Germinal
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #13
- Год: 1885
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Germinal». Краткое содержание книги:
Le milieu ouvrier minier, dans le nord de la France à la fin du XIXe siècle, les premières revendications des mineurs, la grève qui tourne à la violence…
Mais il se calma, mécontent de lui. Est-ce qu’on ne pouvait faire les choses froidement? Sans hâte, il souffla, il rentra dans le goyot des échelles, dont il boucha le trou, en replaçant le panneau qu’il avait scié. C’était assez, il ne voulait pas donner l’éveil par un dégât trop grand, qu’on aurait tenté de réparer tout de suite. La bête avait sa blessure au ventre, on verrait si elle vivait encore le soir; et il avait signé, le monde épouvanté saurait qu’elle n’était pas morte de sa belle mort. Il prit le temps de rouler méthodiquement les outils dans sa veste, il remonta les échelles avec lenteur. Puis, quand il fut sorti de la fosse sans être vu, l’idée d’aller changer de vêtements ne lui vint même pas. Trois heures sonnaient. Il resta planté sur la route, il attendit.
A la même heure, Etienne, qui ne dormait pas, s’inquiéta d’un bruit léger, dans l’épaisse nuit de la chambre. Il distinguait le petit souffle des enfants, les ronflements de Bonnemort et de la Maheude; tandis que, près de lui, Jeanlin sifflait une note prolongée de flûte. Sans doute, il avait rêvé, et il se renfonçait, lorsque le bruit recommença. C’était un craquement de paillasse, l’effort étouffé d’une personne qui se lève. Alors, il s’imagina que Catherine se trouvait indisposée.
– Dis, c’est toi? qu’est-ce que tu as? demanda-t-il à voix basse.
Personne ne répondit, seuls les ronflements des autres continuaient. Pendant cinq minutes, rien ne bougea. Puis, il y eut un nouveau craquement. Et, certain cette fois de ne pas s’être trompé, il traversa la chambre, il envoya les mains dans les ténèbres, pour tâter le lit d’en face. Sa surprise fut grande, en y rencontrant la jeune fille assise, l’haleine suspendue, éveillée et aux aguets.
– Eh bien! pourquoi ne réponds-tu pas? qu’est-ce que tu fais donc?
Elle finit par dire:
– Je me lève.
– A cette heure, tu te lèves?
– Oui, je retourne travailler à la fosse.
Très ému, Etienne dut s’asseoir au bord de la paillasse, pendant que Catherine lui expliquait ses raisons. Elle souffrait trop de vivre ainsi, oisive, en sentant peser sur elle de continuels regards de reproche; elle aimait mieux courir le risque d’être bousculée là-bas par Chaval; et, si sa mère refusait son argent, quand elle le lui apporterait, eh bien! elle était assez grande pour se mettre à part et faire elle-même sa soupe.
– Va-t’en, je vais m’habiller. Et ne dis rien, n’est-ce pas? si tu veux être gentil.
Mais il demeurait près d’elle, il l’avait prise à la taille, dans une caresse de chagrin et de pitié. En chemise, serrés l’un contre l’autre, ils sentaient la chaleur de leur peau nue, au bord de cette couche, tiède du sommeil de la nuit. Elle, d’un premier mouvement, avait essayé de se dégager; puis, elle s’était mise à pleurer tout bas, en le prenant à son tour par le cou, pour le garder contre elle, dans une étreinte désespérée. Et ils restaient sans autre désir, avec le passé de leurs amours malheureuses, qu’ils n’avaient pu satisfaire. Etait-ce donc à jamais fini? n’oseraient-ils s’aimer un jour, maintenant qu’ils étaient libres? Il n’aurait fallu qu’un peu de bonheur, pour dissiper leur honte, ce malaise qui les empêchait d’aller ensemble, à cause de toutes sortes d’idées, où ils ne lisaient pas clairement eux-mêmes.
– Recouche-toi, murmura-t-elle. Je ne veux pas allumer, ça réveillerait maman… Il est l’heure, laisse-moi.
Il n’écoutait point, il la pressait éperdument, le cœur noyé d’une tristesse immense. Un besoin de paix, un invincible besoin d’être heureux l’envahissait; et il se voyait marié, dans une petite maison propre, sans autre ambition que de vivre et de mourir là, tous les deux. Du pain le contenterait; même s’il n’y en avait que pour un, le morceau serait pour elle. A quoi bon autre chose? est-ce que la vie valait davantage?
Elle, cependant, dénouait ses bras nus.
– Je t’en prie, laisse.
Alors, dans un élan de son cœur, il lui dit à l’oreille:
– Attends, je vais avec toi.
Et lui-même s’étonna d’avoir dit cette chose. Il avait juré de ne pas redescendre, d’où venait donc cette décision brusque, sortie de ses lèvres, sans qu’il y eût songé, sans qu’il l’eût discutée un instant? Maintenant, c’était en lui un tel calme, une guérison si complète de ses doutes, qu’il s’entêtait, en homme sauvé par le hasard, et qui avait trouvé enfin l’unique porte à son tourment. Aussi refusa-t-il de l’entendre, lorsqu’elle s’alarma, comprenant qu’il se dévouait pour elle, redoutant les mauvaises paroles dont on l’accueillerait à la fosse. Il se moquait de tout, les affiches promettaient le pardon, et cela suffisait.
– Je veux travailler, c’est mon idée… Habillons-nous et ne faisons pas de bruit.
Ils s’habillèrent dans les ténèbres, avec mille précautions. Elle, secrètement, avait préparé la veille ses vêtements de mineur; lui, dans l’armoire, prit une veste et une culotte; et ils ne se lavèrent pas, par crainte de remuer la terrine. Tous dormaient, mais il fallait traverser le couloir étroit, où couchait la mère. Quand ils partirent, le malheur voulut qu’ils butèrent contre une chaise. Elle s’éveilla, elle demanda, dans l’engourdissement du sommeiclass="underline"
– Hein? qui est-ce?
Catherine, tremblante, s’était arrêtée, en serrant violemment la main d’Etienne.
– C’est moi, ne vous inquiétez pas, dit celui-ci. J’étouffe, je sors respirer un peu.
– Bon, bon.
Et la Maheude se rendormit. Catherine n’osait plus bouger. Enfin, elle descendit dans la salle, elle partagea une tartine qu’elle avait réservée sur un pain, donné par une dame de Montsou. Puis, doucement, ils refermèrent la porte, ils s’en allèrent.
Souvarine était demeuré debout, près de L’Avantage, à l’angle de la route. Depuis une demi-heure, il regardait les charbonniers qui retournaient au travail, confus dans l’ombre, passant avec leur sourd piétinement de troupeau. Il les comptait, comme les bouchers comptent les bêtes, à l’entrée de l’abattoir; et il était surpris de leur nombre, il ne prévoyait pas, même dans son pessimisme, que ce nombre de lâches pût être si grand. La queue s’allongeait toujours, il se raidissait, très froid, les dents serrées, les yeux clairs.
Mais il tressaillit. Parmi ces hommes qui défilaient, et dont il ne distinguait pas les visages, il venait pourtant d’en reconnaître un, à sa démarche. Il s’avança, il l’arrêta.
– Où vas-tu?
Etienne, saisi, au heu de répondre, balbutiait.
– Tiens! tu n’es pas encore parti!
Puis, il avoua, il retournait à la fosse. Sans doute, il avait juré; seulement, ce n’était pas une existence, d’attendre les bras croisés des choses qui arriveraient dans cent ans peut-être; et, d’ailleurs, des raisons à lui le décidaient.
Souvarine l’avait écouté, frémissant. Il l’empoigna par une épaule, il le rejeta vers le coron.