité morale. Non, l’homme n’est pas trouvé, et, pour comble de malheur, Dieu me frappe, et je meurs. Oh! faudra-t-il que la société tombe avec moi faute d’une colonne; faut-il que la mort qui m’attend dévore avec moi l’avenir de l’ordre? Cet avenir que dix ans de ma vie eussent éternisé, car il s’ouvre radieux et splendide, cet avenir, avec le règne du nouveau roi!

Ces mots à demi pensés, à demi prononcés, le bon jésuite les écoutait avec épouvante comme on écoute les divagations d’un fiévreux, tandis que Grisart, esprit plus élevé, les dévorait comme les révélations d’un monde inconnu où son regard plongeait sans que sa main pût y atteindre.

Soudain le franciscain se releva.

– Terminons, dit-il, la mort me gagne. Oh! tout à l’heure, je mourais tranquille, j’espérais… Maintenant je tombe désespéré, à moins que dans ceux qui restent… Grisart! Grisart, faites-moi vivre une heure encore!

Grisart s’approcha du moribond et lui fit avaler quelques gouttes, non pas de la potion qui était dans le verre, mais du contenu d’un flacon qu’il portait sur lui.

– Appelez l’Écossais! s’écria le franciscain; appelez le marchand de Brême! Appelez! appelez! Jésus! je me meurs! Jésus! j’étouffe!

Le confesseur s’élança pour aller chercher du secours, comme s’il y eût eu une force humaine qui pût soulever le doigt de la mort qui s’appesantissait sur le malade; mais sur le seuil de la porte, il trouva Aramis, qui, un doigt sur les lèvres, comme la statue d’Harpocrate, dieu du silence, le repoussa du regard jusqu’au fond de la chambre.

Le médecin et le confesseur firent cependant un mouvement, après s’être consultés des yeux, pour écarter Aramis. Mais celui-ci, avec deux signes de croix faits chacun d’une façon différente, les cloua tous deux à leur place.

– Un chef! murmurèrent-ils tous deux.

Aramis pénétra lentement dans la chambre où le moribond luttait contre les premières atteintes de l’agonie.

Quant au franciscain, soit que l’élixir fît son effet, soit que cette apparition d’Aramis lui rendît des forces, il fit un mouvement, et, l’œil ardent, la bouche entrouverte, les cheveux humides de sueur, il se dressa sur le lit.

Aramis sentit que l’air de cette chambre était étouffant; toutes les fenêtres étaient closes, du feu brûlait dans l’âtre, deux bougies de cire jaune se répandaient en nappe sur les chandeliers de cuivre et chauffaient encore l’atmosphère de leur vapeur épaisse.:

Aramis ouvrit la fenêtre, et, fixant sur le moribond un regard plein d’intelligence et de respect:

– Monseigneur, lui dit-il, je vous demande pardon d’arriver ainsi sans que vous m’ayez mandé, mais votre état m’effraie, et j’ai pensé que vous pouviez être mort avant de m’avoir vu, car je ne venais que le sixième sur votre liste.

Le moribond tressaillit et regarda sa liste.

– Vous êtes donc celui qu’on a appelé autrefois Aramis et depuis le chevalier d’Herblay? Vous êtes donc l’évêque de Vannes.

– Oui, monseigneur.

– Je vous connais, je vous ai vu.

– Au jubilé dernier, nous nous sommes trouvés ensemble chez le Saint Père.

– Ah! oui, c’est vrai, je me rappelle. Et vous vous mettez sur les rangs?

– Monseigneur, j’ai ouï dire que l’ordre avait besoin de posséder un grand secret d’État, et, sachant que par modestie vous aviez résigné d’avance vos fonctions en faveur de celui qui apporterait ce secret, j’ai écrit que j’étais prêt à concourir, possédant seul un secret que je crois important.

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