Cyrano de Bergerac
- Автор: Rostand Edmond
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:
RAGUENEAU, profitant de ce qu'elle tourne le dos, rappelle les enfants déjà à la porte.
Pst !.. Petits !.. Rendez-moi le sonnet à Philis,
Au lieu de trois pâtés je vous en donne six.
(Les enfants lui rendent le sac, prennent vivement les gâteaux et sortent. Ragueneau, défripant le papier, se met à lire en déclamant).
« Philis !.. » Sur ce doux nom, une tache de beurre !..
« Philis !.. »
(Cyrano entre brusquement).
Scène III
Ragueneau, Lise, Cyrano, puis le mousquetaire.
CYRANO.
Quelle heure est-il ?
RAGUENEAU, le saluant avec empressement.
Six heures.
CYRANO, avec émotion.
Dans une heure !
(Il va et vient dans la boutique).
RAGUENEAU, le suivant.
Bravo ! J'ai vu...
CYRANO.
Quoi donc !
RAGUENEAU.
Votre combat !..
CYRANO.
Lequel ?
RAGUENEAU.
Celui de l'hôtel de Bourgogne !
CYRANO, avec dédain.
Ah !.. Le duel !..
RAGUENEAU, admiratif.
Oui, le duel en vers !..
LISE.
Il en a plein la bouche !
CYRANO.
Allons ! tant mieux !
RAGUENEAU, se fendant avec une broche qu'il a saisi.
« À la fin de l'envoi, je touche !..
À la fin de l'envoi, je touche !.. » Que c'est beau !
(Avec un enthousiasme croissant).
« À la fin de l'envoi... »
CYRANO.
Quelle heure, Ragueneau ?
RAGUENEAU, restant fendu pour regarder l'horloge.
Six heures cinq !.. « ... je touche ! »
(Il se relève).
... Oh ! faire une ballade !
LISE, à Cyrano, qui en passant devant son comptoir lui a serré distraitement la main.
Qu'avez-vous à la main ?
CYRANO.
Rien. Une estafilade.
RAGUENEAU.
Courûtes-vous quelque péril ?
CYRANO.
Aucun péril.
LISE, le menaçant du doigt.
Je crois que vous mentez !
CYRANO.
Mon nez remuerait-il ?
Il faudrait que ce fût pour un mensonge énorme !
(Changeant de ton).
J'attends ici quelqu'un. Si ce n'est pas sous l'orme,
Vous nous laisserez seuls.
RAGUENEAU.
C'est que je ne peux pas ;
Mes rimeurs vont venir...
LISE, ironique.
Pour leur premier repas.
CYRANO.
Tu les éloigneras quand je te ferai signe...
L'heure ?
RAGUENEAU.
Six heures dix.
CYRANO, s'asseyant nerveusement à la table de Ragueneau et prenant du papier.
Une plume ?..
RAGUENEAU, lui offrant celle qu'il a à son oreille.
De cygne.
UN MOUSQUETAIRE, superbement moustachu, entre et d'une voix de stentor.
Salut !
(Lise remonte vivement vers lui).
CYRANO, se retournant.
Qu'est-ce ?
RAGUENEAU.
Un ami de ma femme. Un guerrier
Terrible, - à ce qu'il dit !..
CYRANO, reprenant la plume et éloignant du geste Ragueneau.
Chut !..
Écrire, - plier, -
(À lui-même).
Lui donner, - me sauver...
(Jetant la plume).
Lâche !.. Mais que je meure,
Si j'ose lui parler, lui dire un seul mot...
(À Ragueneau).
L'heure ?
RAGUENEAU.
Six et quart !..
CYRANO, frappant sa poitrine.
... un seul mot de tous ceux que j'ai là !
Tandis qu'en écrivant...
(Il reprend la plume).
Eh bien ! écrivons-la,
Cette lettre d'amour qu'en moi-même j'ai faite
Et refaite cent fois, de sorte qu'elle est prête,
Et que mettant mon âme à côté du papier,
Je n'ai tout simplement qu'à la recopier.
(Il écrit. - Derrière le vitrage de la porte on voit s'agiter des silhouettes maigres et hésitantes).
Scène IV
Ragueneau, Lise, le mousquetaire, Cyrano, à la petite table, écrivant, les poètes, vêtus de noir, les bas tombants, couverts de boue.
LISE, entrant, à Ragueneau.
Les voici vos crottés !
PREMIER POÈTE, entrant, à Ragueneau.
Confrère !..
DEUXIÈME POÈTE, de même, lui secouant les mains.
Cher confrère !
TROISIÈME POÈTE.
Aigle des pâtissiers !
(Il renifle).
Ça sent bon dans votre aire.
QUATRIÈME POÈTE.
Ô Phœbus-Rôtisseur !
CINQUIÈME POÈTE.
Apollon maître-queux !..
RAGUENEAU, entouré, embrassé, secoué.
Comme on est tout de suite à son aise avec eux !..
PREMIER POÈTE.
Nous fûmes retardés par la foule attroupée
À la porte de Nesle !..
DEUXIÈME POÈTE.
Ouverts à coups d'épée,
Huit malandrins sanglants illustraient les pavés !
CYRANO, levant une seconde la tête.
Huit ?.. Tiens, je croyais sept.
(Il reprend sa lettre).
RAGUENEAU, à Cyrano.
Est-ce que vous savez
Le héros du combat ?
CYRANO, négligemment.
Moi ?.. Non !
LISE, au mousquetaire.
Et vous ?
LE MOUSQUETAIRE, se frisant la moustache.
Peut-être !
CYRANO, écrivant, à part, - on l'entend murmurer de temps en temps.
Je vous aime...
PREMIER POÈTE.
Un seul homme, assurait-on, sut mettre
Toute une bande en fuite !..
DEUXIÈME POÈTE.
Oh ! c'était curieux !
Des piques, des bâtons jonchaient le sol !..
CYRANO, écrivant.
... vos yeux...
TROISIÈME POÈTE.
On trouvait des chapeaux jusqu'au quai des Orfèvres !
PREMIER POÈTE.
Sapristi ! ce dut être un féroce...
CYRANO, même jeu.
... vos lèvres...
PREMIER POÈTE.
Un terrible géant, l'auteur de ces exploits !
CYRANO, même jeu.
... Et je m'évanouis de peur quand je vous vois.
DEUXIÈME POÈTE, happant un gâteau.
Qu'as-tu rimé de neuf, Ragueneau ?
CYRANO, même jeu.
... qui vous aime...
(Il s'arrête au moment de signer, et se lève, mettant sa lettre dans son pourpoint).