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L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]

Электронная книга - «L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]». Краткое содержание книги:

Au XXVIe siècle de notre ère… Dan Sylveste est le seul homme qui soit jamais revenu sain et sauf d’un Voile, une enclave de l’espace environnée de forces gravifiques mortelles. Obéissant à une intuition, il lance une mission d’exploration vers un monde mort : Resurgam.
La découverte d’une fabuleuse cité enfouie suscite plus de questions qu’elle n’en résout : Sylveste, qui est archéologue, déchiffre l’histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Evénement avait provoqué l’anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l’avaient anticipé… Et s’ils l’avaient eux-mêmes provoqué ?
C’est alors que l’équipage d’un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l’Infini, vient chercher Sylveste, dans l’espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses. Mais les membres de l’équipage du Spleen de l’Infini ont chacun des intentions cachées...
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Il ne fallait pas qu’il en arrive là, se dit-elle.

Dès qu’elle se sentirait mieux, il faudrait qu’elle remmène Khouri dans la chambre-araignée, où elles pourraient parler plus librement. En attendant, à quoi bon ruminer des choses sur lesquelles elle n’avait aucun pouvoir ?

— Que s’est-il passé après ? demanda-t-elle.

— Après que Sudjic eut morflé ? Tout s’est poursuivi conformément au plan, croyez-moi ou non. Nous avons ramené Sylveste à bord, et nous n’avons pas été blessés, ni Sajaki ni moi.

Elle pensa à Sylveste qui était quelque part dans le bâtiment, en ce moment précis.

— Alors Sajaki a eu ce qu’il voulait.

— Non, répondit Khouri, sur la réserve. C’est ce qu’il croit, mais la vérité est un peu différente.

Elle passa l’heure suivante à raconter à Volyova tout ce qui s’était passé depuis que Sylveste était arrivé à bord du gobe-lumen. Autant de choses qui étaient de notoriété publique. Rien dont Sajaki pourrait trouver bizarre qu’elle lui parle. Ensuite, Volyova se rappela que Khouri lui racontait les choses comme elle les percevait à travers son filtre personnel, et que sa perception des faits n’était pas forcément complète, ni même fiable. Certaines nuances de la politique de bord lui échappaient probablement. Comme elles auraient probablement échappé à quiconque n’aurait pas été à bord depuis des années. Mais, en fin de compte, il paraissait peu vraisemblable qu’une grande partie de la vérité n’ait pas été relatée, que Khouri la connaisse ou non. Et ce que Volyova avait entendu n’était pas bon ; pas bon du tout.

— Vous pensez qu’il a menti ? demanda Khouri.

— À propos de la poussière de feu ? fit Volyova en tentant une approximation de haussement d’épaule. C’est possible, évidemment. D’accord, Remilliod a vendu de la poussière de feu à la colonie, nous en avons eu la preuve. Mais ce n’est pas un jeu d’enfant à manipuler. Et ils n’auraient pas eu beaucoup de temps pour la lui implanter dans les yeux, en supposant qu’ils aient attendu la destruction de Phoenix, ce qui paraît probable. D’un autre côté… je ne me hasarderais pas à supposer qu’il ment. Aucun balayage à distance ne pourrait détecter la poussière de feu sans risquer de la déclencher… de sorte que Sajaki est doublement coincé. Il ne peut pas partir du principe que Sylveste ment ; il est obligé de prendre ses paroles pour argent comptant, sinon, ce serait courir un trop gros risque. Au moins, comme ça, le risque est quantifiable, ne serait-ce que marginalement.

— Vous considérez Sylveste comme un risque quantifié ?

Volyova réfléchit à sa question avec un petit claquement de langue. De sa vie elle ne s’était trouvée confrontée à quelque chose de potentiellement non humain ; quelque chose d’aussi éloigné de tout ce qu’elle connaissait. Elle allait sûrement en apprendre très long. En retirer bien des informations. Sylveste n’avait même pas besoin de brandir cette menace…

— Il n’aurait pas dû nous offrir un appât aussi tentant, dit-elle. Vous savez, cette étoile neutronique m’intrigue depuis que nous sommes entrés dans le système. J’ai trouvé quelque chose lorsque nous étions en approche : une source de neutrinos faible. On dirait qu’elle tourne autour de la planète, qui orbite elle-même autour de l’étoile neutronique.

— Qu’est-ce qui pourrait produire ces neutrinos ?

— Bien des choses, mais à ce niveau d’énergie, je ne vois que des machines. Des machines très avancées.

— Abandonnées là par les Amarantins ?

C’était exactement ce qu’elle pensait, mais elle n’avait pas de raison d’exprimer aussi platement ses désirs.

— C’est une possibilité, non ? fit Volyova avec un sourire crispé. Enfin, on verra bien quand on y sera.

Les neutrinos sont des particules élémentaires ; des leptons de demi-spin. Il y en a de trois sortes, ou saveurs : l’électron, et les neutrinos mu ou tau, selon les réactions nucléaires qui leur ont donné naissance. Mais comme ils ont une masse – comme ils se déplacent à une vitesse sensiblement inférieure à celle de la lumière – les neutrinos oscillent entre différentes saveurs au cours de leur trajectoire. Le temps que les capteurs du bâtiment interceptent ces neutrinos, ils constituaient un mélange difficile à démêler des trois états de saveur possibles. Mais au fur et à mesure que la distance qui les séparait de l’étoile neutronique décroissait – et avec la distance, le temps dont les neutrinos disposaient pour s’éloigner en oscillant de leur état de création – le mélange de saveurs était de plus en plus dominé par un unique type de neutrino. Le spectre d’énergie devenait aussi plus facile à lire, de même que les variations de puissance de la source en fonction du temps étaient maintenant beaucoup plus simples à suivre et à interpréter. Le temps que la distance entre le vaisseau et l’étoile neutronique se soit réduite à un cinquième d’UA – une vingtaine de millions de kilomètres –, Volyova s’était fait une idée beaucoup plus claire de ce qui provoquait le flux régulier de particules, dominé par les plus lourds dans la hiérarchie de masse supposée des neutrinos : les tau-neutrinos.

Et ce qu’elle avait découvert la troublait profondément.

Mais elle décida d’attendre qu’ils soient plus près pour annoncer ses angoisses au reste de l’équipage. Ils étaient toujours sous l’emprise de Sylveste, or il paraissait peu vraisemblable que ses craintes le dissuadent de suivre son idée.

Khouri commençait à avoir l’habitude de mourir.

L’un des aspects agaçants des simulations de Volyova était cette sale habitude qu’elles avaient de dépasser régulièrement le stade où tout observateur réel aurait été tué, ou du moins si gravement amoché qu’il n’aurait jamais pu assister aux événements consécutifs, et encore bien moins les influencer. Comme cette fois. Quelque chose était parti de Cerbère – une arme non spécifiée, dotée d’un pouvoir de destruction arbitraire et capable d’anéantir d’une pichenette le gobe-lumen tout entier. Rien n’aurait pu survivre à une pareille attaque, mais la conscience désincarnée de Khouri était encore obstinément présente et regardait les éclats déchiquetés dériver paresseusement dans un halo rosé constitué de ses propres tripes ionisées. Elle supposa que c’était la façon qu’avait Volyova de vous faire entrer une leçon dans le crâne.

— Vous n’avez jamais entendu parler du moral des troupes ? avait demandé Khouri.

— Si, j’en ai entendu parler. Mais je ne suis pas d’accord. Vous préférez être heureuse et morte, ou épouvantée et vivante ?

— Mais je n’arrête pas de mourir ! Pourquoi êtes-vous tellement convaincue que nous allons nous attirer des ennuis en arrivant là-bas ?

— Je me contente de supposer le pire, avait répondu Volyova.

Réponse déprimante s’il en fut.

Le lendemain, Volyova se sentait assez bien pour parler avec Sylveste et sa femme. Lorsqu’ils entrèrent dans l’infirmerie, elle était assise dans son lit, un compad posé sur les cuisses, et elle faisait défiler une pléthore de scénarios guerriers à tester sur Khouri. Elle ferma précipitamment l’application et la remplaça par quelque chose de moins inquiétant, bien qu’elle doutât que Sylveste eût compris grand-chose au cryptage de ses simulations. Même pour elle, ces graffiti ressemblaient parfois à un langage secret qu’elle n’aurait qu’imparfaitement maîtrisé.

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