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L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]

Электронная книга - «L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]». Краткое содержание книги:

Au XXVIe siècle de notre ère… Dan Sylveste est le seul homme qui soit jamais revenu sain et sauf d’un Voile, une enclave de l’espace environnée de forces gravifiques mortelles. Obéissant à une intuition, il lance une mission d’exploration vers un monde mort : Resurgam.
La découverte d’une fabuleuse cité enfouie suscite plus de questions qu’elle n’en résout : Sylveste, qui est archéologue, déchiffre l’histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Evénement avait provoqué l’anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l’avaient anticipé… Et s’ils l’avaient eux-mêmes provoqué ?
C’est alors que l’équipage d’un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l’Infini, vient chercher Sylveste, dans l’espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses. Mais les membres de l’équipage du Spleen de l’Infini ont chacun des intentions cachées...
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— Mais comment pourrait-il y avoir quelque chose ? Les artefacts technologiques ont, structurellement, une durée de vie inférieure à celle des objets plus primitifs. La poterie reste. Les microcircuits tombent en poussière. Et puis, il a fallu une technologie comparable à la nôtre pour enfouir la cité sous l’obélisque. S’ils étaient capables de faire une chose pareille, on ne voit pas pourquoi ils n’auraient pas pu atteindre les limites de leur système solaire, et peut-être même voyager dans l’espace interstellaire.

— Vous ne croyez tout de même pas que les Amarantins avaient atteint d’autres systèmes ?

— Eh bien, je ne l’exclus pas.

Sajaki eut un sourire.

— Alors, où sont-ils passés ? Je peux accepter qu’une civilisation technologique ait disparu sans laisser de trace, mais pas une civilisation qui aurait colonisé divers mondes. Elle aurait laissé des traces derrière elle.

— Elle l’a peut-être fait.

— Le monde qui tourne autour de l’étoile neutronique ? Vous croyez que c’est là que vous trouverez les réponses à vos questions ?

— Si je le savais, je n’aurais pas besoin d’y aller. Tout ce que je vous demande c’est de me le laisser découvrir, et donc de m’y emmener. (Sylveste posa son menton sur ses doigts en clocher.) Vous me rapprocherez autant que possible de la planète, tout en assurant ma sécurité. Si ça implique de mettre à ma disposition les moyens les plus monstrueux dont dispose ce bâtiment, eh bien, ainsi soit-il.

Hegazi avait l’air à la fois fasciné et un peu inquiet.

— Vous croyez qu’il se pourrait que nous trouvions quelque chose, là-bas ? Une chose contre laquelle cet armement nous serait utile ?

— Il n’y a pas de mal à prendre des précautions, hein ?

Sajaki se tourna vers son collègue, et pendant un instant, ce fut comme s’ils étaient seuls tous les deux, et quelque chose passa entre eux, peut-être au niveau de la pensée machine. Et lorsqu’ils reprirent la parole, Sylveste eut l’impression qu’ils se contentaient de traduire leur conversation à haute voix.

— Ce qu’il a dit, à propos de ce qu’ils lui auraient mis dans les yeux… c’est possible ? Je veux dire, connaissant le niveau technologique de Resurgam, auraient-ils pu lui implanter une chose pareille pendant le temps que nous leur avons laissé ?

Hegazi prit son temps avant de répondre :

— Je crois, Yuuji-san, que nous avons intérêt à envisager sérieusement cette possibilité.

Volyova reprit plus ou moins conscience dans la salle de réveil de l’infirmerie du bord. On n’eut pas besoin de lui dire qu’elle était restée inconsciente pendant plus de quelques heures. Elle n’en voulait pour preuve que son état mental, ce sentiment d’avoir rêvé, et profondément, pendant des siècles. Ses blessures, sa récupération, n’avaient pas été peu de chose. Il arrivait qu’on ait l’impression d’avoir dormi une vie entière alors qu’on n’avait fait qu’un somme. Mais pas cette fois. Elle avait fait de longs rêves saturés d’événements, telles les plus boursouflées des fables pré-technologiques. Il lui semblait qu’elle avait revécu des pans entiers, poussiéreux, de ses propres errances, d’où la mort était exclue.

Et pourtant, elle ne s’en rappelait pas grand-chose. Elle était à bord du bâtiment, d’accord, et puis elle avait été ailleurs, mais où ? Ce n’était pas encore très clair. Elle savait seulement qu’il s’était passé quelque chose de terrible. Elle ne se souvenait vraiment que du bruit et de la fureur, mais que voulaient-ils dire ? Où était-elle ?

Vaguement – avec méfiance, au départ, parce que ça pouvait n’être qu’un fragment isolé du rêve – elle se rappela : Resurgam. Et puis, lentement, les événements lui revinrent, pas comme une vague qui aurait tout bouleversé sur son passage, ni même comme un glissement de terrain, mais comme un lent déplacement visqueux : comme si le passé libérait ses boyaux. Ils n’avaient même pas la décence de revenir dans un semblant d’ordre chronologique. Mais lorsqu’elle les organisait de façon à peu près satisfaisante, elle se rappelait les ultimatums, lancés – chose assez étrange – de sa voix, depuis l’espace, vers le monde autour duquel elle orbitait. Et puis l’attente dans la tempête, l’impression de chaleur horrible, le froid tout aussi horrible dans son estomac, et Sudjic, penchée sur elle, qui lui faisait tout ce mal.

La porte de la pièce s’ouvrit ; Anna Khouri entra, seule.

— Vous êtes réveillée, dit-elle. C’est bien ce que je pensais. J’ai demandé au système de m’avertir quand votre activité neurale atteindrait le niveau correspondant à une pensée consciente. Contente de vous voir de retour parmi nous, Ilia ! Nous aurons bien besoin de votre santé mentale, par ici.

— Combien de temps… commença Volyova, avant d’avaler la fin de sa phrase.

Ses paroles lui paraissaient entrecoupées, pâteuses – mais elle recommença :

— Combien de temps suis-je restée là ? Et où sommes-nous maintenant ?

— Dix jours depuis l’agression, Ilia. Et nous sommes… enfin, j’y reviendrai. C’est une longue histoire. Comment vous sentez-vous ?

— J’ai connu pire. (Elle se demanda pourquoi elle avait dit cela, parce qu’elle ne se souvenait pas de s’être jamais sentie aussi mal. Enfin, ça paraissait être ce qu’on dit dans ce genre de situation.) Quelle agression ?

— Vous ne vous souvenez pas de grand-chose, hein ?

— Je viens de vous poser la question, Khouri.

La salle extruda un gros fauteuil, près du lit de Volyova, et Khouri s’assit.

— Sudjic, dit-elle. Elle a essayé de vous tuer quand nous étions sur Resurgam. Vous ne vous rappelez pas ?

— Pas vraiment.

— Nous étions descendus chercher Sylveste.

Volyova resta un instant silencieuse. Ce nom éveillait dans sa tête un étrange écho métallique, comme un scalpel tombant par terre.

— Sylveste, oui. Je me souviens que nous devions le récupérer. Alors, ça a marché ? Sajaki a eu ce qu’il voulait ?

— Oui et non, répondit Khouri après réflexion.

— Et Sudjic ?

— Elle voulait vous tuer à cause de Nagorny.

— Ce qui aurait fait des mécontents, j’imagine.

— Je pense qu’elle aurait trouvé un prétexte, quoi qu’il arrive. Elle pensait que j’allais faire cause commune avec elle.

— Et… ?

— Alors je l’ai tuée.

— Laissez-moi deviner ? Vous m’avez sauvé la vie, alors ? (Pour la première fois, Volyova souleva la tête de l’oreiller. Elle avait l’impression qu’elle était retenue au lit par des tendeurs.) Ça devient une habitude. Mais s’il y a eu encore un décès… Vous pouvez vous attendre à ce que Sajaki se mette à poser des questions.

C’était tout ce qu’elle se risquerait à dire pour le moment. Cette mise en garde était exactement celle qu’un officier supérieur aurait lancée à un sous-fifre ; elle ne sous-entendait pas forcément – au cas où quelqu’un aurait surpris leurs paroles – que Volyova en savait plus long sur Khouri que les autres membres du Triumvirat.

Mais l’avertissement n’en était pas moins sincère. Une première mort dans la chambre d’entraînement… puis une autre sur Resurgam. Khouri n’avait pas vraiment provoqué les événements, ni dans un cas ni dans l’autre, mais le fait qu’elle se soit trouvée là, les deux fois, suffisait à troubler Volyova, et ferait sûrement réfléchir Sajaki. Il ne pouvait faire moins que de lui poser certaines questions ; et dans le champ des possibles, il y avait l’éventualité de la torture… peut-être même d’un scrapping mental, toujours risqué. À l’issue duquel – en espérant qu’il ne grillerait pas la mémoire de Khouri dans le processus – il apprendrait peut-être qu’elle était une espionne infiltrée à bord pour se renseigner sur la cache d’armes. Sa prochaine question serait alors presque certainement : Volyova était-elle au courant, et jusqu’à quel point ? Et s’il jugeait bon de soumettre Volyova à la même torture mentale…

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