Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Триллеры » Le passager
Le passager - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le passager

Электронная книга - «Le passager». Краткое содержание книги:

Je suis l'ombre.
Je suis la proie.
Je suis le tueur.
Je suis la cible.
Pour m'en sortir, une seule option : fuir l'autre.
Mais si l'autre est moi-même ?
1 ... 126 127 128 129 130 131 132 133 134 ... 169
Перейти на страницу:

Anaïs se força à détailler la dépouille. Les mutilations et les corruptions de l’eau s’étaient associées pour la défigurer. L’énorme tuméfaction qui lui tenait lieu de visage, imbibée comme une éponge, portait des traces de morsures de poissons, ainsi que des perforations creusées par des vers. Les orbites oculaires, enflées, ressemblaient à deux bubons. La bouche n’était qu’une plaie béante.

Le ventre et les membres étaient également gonflés par l’immersion. Taches cadavériques, plaies et hématomes se partageaient le terrain pour donner l’impression d’une peau de léopard, hésitant entre le jaune et le bleu violacé. Le cadavre semblait prêt à exploser, ou au contraire à s’affaisser comme un soufflé.

— Quelle est la cause du décès ?

— Pas la flotte en tout cas. On l’a balancée alors qu’elle était déjà morte. Selon le légiste, elle est restée environ une semaine dans l’eau. Le corps a été traîné par le courant et s’est pris pas mal de chocs. Impossible de dire ce qui lui a été infligé avant ou après la mort. Une chose est sûre : l’ablation des mâchoires et des phalanges visait à ralentir son identification.

— Aucun lien avec nos meurtres ? Je parle du modus operandi.

— A priori, non. Pas la moindre trace de rituel. Pas d’héroïne dans le sang. Mais on l’a découverte très tard.

— Elle n’avait pas de blessure au nez ?

Solinas parut surpris. Il n’était pas au courant de la mutilation post mortem de Patrick Bonfils. Autant ne pas insister.

— Selon le toubib, le visage a été détruit à coups de masse.

— Vous êtes remontés à ses clients ?

— L’enquête ne fait que commencer. Et franchement, six mois plus tard, on a peu de chances de pécho quoi que ce soit.

— Dans son appartement ?

— Ratissé, je te le répète. Notamment par ton connard. Et peut-être par d’autres. À mon avis, il n’y avait rien à trouver. La fille protégeait ses arrières.

Anaïs referma le dossier.

— Ton idée, c’est quoi ?

— Un client cinglé qui savait vraiment ce qu’il faisait. Ou des pros qui ont agi sur ordre.

— Sur ordre de qui ? Pour quelle raison ?

Solinas eut un geste vague. Il tripotait toujours son alliance.

— La pute qui en savait trop, c’est un classique. Les RG ont toujours utilisé les call-girls comme sources de renseignements.

Une piste possible. Mais Anaïs était certaine que les auteurs du crime appartenaient à Mêtis, ou à ses partenaires militaires. Les mêmes qui avaient éliminé Bonfils et sa femme. Qui avaient prélevé l’implant à l’IML de Rangueil. Qui avaient torturé Jean-Pierre Corto. Medina Malaoui était-elle au courant des expériences du groupe ? Si oui, pourquoi ? Quel pouvait être le lien entre une escort et les essais cliniques d’une molécule ?

— Il y a une autre hypothèse, continua le flic.

D’un regard, elle l’interrogea.

— C’est ton chéri qu’a fait le coup.

— Impossible.

— On le soupçonne d’avoir refroidi des clodos. Pourquoi pas une bimbo ?

Elle frappa la table du plat de la main :

— Tout ça est un tissu de mensonges !

Solinas sourit. Le sourire sadique du tortionnaire qui appuie sur une plaie. Anaïs sentit son menton trembler. Elle serra les poings. Pas question de pleurer. Surtout pas devant ce salopard. L’adrénaline de la colère était son dernier carburant.

— Il t’a dit ce qu’il cherche au juste ?

— Non.

— Où il se planque ?

— À ton avis ?

Le flic joua des épaules dans sa veste mal coupée :

— Il t’a donné un numéro ? Un contact ?

— Bien sûr que non.

— Comment t’as pu lui filer les renseignements sur Malaoui ?

Elle se mordit la lèvre inférieure.

— Laisse tomber. Je dirai rien.

La défense était faible. Elle se rendit compte qu’elle n’avait pas plus d’imagination que les voyous qui se succédaient dans son bureau, rue François-de-Sourdis, à Bordeaux. Solinas se massait la nuque comme s’il se contrefoutait de sa réponse.

— Ça me concerne plus de toute façon, confirma-t-il. La Brigade des fugitifs a été saisie.

Il stoppa son massage et agrippa le rebord de la table des deux mains :

— Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’arrêter le tueur cinglé, qu’il soit Janusz ou un autre. Tu as avancé sur ce qu’on s’est dit ?

— Sur quoi ?

Il sortit une nouvelle photo de son cartable : le cadavre d’Hugues Fernet, le géant du pont d’Iéna.

— De quel mythe s’inspire ce meurtre ?

Anaïs n’était pas en position de jouer à la plus maligne :

— Du mythe d’Ouranos, un des dieux primordiaux. Son fils, Cronos, l’a émasculé pour prendre le pouvoir.

Le flic se pencha en avant. Sous ses montures relevées, son front se fissurait de rides. Anaïs repassa une couche — la seule façon pour elle de sortir de cette taule :

— Un tueur en série, Solinas. En août 2009, il a tué Hugues Fernet à Paris en s’inspirant d’Ouranos. En décembre 2009, il a tué Tzevan Sokow à Marseille en le transformant en Icare. En février 2010, il a assassiné Philippe Duruy, l’assimilant au Minotaure. C’est un tueur mythologique. Un cas unique dans toute l’histoire de la criminologie. Mais pour le choper, tu as besoin de moi.

Solinas ne bougeait plus. Même son alliance restait en place. Il fixait Anaïs comme si elle était l’oracle de Delphes et qu’elle venait de dérouler devant lui son destin de héros de légende.

— Après le mythe d’Icare et celui du Minotaure, reprit-elle, l’histoire d’Ouranos met encore en scène un fils en conflit avec son père. C’est mince mais c’est de ce côté-là qu’on doit chercher. Soit le tueur est un père déçu, soit un fils en colère. Sors-moi de là, nom de Dieu ! Il n’y a que moi qui peux t’aider à coincer ce cinglé !

Le flic ne la voyait plus mais elle voyait dans ses yeux : une affaire en forme de vitrine de Noël, une promotion spectaculaire, un ascenseur direct pour le sommet de l’administration française.

Solinas se leva et frappa à la porte vitrée :

— Je te laisse le dossier. Fais tes devoirs en attendant de mes nouvelles.

L’instant suivant, il était dehors. Anaïs se passa les deux mains sur le visage, comme pour lisser ses traits. Elle ne savait pas trop quel combat elle menait. Mais elle avait gagné un round.

115

CHAPLAIN s’attendait à un palace taillé dans la pierre et le marbre. Le Theodor était un petit bâtiment en retrait, aux lignes Art déco, dans une impasse perpendiculaire à la rue d’Artois. En s’approchant, il devina que les dimensions réduites de l’édifice, sa situation, son apparente modestie étaient les marques d’un plus grand luxe encore que celui offert par les titans célèbres, type George V ou Plaza Athénée.

Il traversa une cour de gravier jusqu’à atteindre un seuil abrité par une marquise. Pas de portier, pas d’enseigne, pas de drapeau : de la discrétion, encore de la discrétion. À l’intérieur, un hall lambrissé de bois brun. Au fond, un salon chauffait ses fauteuils auprès d’un feu de cheminée crépitant. Le comptoir d’accueil ressemblait à une sculpture de bois minimaliste. Des orchidées blanches s’étiraient dans de longues fioles aux formes alanguies.

— Je peux vous aider, monsieur ?

— J’ai rendez-vous avec Mme Sophie Barak.

L’homme — il portait une espèce de costume chinois à col mao, en soie indigo — décrocha un téléphone et murmura dans le combiné. Chaplain se pencha au-dessus du comptoir :

1 ... 126 127 128 129 130 131 132 133 134 ... 169
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)