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Электронная книга - «Monsieur Lecoq». Краткое содержание книги:

Le précurseur, français, de Sherlock Holmes…
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Mais sa tranquillité était feinte, le regard dont il enveloppa son fils Jean, le prouvait.

C’est cependant du ton le plus froid qu’il ajouta:

– Il est probable qu’à cette heure le duc et le marquis sont au pouvoir de nos amis…

Ainsi, rien ne pouvait ébranler la résolution de cet homme; il n’était force ni adresse capables de faire tomber le bandeau de ses yeux…

C’était au curé de Sairmeuse à joindre ses efforts à ceux du baron.

– Vous ne partirez pas, Lacheneur, prononça-t-il. Vous ne resterez pas sourd à la voix de la raison… Vous êtes un honnête homme, songez à l’épouvantable responsabilité que vous acceptez… Quoi! sur des chances imaginaires vous oserez jouer la vie de milliers de braves gens et l’existence de leurs familles… On vous l’a dit, malheureux, vous ne pouvez réussir, vous devez être trahis, je suis sûr que vous êtes trahis!…

Le lieu, l’instant, l’anxiété du péril, l’étrangeté de cette scène aux clartés de l’incendie, la robe noire de ce prêtre, son geste véhément, sa parole vibrante, tout était fait pour porter le trouble dans l’âme la plus ferme.

Une inexprimable horreur contracta pendant dix secondes les traits de Lacheneur. Il était visible pour tous qu’il était remué jusqu’au plus profond de ses entrailles.

Qui peut dire ce qui fût advenu sans l’intervention de Chanlouineau.

Le robuste gars s’avança, brandissant son fusil double:

– Par le saint nom de Dieu!… s’écria-t-il, voici bien du temps perdu en bavardages inutiles!…

Lacheneur bondit comme sous un coup de fouet. Il se dégagea brusquement et s’élança en selle:

– Partons!… commanda-t-il.

Mais le baron et l’abbé ne désespéraient pas encore, ils s’étaient jetés à la tête du cheval.

– Lacheneur, cria le prêtre, insensé, prenez garde!… Le sang que vous allez faire répandre retombera sur votre tête et sur la tête de vos enfants!…

Epouvantée de ces accents prophétiques, la petite troupe s’arrêta…

Alors sortit des rangs et s’avança un des complices, vêtu comme les paysans des environs de Sairmeuse…

– Marie-Anne!… s’écrièrent en même temps l’abbé et le baron stupéfaits…

– Oui, moi!… répondit la jeune fille, en retirant le large chapeau qui cachait en partie son visage, moi qui veux ma part des dangers de ceux qui me sont chers, ma part de la victoire ou de la défaite… Vos conseils viennent trop tard, messieurs. Vous voyez ces lueurs à l’horizon?… Elles nous annoncent que les gens de ces communes se rendent en armes au carrefour de la Croix-d ’Arcy, à une lieue de Montaignac, où est le rendez-vous général… Avant deux heures, il y aura là quinze cents hommes dont mon père doit prendre le commandement… Et vous voudriez qu’il laissât sans chef ces soldats qu’il est allé arracher à leurs foyers?… C’est impossible!…

L’exaltation de son père et de son amant l’avait gagnée, elle partageait leur folie, si elle ne partageait pas toutes leurs espérances… Sa beauté avait quelque chose de fulgurant, les éclairs de ses yeux faisaient pâlir les flammes de l’incendie… Ah! c’est vraiment à cette heure, qu’elle méritait ce nom d’ange de l’insurrection que lui avait donné Martial.

– Non!… il n’y a plus à hésiter, reprit-elle, ni à réfléchir… C’est la prudence maintenant qui serait folie… C’est en arrière qu’est le plus grand danger. Laissez passer mon père, messieurs, chaque minute que vous nous faites perdre coûte peut-être la vie d’un homme… et nous, mes amis, en avant!

Une immense acclamation lui répondit et la petite troupe s’élança à travers la lande.

Il n’y avait plus à lutter. M. d’Escorval était consterné, mais il ne pouvait laisser s’éloigner ainsi son fils qu’il apercevait dans les rangs.

– Maurice!… cria-t-il.

Le jeune homme hésita, mais enfin s’approcha…

– Vous ne suivrez pas ces fous, Maurice, dit le baron.

– Il faut que je les suive, mon père…

– Je vous le défends.

– Hélas! mon père, je ne puis vous obéir… je suis engagé… j’ai juré… je commande après Lacheneur…

Sa voix était triste; mais elle annonçait une inébranlable détermination.

– Mon fils!… reprit M. d’Escorval, malheureux enfant!… C’est à la mort que tu marches… à une mort certaine.

– Raison de plus pour ne pas manquer à ma parole, mon père…

– Et ta mère, Maurice, ta mère que tu oublies!…

Une larme brilla dans les yeux du jeune homme.

– Ma mère, répondit-il, aimera mieux pleurer son fils mort, que le garder près d’elle, déshonoré, flétri des noms de lâche et de traître… Adieu, mon père!

M. d’Escorval était digne de comprendre la conduite de Maurice. Il étendit les bras et serra sur son cœur ce fils tant aimé, convulsivement, comme si c’eût été pour la dernière fois…

– Adieu!… balbutia-t-il, adieu!…

Maurice avait déjà rejoint les autres, dont les acclamations allaient se perdant dans le lointain, que le baron d’Escorval était encore à la même place, écrasé sous l’excès de sa douleur…

Tout à coup il se redressa.

– Un espoir nous reste, l’abbé, s’écria-t-il.

– Hélas!… murmura le prêtre.

– Oh!… je ne m’abuse pas. Marie-Anne ne vient-elle pas de nous dire où est le rendez-vous?… En courant à Escorval, en attelant en hâte un cabriolet, nous pouvons devancer les conjurés à la Croix-d ’Arcy. Votre voix, qui avait ému Lacheneur, touchera ses complices. Nous déciderons ces pauvres égarés à rentrer chez eux… Venez, l’abbé, venez vite!…

Et ils partirent en courant…

XXII

Huit heures sonnaient au clocher de Sairmeuse quand M. Lacheneur et les siens quittèrent la lande de la Rèche.

Une heure plus tard, au château de Courtomieu, Mlle Blanche finissait de dîner et demandait sa voiture pour aller rejoindre son père à Montaignac.

L’étroitesse du logis mis à sa disposition avait forcé le marquis à le séparer de sa fille. Ils ne se voyaient que le dimanche, soit que Mlle Blanche se rendît à la ville, soit que le marquis vînt au château.

Ainsi, ce voyage qu’entreprenait la jeune fille sortait des habitudes établies; des circonstances graves l’expliquaient.

Il y avait six jours que Martial n’avait paru à Courtomieu, et Mlle Blanche était à moitié folle de douleur et de colère.

Ce qu’eut à endurer tante Médie pendant ce temps, ne peut être compris que de ceux qui ont observé dans certaines familles riches de ces pauvres parentes, réduites à tout attendre de la pitié, le vêtement, le pain, le sou même destiné à payer la chaise à l’église.

Durant les trois premiers jours, Mlle Blanche avait pu rester maîtresse de soi; le quatrième elle n’y tint plus, et malgré l’inconvenance de sa démarche, elle osa envoyer prendre des nouvelles de Martial. Etait-il malade, absent?…

On répondit à son messager que M. le marquis se portait comme un charme, mais que chassant de l’aurore au crépuscule, il se couchait tous les soirs aussitôt souper.

Quelle horrible injure!… Mais du moins elle était persuadée que Martial, prévenu de sa démarche, se hâterait le lendemain d’accourir s’excuser. Illusion vaine de l’orgueil! Il ne parut pas, il ne daigna pas donner signe de vie.

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