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Premier bilan après l'apocalypse

Электронная книга - «Premier bilan après l'apocalypse». Краткое содержание книги:

Premier bilan après l'apocalypse - L'apocalypse, serait-ce donc l'édition numérique, ou comme dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, la température à laquelle le papier se consume ? Frédéric Beigbeder sauve ici du brasier les 100 œuvres qu'il souhaite conserver au XXIe siècle, sous la forme d'un hit-parade intime. C'est un classement totalement personnel, égotiste, joyeux, inattendu, parfois classique (André Gide, Fitzgerald, Paul Jean Toulet, Salinger et d'autres grands), souvent surprenant (Patrick Besson, Bret Easton Ellis, Régis Jauffret, Simon Liberati, Gabriel Matzneff, et d'autres perturbateurs). Avec ce manifeste, c'est le Beigbeder livresque que nous découvrons, en même temps qu'une autobiographie en fragments, un autoportrait en lecteur.Son goût est sûr, il aime cette littérature de têtes brûlées, de fous, furieux, désespérés, romantiques, d’enfants éternels, des joueurs, des alcooliques, des dopés célestes.Vincent Jaury, Transfuge.
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La grande force du livre tient dans cette capacité à zapper entre le réel (un mythomane trucide sa famille), la fiction (un malade se prend pour un médecin), l’autobiographie (un écrivain père de famille se sent en plein Shining) et le roman (comment raconter la vérité d’un mensonge ? Comment écrire la biographie d’un fantôme ?). Carrère se sort de ce casse-tête pirandellien avec un brio qui rend son livre ébouriffant, haletant, passionnant de bout en bout, et redonne du souffle au genre romanesque. La récente affaire Dupont de Ligonnès a malheureusement redonné de l’actualité à L’Adversaire.

Emmanuel Carrère, une vie

Dieu merci, Emmanuel Carrère est un Jean-Claude Romand light. Il a le même âge que Jean-Claude Romand, à trois ans près (Romand est né en 54, Carrère en 57). Il est marié et père de deux enfants, comme Romand. Mais il ne les a pas assassinés. Pourtant il leur ment depuis de longues années : son vrai nom est Carrère d’Encausse mais il a enlevé « d’Encausse » pour faire croire à sa famille qu’il était apparenté au producteur de Sheila alors qu’il est fils d’académicienne perpétuelle. Cette fois, le biographe de Philip K. Dick (l’auteur d’Ubik) s’est mis dans la peau, non pas de John Malkovich (la place était déjà prise), mais de L’Adversaire. Auparavant, il s’était fait remarquer notamment avec La Moustache (1986) et La Classe de neige (prix Fémina 1995). Par la suite il a rencontré un public de plus en plus large et fidèle avec Un roman russe (2007) et D’autres vies que la mienne (2009) qui commence au Sri-Lanka pendant le tsunami de 2004. Il a réalisé trois films, dont le splendide Retour à Kotelnitch en 2003, où une fois encore, un vrai meurtre envahit son travail. Cet homme attire les catastrophes. Une fois, j’ai pris l’avion avec Emmanuel Carrère : j’étais sûr qu’on allait s’écraser. On l’a échappé belle : ce jour-là, il n’avait pas envie d’écrire !

Numéro 87 : « Le Secret de Joe Gould » de Joseph Mitchell (1965)

Qui est Joe Gould ? C’est tout le sujet du phénoménal livre de Joseph Mitchell, un journaliste du New Yorker qui a enquêté deux fois sur cet énergumène : une fois de son vivant, en 1942, puis une autre fois après sa mort, vingt ans après (comme dirait Alexandre Dumas) en 1964. Il y a des gens comme ça, sur cette planète, qui nous intriguent tellement qu’on y repense toute notre vie. Un jour, Joseph Mitchell a voulu savoir ce que cachait Joe Gould, poète vagabond, clodo barbu, ivre et loufoque, qui errait dans les rues de Greenwich Village dans les années 30–40. Pourquoi ce diplômé de Harvard avait-il choisi de dormir sur les bancs des stations de métro ? Comment peut-on être américain sans avoir envie de posséder quoi que ce soit ? Quel était donc ce mystérieux manuscrit jamais publié : Une histoire orale de notre temps, censé être douze fois plus long que la Bible ? Un écrivain pouvait-il mourir en 1957 sans que personne ne lise son « livre le plus long de l’histoire du monde » ?

Joe Gould fut une exception à la règle de la société dite « civilisée » : il refusa de vivre comme on le lui imposait. Dix ans avant la beat génération, il existait déjà aux États-Unis un clochard céleste qui déclamait des vers, mangeait de l’alcool et buvait du ketchup.

Le reportage de Joseph Mitchell est passionnant à plus d’un titre. Au fil d’une enquête désopilante, Mitchell en vient à se remettre en question : Joe Gould se mue petit à petit en statue du Commandeur. Car ce qu’il découvre l’halluciné : l’œuvre de cet artiste est dans sa tête et non sur le papier.

Joe Gould préférait parler aux mouettes qu’aux humains, et il n’en restera rien sauf si lui, Joseph Mitchell, écrit ce livre. Mitchell s’autoproclame responsable de la postérité de Gould. Il fera de ce mythomane un mythe, de cet auteur un personnage : le dernier symbole de l’homme libre, le Diogène des bars new-yorkais, « le Samuel Pepys de Bowery » (nous dirions plutôt un mélange d’Albert Cossery, Mouna Aguigui, Alain Weill et Jean-Marc Restoux, le clochard qui tient toujours les murs de la librairie La Hune). Mais, ce faisant, il lui désobéit, comme Max Brod lorsqu’il refusa de détruire les romans de son ami Kafka. Le vrai honneur d’un écrivain serait-il de ne rien écrire ? Vouloir laisser une trace est d’une prétention insupportable. Mais vouloir laisser la trace de quelqu’un d’autre ? Tout cela est bien compliqué ; heureusement que ce livre est plus limpide que moi.

Après avoir raconté cette histoire, Joseph Mitchell n’a plus rien publié jusqu’à sa mort. Comme Jérôme David Salinger ou Arthur Rimbaud. Cette décision paraît absurde mais la condition humaine ne l’est-elle pas aussi ? Rien ne sert à rien ; seules les mouettes ont tout compris (c’est pourquoi elles rient tout le temps) ; c’est un message métaphysique que Joe Gould nous envoie là.

Joseph Mitchell, une vie

Rien ne destinait, au départ, Joseph Mitchell à devenir le mémorialiste de Joe Gould. Né en 1908 en Caroline du Nord, Mitchell débarque à Manhattan dans les années 30, et aurait très bien pu parader à l’Algonquin avec Scott Fitzgerald et Dorothy Parker. Au lieu de quoi il se spécialisa dans les portraits de déglingués, mendiants, ratés et losers en tous genres. Reporter au prestigieux New Yorker pendant trente ans, il est mort en 1996. Son livre culte, Le Secret de Joe Gould, a été porté à l’écran par Stanley Tucci, avec Ian Holm et Susan Sarandon dans les rôles principaux. Ce n’était pas terrible, et je n’ai toujours pas compris si Joe Gould a vraiment existé ou si tout ceci n’est qu’un vaste canular à côté duquel Émile Ajar est un être fiable.

Numéro 86 : « Disgrâce » de J. M. Coetzee (1999)

Avec Coetzee, les jurés suédois ont couronné en 2003 un écrivain accessible, ambitieux sans être opaque, littéraire sans être pontifiant. Le meilleur moyen de découvrir l’œuvre de ce Sud-Africain à la barbichette donquichottesque est de lire son chef-d’œuvre : Disgrâce, paru en 1999. C’est un roman court (250 pages), qui s’avale en deux heures et raconte l’histoire d’un prof qui se tape une pute tous les jeudis. « Il lui écarte bras et jambes, lui embrasse les seins ; ils font l’amour. » Avouez qu’il n’est pas fréquent qu’un Nobel écrive aussi lisiblement. « Son existence se résumait à rechercher fébrilement les occasions de coucheries. Il eut des aventures avec des femmes de collègues ; il levait des touristes dans les bars sur le front de mer ou au Club Italia ; il couchait avec des putains. » Disgrâce commence comme du Houellebecq ! Très vite le roman bifurque vers David Lodge : le prof sera accusé de harcèlement sexuel par une de ses étudiantes (pas la pute, une autre). Il devra s’exiler à la campagne chez sa fille lesbienne et connaîtra alors une autre forme de disgrâce, celle d’être blanc dans un pays de Noirs : Roth ou Kundera ne sont plus très loin (le livre aurait très bien pu s’intituler La Tache ou L’Ignorance). Décerner le Nobel à Coetzee était-il indirectement une façon de le décerner aussi à Roth et Kundera tout en continuant de les snober ? Le Suédois est fourbe.

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