Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
Pendant les dernières heures de cette journée, Glenarvan voulut retourner à ce point du rivage coupé par le trente-septième parallèle. Deux motifs l’y poussaient.
Il désirait visiter encore une fois cet endroit présumé du naufrage. En effet, Ayrton était certainement le quartier-maître du Britannia, et le Britannia pouvait s’être réellement perdu sur cette partie de la côte australienne; sur la côte est à défaut de la côte ouest. Il ne fallait donc pas abandonner légèrement un point que l’on ne devait plus revoir.
Et puis, à défaut du Britannia, le Duncan, du moins, était tombé là entre les mains des convicts. Peut-être y avait-il eu combat! Pourquoi ne trouverait-on pas sur le rivage les traces d’une lutte, d’une suprême résistance? Si l’équipage avait péri dans les flots, les flots n’auraient-ils pas rejeté quelques cadavres à la côte?
Glenarvan, accompagné de son fidèle John, opéra cette reconnaissance. Le maître de l’hôtel Victoria mit deux chevaux à leur disposition, et ils reprirent cette route du nord qui contourne la baie Twofold.
Ce fut une triste exploration. Glenarvan et le capitaine John chevauchaient sans parler.
Mais ils se comprenaient. Mêmes pensées, et, partant, mêmes angoisses torturaient leur esprit. Ils regardaient les rocs rongés par la mer. Ils n’avaient besoin ni de s’interroger ni de se répondre.
On peut s’en rapporter au zèle et à l’intelligence de John pour affirmer que chaque point du rivage fut scrupuleusement exploré, les moindres criques examinées avec soin comme les plages déclives et les plateaux sableux où les marées du Pacifique, médiocres cependant, auraient pu jeter une épave.
Mais aucun indice ne fut relevé, de nature à provoquer en ces parages de nouvelles recherches.
La trace du naufrage échappait encore.
Quant au Duncan, rien non plus. Toute cette portion de l’Australie, riveraine de l’océan, était déserte.
Toutefois, John Mangles découvrit sur la lisière du rivage des traces évidentes de campement, des restes de feux récemment allumés sous des myalls isolés. Une tribu nomade de naturels avait-elle donc passé là depuis quelques jours? Non, car un indice frappa les yeux de Glenarvan et lui démontra d’une incontestable façon que des convicts avaient fréquenté cette partie de la côte.
Cet indice, c’était une vareuse grise et jaune, usée, rapiécée, un haillon sinistre abandonné au pied d’un arbre. Elle portait le numéro matricule du pénitentiaire de Perth. Le forçat n’était plus là, mais sa défroque sordide répondait pour lui.
Cette livrée du crime, après avoir vêtu quelque misérable, achevait de pourrir sur ce rivage désert.
«Tu vois, John! dit Glenarvan, les convicts sont arrivés jusqu’ici! Et nos pauvres camarades du Duncan?…
– Oui! répondit John d’une voix sourde, il est certain qu’ils n’ont pas été débarqués, qu’ils ont péri…
– Les misérables! s’écria Glenarvan. S’ils tombent jamais entre mes mains, je vengerai mon équipage!…»
La douleur avait durci les traits de Glenarvan.
Pendant quelques minutes, le lord regarda l’immensité des flots, cherchant peut-être d’un dernier regard quelque navire perdu dans l’espace. Puis ses yeux s’éteignirent, il redevint lui-même, et, sans ajouter un mot ni faire un geste, il reprit la route d’Eden au galop de son cheval.
Une seule formalité restait à remplir, la déclaration au constable des événements qui venaient de s’accomplir. Elle fut faite le soir même à Thomas Banks. Ce magistrat put à peine dissimuler sa satisfaction en libellant son procès-verbal. Il était tout simplement ravi du départ de Ben Joyce et de sa bande. La ville entière partagea son contentement. Les convicts venaient de quitter l’Australie, grâce à un nouveau crime, il est vrai, mais enfin ils étaient partis. Cette importante nouvelle fut immédiatement télégraphiée aux autorités de Melbourne et de Sydney.
Sa déclaration achevée, Glenarvan revint à l’hôtel Victoria.
Les voyageurs passèrent fort tristement cette dernière soirée. Leurs pensées erraient sur cette terre féconde en malheurs. Ils se rappelaient tant d’espérances si légitimement conçues au cap Bernouilli, si cruellement brisées à la baie Twofold!
Paganel, lui, était en proie à une agitation fébrile. John Mangles, qui l’observait depuis l’incident de la Snowy-River, sentait que le géographe voulait et ne voulait pas parler. Maintes fois il l’avait pressé de questions auxquelles l’autre n’avait pas répondu.
Cependant, ce soir-là, John, le reconduisant à sa chambre, lui demanda pourquoi il était si nerveux.
«Mon ami John, répondit évasivement Paganel, je ne suis pas plus nerveux que d’habitude.
– Monsieur Paganel, reprit John, vous avez un secret qui vous étouffe!
– Eh bien! Que voulez-vous, s’écria le géographe gesticulant, c’est plus fort que moi!
– Qu’est-ce qui est plus fort que vous?
– Ma joie d’un côté, mon désespoir de l’autre.
– Vous êtes joyeux et désespéré à la fois?
– Oui, joyeux et désespéré d’aller visiter la Nouvelle-Zélande.
– Est-ce que vous auriez quelque indice? demanda vivement John Mangles. Est-ce que vous avez repris la piste perdue?
– Non, ami John! on ne revient pas de la Nouvelle-Zélande! mais, cependant… Enfin, vous connaissez la nature humaine! Il suffit qu’on respire pour espérer! Et ma devise, c’est «spiro, spero,» qui vaut les plus belles devises du monde!»
Chapitre II Le passé du pays où l’on va
Le lendemain, 27 janvier, les passagers du Macquarie étaient installés à bord dans l’étroit roufle du brick. Will Halley n’avait point offert sa cabine aux voyageuses. Politesse peu regrettable, car la tanière était digne de l’ours.
À midi et demi, on appareilla avec le jusant. L’ancre vint à pic et fut péniblement arrachée du fond. Il ventait du sud-ouest une brise modérée. Les voiles furent larguées peu à peu. Les cinq hommes du bord manœuvraient lentement. Wilson voulut aider l’équipage. Mais Halley le pria de se tenir tranquille et de ne point se mêler de ce qui ne le regardait pas. Il avait l’habitude de se tirer tout seul d’affaire et ne demandait ni aide ni conseils.
Ceci était à l’adresse de John Mangles, que la gaucherie de certaines manœuvres faisait sourire.
John le tint pour dit, se réservant d’intervenir, de fait sinon de droit, au cas où la maladresse de l’équipage compromettrait la sûreté du navire.
Cependant, avec le temps et les bras des cinq matelots stimulés par les jurons du master, la voilure fut établie. Le Macquarie courut grand largue, bâbord amure, sous ses basses voiles, ses huniers, ses perroquets, sa brigantine et ses focs.