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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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Alors, il tira son épée, et dans cette seconde pareille au dernier spasme d’une agonie d’amour, ses yeux chargés de passion se rivèrent aux yeux de Violetta, et il balbutia:

– Mourons ensemble, ma chère âme…

Aussitôt il se rua, fonça droit devant lui, tenant toujours Violetta par la main, avec l’espérance insensée de pouvoir traverser ce cercle d’acier, et fuir… fuir!… Dans cet instant même, dix bras s’abattirent sur lui, dix autres sur Violetta; il eut la sensation qu’on lui arrachait la chair de sa chair et poussa un grand cri lugubre auquel répondit le cri désespéré de Violetta… De son épée, Charles frappait à coups terribles et hurlait:

– Attends-moi, chère âme!… Je suis à toi!…

L’épée se brisa; du tronçon il continua à frapper; autour de lui le sang giclait, des hommes tombaient; le tronçon d’épée lui fut arraché… plus loin, bien loin, il entendit encore le cri de Violetta, comme un appel. Des ongles, des dents, Charles, ensanglanté, déchiré, continua l’effroyable lutte. Cela dura une minute encore… et alors, il tomba sur ses genoux; sept, dix, quinze hommes se ruèrent sur lui… et il se sentit lié, soulevé, emporté hors de l’église et jeté dans un carrosse qui s’ébranla aussitôt…

Dans ce carrosse aux mantelets fermés, prison roulante qui le conduisait vers une autre prison, Charles demeura immobile, frappé de cette stupeur si voisine de la mort, qu’on remarque chez les condamnés. Il n’avait plus de pensée. La vie était suspendue.

Moins de trois minutes plus tard, le carrosse roula sur un pont-levis, puis sous une voûte, puis s’arrêta:

Le duc d’Angoulême était à la Bastille.

* * * * *

Dans l’église Saint-Paul, une scène atroce déroulait à ce moment ses péripéties qui confinaient d’une part à toute la douleur humaine, et de l’autre à la fantasmagorie d’un rêve.

En effet, Violetta arrachée des bras de Charles avait été entraînée jusqu’au pied de l’autel. Là, avons-nous dit, se trouvaient trois hommes; deux d’entre eux nous sont connus; c’étaient Maineville et Bussi-Leclerc. Le troisième se démasqua au moment où la jeune fille apparut près de lui, à demi-morte de désespoir et se soutenant à peine. Celui-là, c’était Maurevert.

Violetta jeta autour d’elle des yeux hagards. Et ce fut à ce moment que Maurevert saisit sa main et prononça:

– Merci, ma bien-aimée; merci, ma belle fiancée, d’être venue à l’heure. Tout est prêt pour notre mariage, et voici le prêtre qui va nous unir…

– Nous unir! balbutia Violetta. Vous!… Qui êtes-vous?… Oh! messieurs, messieurs! par grâce! dites-moi ce qu’on a fait de mon seigneur?…

– Violetta! dit Maurevert d’une voix ardente, quelle étrange folie vous saisit! Regardez-moi! Ne me reconnaissez-vous pas? Je suis votre fiancé! Je suis celui que tu aimes et qui t’aime!…

– Horreur! Oh! mais je deviens folle! folle comme la bohémienne au masque rouge!… Charles! Mon bien-aimé! À moi!… Oh! ils l’ont tué, puisqu’il ne répond pas!… Charles! Charles! mourons ensemble!…

Son bras se leva pour se frapper avec cette dague qu’elle avait prise aux mains de son fiancé; mais alors elle s’aperçut que l’arme lui avait été arrachée; sa main crispée retomba sur son front qu’elle étreignit; ses pensées entraînées dans un tourbillon de folie ne lui présentèrent plus que des images imprécises, et elle tomba sur ses deux genoux. Maurevert s’agenouilla près d’elle…

Alors le prêtre se tourna vers eux, prononçant les paroles sacramentelles, et ouvrant les bras pour une bénédiction… Et ce prêtre, Violetta en levant la tête dans un mouvement de spasme, ce prêtre, elle le vit… Et c’était un tout jeune prêtre aux yeux noirs qui brillaient avec des feux de diamants funèbres, et ce visage, il lui sembla qu’elle l’avait entrevu une fois…

Où? Mais où avait-elle vu cette figure qui achevait de détraquer son cerveau, cette vision d’épouvante, ce spectre sans pitié!… Le prêtre murmurait les formules… Et cette voix! oh! cette voix! Elle l’avait entendue! Mais quand? Dans quel abominable cauchemar!…

Et soudain, dans une fulgurante éclaircie, elle revit la terrible scène où elle avait retrouvé maître Claude, le soir où Belgodère l’avait entraînée dans une mystérieuse maison de la Cité, où on lui avait jeté un sac noir sur la tête, où elle s’était évanouie, où, en se réveillant, elle avait vu penché sur elle le visage de celui qu’elle appelait son père! Et Claude l’avait prise dans ses bras pour l’emporter!… Et les hommes armés d’arquebuses étaient entrés!… Et avec eux, une femme! Une femme sur qui ses yeux mourants ne s’étaient fixés qu’un instant! Une femme dont, pourtant, les traits de marbre demeuraient gravés dans son imagination!…

Ce prêtre, c’était elle!… C’était cette femme!… C’était Fausta qui célébrait le mariage de Maurevert et de Violetta!…

Une inexprimable horreur se glissa dans les veines de la jeune fille. Elle voulut se lever, et retomba lourdement sur ses genoux. Elle voulut arracher sa main à Maurevert, et elle sentit que cette main devenait inerte, sans forces. Elle voulut, dans un cri d’agonie, traduire le désespoir insensé qui la submergeait; et elle ne poussa qu’un soupir si faible, si douloureux, qu’il était peut-être le soupir d’une mourante…

Dans ce moment, elle perdit connaissance… Dans ce moment aussi le prêtre, étendant les bras, disait d’une voix grave:

– Allez. Au nom du Dieu vivant, pour jamais, vous êtes unis!…

XLII COMMENT L’HERCULE CROASSE ET LE CHIEN PIPEAU LIÈRENT CONNAISSANCE

On a vu que le chevalier de Pardaillan, attiré par le bruit exorbitant qui se faisait dans sa chambre, y était entré à temps pour assister au combat de Croasse avec une horloge. Pardaillan demeura d’abord stupéfait. Puis, malgré ses blessures, malgré le péril de la situation, il partit d’un grand éclat de rire, tandis qu’en dehors les vociférations de la foule augmentaient d’intensité de minute en minute. Croasse regarda cet intrus et, reconnaissant le chevalier, prononça:

– C’est fait!… Ouf! quelle bataille!

Et comme Pardaillan continuait à rire, Croasse se mit à rire, d’un rire qui fit trembler les vitres.

– Que diable fais-tu là? demanda le chevalier, à la fin.

– Comment! ce que je fais là? Mais nous nous sommes battus, il me semble! À telles enseignes que vous en êtes tout déchiré et tout plein de sang!… Ah! monseigneur, avouez que si je n’avais été là, vous succombiez sous le nombre!

«Est-ce qu’il serait devenu fou de peur?» songea Pardaillan.

Non! Croasse n’était pas fou. Du moins, il ne l’était plus. Il y avait assurément de la folie dans cette imagination qui, surexcitée, exorbitée par la terreur, lui faisait voir des ennemis acharnés contre lui, là où il n’y avait que des meubles. Mais en présence de Pardaillan, Croasse se rassurait. Et du moment qu’il se rassurait, cette folie spéciale et passagère s’évanouissait. Seulement Croasse demeurait persuadé, de très bonne foi, qu’il avait combattu d’innombrables ennemis dans cette chambre, comme dans la chapelle Saint-Roch, comme sur les pentes de Montmartre.

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