Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
Plus tard, les bonnettes et les cacatois furent hissés. Mais, malgré ce renfort de toiles, le brick avançait à peine. Ses formes renflées de l’avant, l’évasement de ses fonds, la lourdeur de son arrière, en faisaient un mauvais marcheur, le type parfait du «sabot.»
Il fallut en prendre son parti. Heureusement, et si mal que naviguât le Macquarie, en cinq jours, six au plus, il devait avoir atteint la rade d’Auckland.
À sept heures du soir, on perdit de vue les côtes de l’Australie et le feu fixe du port d’Eden. La mer, assez houleuse, fatiguait le navire; il tombait lourdement dans le creux des vagues. Les passagers éprouvèrent de violentes secousses qui rendirent pénible leur séjour dans le roufle.
Cependant, ils ne pouvaient rester sur le pont, car la pluie était violente. Ils se virent donc condamnés à un emprisonnement rigoureux.
Chacun alors se laissa aller au courant de ses pensées. On causa peu. C’est à peine si lady Helena et Mary Grant échangeaient quelques paroles.
Glenarvan ne tenait pas en place. Il allait et venait, tandis que le major demeurait immobile.
John Mangles, suivi de Robert, montait de temps en temps sur le pont pour observer la mer. Quant à Paganel, il murmurait dans son coin des mots vagues et incohérents.
À quoi songeait le digne géographe? À cette Nouvelle-Zélande vers laquelle la fatalité le conduisait. Toute son histoire, il la refaisait dans son esprit, et le passé de ce pays sinistre réapparaissait à ses yeux.
Mais y avait-il dans cette histoire un fait, un incident qui eût jamais autorisé les découvreurs de ces îles à les considérer comme un continent?
Un géographe moderne, un marin, pouvaient-ils leur attribuer cette dénomination? on le voit, Paganel revenait toujours à l’interprétation du document.
C’était une obsession, une idée fixe. Après la Patagonie, après l’Australie, son imagination, sollicitée par un mot, s’acharnait sur la Nouvelle-Zélande. Mais un point, un seul, l’arrêtait dans cette voie.
«contin… Contin… Répétait-il… Cela veut pourtant dire «continent!»
Et il se reprit à suivre par le souvenir les navigateurs qui reconnurent ces deux grandes îles des mers australes.
Ce fut le 13 décembre 1642 que le hollandais Tasman, après avoir découvert la terre de Van-Diemen, vint atterrir aux rivages inconnus de la Nouvelle-Zélande.
Il prolongea la côte pendant quelques jours, et, le 17, ses navires pénétrèrent dans une large baie que terminait une étroite passe creusée entre deux îles.
L’île du nord, c’était Ika-Na-Maoui, mots zélandais qui signifient «le poisson de Mauwi». L’île du sud, c’était Mahaï-Pouna-Mou, c’est-à-dire «la baleine qui produit le jade vert.»
Abel Tasman envoya ses canots à terre, et ils revinrent accompagnés de deux pirogues qui portaient un bruyant équipage de naturels. Ces sauvages étaient de taille moyenne, bruns et jaunes de peau, avec les os saillants, la voix rude, les cheveux noirs, liés sur la tête à la mode japonaise et surmontés d’une grande plume blanche.
Cette première entrevue des européens et des indigènes semblait promettre des relations amicales de longue durée. Mais le jour suivant, au moment où l’un des canots de Tasman allait reconnaître un mouillage plus rapproché de la terre, sept pirogues, montées par un grand nombre d’indigènes, l’assaillirent violemment.
Le canot se retourna sur le côté et s’emplit d’eau.
Le quartier-maître qui le commandait fut tout d’abord frappé à la gorge d’une pique grossièrement aiguisée.
Il tomba à la mer. De ses six compagnons, quatre furent tués; les deux autres et le quartier-maître, nageant vers les navires, purent être recueillis et sauvés.
Après ce funeste événement, Tasman appareilla, bornant sa vengeance à cingler les naturels de quelques coups de mousquet qui ne les atteignirent probablement pas. Il quitta cette baie à laquelle est resté le nom de baie du massacre, remonta la côte occidentale, et, le 5 janvier, il mouilla près de la pointe du nord. En cet endroit, non seulement la violence du ressac, mais les mauvaises dispositions des sauvages, l’empêchèrent de faire de l’eau, et il quitta définitivement ces terres auxquelles il donna le nom de Staten-Land, c’est-à-dire Terre Des états, en l’honneur des états généraux.
En effet, le navigateur hollandais s’imaginait qu’elles confinaient aux îles du même nom découvertes à l’est de la Terre de Feu, à la pointe méridionale de l’Amérique. Il croyait avoir trouvé «le grand continent du sud.»
«Mais, se disait Paganel, ce qu’un marin du dix-septième siècle a pu nommer «continent», un marin du dix-neuvième n’a pu l’appeler ainsi! Pareille erreur n’est pas admissible! Non! Il y a quelque chose qui m’échappe!»
Pendant plus d’un siècle, la découverte de Tasman fut oubliée, et la Nouvelle-Zélande ne semblait plus exister, quand un navigateur français, Surville, en prit connaissance par 35° 37’ de latitude. D’abord il n’eut pas à se plaindre des indigènes; mais les vents l’assaillirent avec une violence extrême, et une tempête se déclara pendant laquelle la chaloupe qui portait les malades de l’expédition fut jetée sur le rivage de la baie du refuge. Là, un chef nommé Nagui-Nouï reçut parfaitement les français et les traita dans sa propre case. Tout alla bien jusqu’au moment où un canot de Surville fut volé.
Surville réclama vainement, et crut devoir punir de ce vol un village qu’il incendia tout entier.
Terrible et injuste vengeance, qui ne fut pas étrangère aux sanglantes représailles dont la Nouvelle-Zélande allait être le théâtre.
Le 6 octobre 1769, parut sur ces côtes l’illustre Cook. Il mouilla dans la baie de Taoué-Roa avec son navire l’Endeavour, et chercha à se rallier les naturels par de bons traitements. Mais, pour bien traiter les gens, il faut commencer par les prendre. Cook n’hésita pas à faire deux ou trois prisonniers et à leur imposer ses bienfaits par la force. Ceux-ci, comblés de présents et de caresses, furent ensuite renvoyés à terre. Bientôt, plusieurs naturels, séduits par leurs récits, vinrent à bord volontairement et firent des échanges avec les européens. Quelques jours après, Cook se dirigea vers la baie Hawkes, vaste échancrure creusée dans la côte est de l’île septentrionale. Il se trouva là en présence d’indigènes belliqueux, criards, provocateurs. Leurs démonstrations allèrent même si loin qu’il devint nécessaire de les calmer par un coup de mitraille.
Le 20 octobre, l’Endeavour mouilla sur la baie de Toko-Malou, où vivait une population pacifique de deux cents âmes. Les botanistes du bord firent dans le pays de fructueuses explorations, et les naturels les transportèrent au rivage avec leurs propres pirogues. Cook visita deux villages défendus par des palissades, des parapets et de doubles fossés, qui annonçaient de sérieuses connaissances en castramétation. Le plus important de ces forts était situé sur un rocher dont les grandes marées faisaient une île véritable; mieux qu’une île même, car non seulement les eaux l’entouraient, mais elles mugissaient à travers une arche naturelle, haute de soixante pieds, sur laquelle reposait ce «pâh» inaccessible. Le 31 mars, Cook, après avoir fait pendant cinq mois une ample moisson d’objets curieux, de plantes indigènes, de documents ethnographiques et ethnologiques, donna son nom au détroit qui sépare les deux îles, et quitta la Nouvelle-Zélande. Il devait la retrouver dans ses voyages ultérieurs.