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Электронная книга - «Miss Harriet (1884)». Краткое содержание книги:

Miss Harriet est un recueil de nouvelles de Guy de Maupassant, publié en 1884.
La plupart des contes ont fait l'objet d'une publication antérieure dans des journaux comme Le Gaulois ou Gil Blas, parfois sous le pseudonyme de Maufrigneuse. Le recueil est publié le 22 avril 1884 chez l'éditeur Victor Havard.
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Mais un matin elle ne put se lever, se sentant indisposée.

Comme elle n’avait jamais été malade, Cachelin, très ému, vint frapper à la porte de son gendre : « Courez vite chez le Docteur Barbette, et vous direz au chef, n’est-ce pas, que je n’irai point au bureau aujourd’hui, vu la circonstance. »

Lesable passa une journée d’angoisses, incapable de travailler, de rédiger et d’étudier les affaires. M. Torchebeuf, surpris, lui demanda : « Vous êtes distrait, aujourd’hui, Monsieur Lesable ? » Et Lesable, nerveux, répondit : « Je suis très fatigué, cher maître, j’ai passé toute la nuit auprès de notre tante dont l’état est fort grave. »

Mais le chef reprit froidement : « Du moment que M. Cachelin est resté près d’elle, cela devrait suffire. Je ne peux pas laisser mon bureau se désorganiser pour des raisons personnelles à mes employés. »

Lesable avait placé sa montre devant lui sur sa table, et il attendait cinq heures avec une impatience fébrile. Dès que la grosse horloge de la grande cour sonna, il s’enfuit, quittant, pour la première fois, le bureau à la minute réglementaire.

Il prit même un fiacre pour rentrer, tant son inquiétude était vive ; et il monta l’escalier en courant.

La bonne vint ouvrir ; il balbutia : « Comment va-t-elle ?

— Le médecin dit qu’elle est bien bas. »

Il eut un battement de cœur et demeura tout ému : « Ah ! vraiment. »

Est-ce que par hasard, elle allait mourir ?

Il n’osait pas entrer maintenant dans la chambre de la malade, et il fit appeler Cachelin qui la gardait.

Son beau-père apparut aussitôt, ouvrant la porte avec précaution. Il avait sa robe de chambre et son bonnet grec comme lorsqu’il passait de bonnes soirées au coin du feu ; et il murmura à voix basse : « Ça va mal, très mal. Depuis quatre heures elle est sans connaissance. On l’a même administrée dans l’après-midi. »

Alors Lesable sentit une faiblesse lui descendre dans les jambes, et il s’assit :

— Où est ma femme ?

— Elle est auprès d’elle.

— Qu’est-ce que dit au juste le docteur ?

— Il dit que c’est une attaque. Elle en peut revenir, mais elle peut aussi mourir cette nuit.

— Avez-vous besoin de moi ? Si vous n’en avez pas besoin, j’aime mieux ne pas entrer. Cela me serait pénible de la revoir dans cet état.

— Non. Allez chez vous. S’il y a quelque chose de nouveau, je vous ferai appeler tout de suite.

Et Lesable retourna chez lui. L’appartement lui parut changé, plus grand, plus clair. Mais comme il ne pouvait tenir en place, il passa sur le balcon.

On était alors aux derniers jours de juillet, et le grand soleil au moment de disparaître derrière les deux tours du Trocadéro, versait une pluie de flamme sur l’immense peuple des toits.

L’espace, d’un rouge éclatant à son pied, prenait plus haut des teintes d’or pâle, puis des teintes jaunes, puis des teintes vertes, d’un vert léger frotté de lumière, puis il devenait bleu, d’un bleu pur et frais sur les têtes.

Les hirondelles passaient comme des flèches, à peine visibles, dessinant sur le fond vermeil du ciel le profil crochu et fuyant de leurs ailes. Et sur la foule infinie des maisons, sur la campagne lointaine, planait une nuée rose, une vapeur de feu dans laquelle montaient, comme dans une apothéose, les flèches des clochers, tous les sommets sveltes des monuments. L’Arc de Triomphe de l’Étoile apparaissait énorme et noir dans l’incendie de l’horizon, et le dôme des Invalides semblait un autre soleil tombé du firmament sur le dos d’un édifice.

Lesable tenait à deux mains la rampe de fer, buvant l’air comme on boit du vin, avec une envie de sauter, de crier, de faire des gestes violents, tant il se sentait envahi par une joie profonde et triomphante. La vie lui apparaissait radieuse, l’avenir plein de bonheur ! Qu’allait-il faire ? Et il rêva.

Un bruit derrière lui, le fit tressaillir. C’était sa femme. Elle avait les yeux rouges, les joues un peu enflées, l’air fatigué. Elle tendit son front pour qu’il l’embrassât, puis elle dit : « On va dîner chez papa pour rester près d’elle. La bonne ne la quittera pas pendant que nous mangerons. »

Et il la suivit dans l’appartement voisin.

Cachelin était déjà à table, attendant sa fille et son gendre. Un poulet froid, une salade de pommes de terre et un compotier de fraises étaient posés sur le dressoir, et la soupe fumait dans les assiettes.

On s’assit. Cachelin déclara : « Voilà des journées comme je n’en voudrais pas souvent. Ça n’est pas gai. » Il disait cela avec un ton d’indifférence dans l’accent et une sorte de satisfaction sur le visage. Et il se mit à dévorer en homme de grand appétit, trouvant le poulet excellent et la salade de pommes de terre tout à fait rafraîchissante. Mais Lesable se sentait l’estomac serré et l’âme inquiète, et il mangeait à peine, l’oreille tendue vers la chambre voisine, qui demeurait silencieuse comme si personne ne s’y fût trouvé. Cora n’avait pas faim non plus, émue, larmoyante, s’essuyant un œil de temps en temps avec un coin de sa serviette.

Cachelin demanda : « Qu’a dit le chef ? »

Et Lesable donna des détails, que son beau-père voulait minutieux, qu’il lui faisait répéter, insistant pour tout savoir comme s’il eût été absent du ministère pendant un an.

« Ça a dû faire une émotion quand on a su qu’elle était malade ? » Et il songeait à sa rentrée glorieuse quand elle serait morte, aux têtes de ses collègues ; il prononça pourtant, comme pour répondre à un remords secret : « Ce n’est pas que je lui désire du mal à la chère femme ! Dieu sait que je voudrais la conserver longtemps, mais ça fera de l’effet tout de même. Le père Savon en oubliera la Commune. »

On commençait à manger les fraises quand la porte de la malade s’entrouvrit. La commotion fut telle chez les dîneurs qu’ils se trouvèrent, d’un seul coup, debout tous les trois, effarés. Et la petite bonne parut, gardant toujours son air calme et stupide. Elle prononça tranquillement : « Elle ne souffle plus. »

Et Cachelin, jetant sa serviette sur les plats, se précipita comme un fou ; Cora le suivit, le cœur battant ; mais Lesable demeura debout près de la porte, épiant de loin la tache pâle du lit à peine éclairé par la fin du jour. Il voyait le dos de son beau-père penché vers la couche, ne remuant pas, examinant ; et tout d’un coup il entendit sa voix qui lui parut venir de loin, de très loin, du bout du monde, une de ces voix qui passent dans les rêves et qui vous disent des choses surprenantes. Elle prononçait : « C’est fait ! on n’entend plus rien. » Il vit sa femme tomber à genoux, le front sur le drap et sanglotant. Alors il se décida à entrer, et, comme Cachelin s’était relevé, il aperçut, sur la blancheur de l’oreiller, la figure de tante Charlotte, les yeux fermés, si creuse, si rigide, si blême, qu’elle avait l’air d’une bonne femme en cire.

Il demanda avec angoisse : « Est-ce fini ? »

Cachelin, qui contemplait aussi sa sœur, se tourna vers lui et ils se regardèrent. Il répondit « Oui », voulant forcer son visage à une expression désolée, mais les deux hommes s’étaient pénétrés d’un coup d’œil, et sans savoir pourquoi, instinctivement, ils se donnèrent une poignée de main, comme pour se remercier l’un l’autre de ce qu’ils avaient fait l’un pour l’autre.

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