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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Prestimion reconnut Navigorn de loin, une brune silhouette imposante à la tête de ses troupes, qui ressemblait beaucoup à Korsibar, pressé d’en découdre, l’air bravache, rayonnant de confiance, la cape verte fièrement rejetée sur les épaules, le torse bombé sous la cotte de mailles aux reflets argentés, les yeux brillants, malgré la distance, de l’ivresse de la bataille à venir et de l’impatience de l’action.

Un adversaire de valeur, se dit Prestimion. Dommage qu’ils fussent ennemis.

Il donna l’ordre d’attaquer. Les mollitors s’avancèrent, leurs lourds sabots faisant trembler le sol avec le bruit de mille marteaux frappant sur mille enclumes.

Une bonne douzaine de sorciers au casque de cuivre et à l’allure imposante, revêtus de kalautikois dorés et de lagustrimores écarlate et vert, apparurent soudain. Prestimion les vit s’aligner sur une des éminences dominant le champ de bataille. Ils tenaient dans leur main gauche une longue corne de bronze enroulée d’une forme inconnue ; quand les mollitors commencèrent à charger, les mages portèrent à leurs lèvres l’embouchure de la corne, émettant un son strident, si insupportable que Prestimion crut que le ciel allait se déchirer au-dessus d’eux. C’était comme s’ils avaient eu recours à la sorcellerie pour amplifier le son de ces cornes bien au-delà de ce que des poumons humains pouvaient produire. Le son infernal, qui semblait ne jamais devoir s’achever, emplissait l’air comme la trompette du Jugement dernier.

Et la confusion s’empara des mollitors, du moins d’une partie d’entre eux.

Ceux qui se trouvaient à l’avant de la charge s’arrêtèrent net en entendant ce son terrifiant ; ils cherchèrent à échapper à la stridence diabolique et se mirent à courir frénétiquement dans toutes les directions qui ne les en rapprocherait pas. Certains partirent vers la gauche, fonçant au beau milieu des archers de Prestimion, qui s’éparpillèrent devant les animaux affolés. D’autres vers la droite, où ils disparurent dans un grand nuage de poussière dans la gorge où était cachée la cavalerie, ce qui provoquerait certainement une nouvelle panique parmi les montures. D’autres encore, plus braves peut-être ou plus obtus, filèrent droit devant eux, en direction de la première ligne de Navigorn ; mais les soldats royalistes se contentèrent de s’écarter, ouvrant des couloirs pour laisser passer les mollitors qui poursuivirent leur folle cavalcade dans les grandes étendues de la plaine.

Prestimion demeura un moment pétrifié par le fiasco de la charge des mollitors. Puis il prit son arc, banda l’arme presque jusqu’au point de rupture et décocha le coup le plus puissant de sa vie, qui fit basculer un des mages de Navigorn de son rocher ; la flèche transperça aisément le riche brocart de son kalautikoi et la pointe ressortit dans le dos, trente centimètres derrière. L’homme bascula et tomba sans émettre un son ; sa corne de bronze poli rebondit bruyamment sur la roche et s’immobilisa près de lui.

Mais le coup extraordinaire de Prestimion fut pour les rebelles le dernier moment heureux de la journée. Le sort de la bataille tournait en faveur du camp royaliste. Pendant que les mollitors s’égaillaient aux quatre vents, la cavalerie de Navigorn chargea impétueusement, suivie de près par l’infanterie dont les lances et les javelines faisaient de terribles ravages.

— Restez en formation ! cria Prestimion.

Bien plus loin, Septach Melayn hurla le même ordre. Mais la première ligne de l’armée rebelle était enfoncée. Prestimion vit ses soldats tourner les talons pour se replier sur la deuxième ligne et découvrit, horrifié, qu’une sorte de mêlée confuse faisait rage entre ses hommes. Incapable, dans le feu de l’action, de discerner l’ami de l’ennemi, la deuxième ligne repoussait violemment ceux qui refluaient vers elle, sans se rendre compte qu’il s’agissait de ses propres compagnons d’armes.

Cherchant du regard un messager, Prestimion aperçut son frère Abrigant au pied léger.

— Va prévenir Gaviundar, ordonna-t-il. Dis-lui que tout est perdu s’il n’engage pas ses forces immédiatement.

Abrigant acquiesça d’un signe de tête et s’élança vers l’arrière-garde.

Prestimion dut reconnaître que Navigorn était un grand stratège. Il avait pris depuis le début l’initiative des opérations. Sa cavalerie avait mis en déroute la première ligne ennemie ; ses fantassins s’étaient jetés furieusement dans le corps à corps avec la deuxième ligne de l’année rebelle, qui s’était reformée et opposait maintenant une vive résistance ; Navigorn venait de lancer sa deuxième ligne, non sur toute la largeur du front, comme les rebelles auraient pu s’y attendre, mais en pointe, comme un coin s’enfonçant mortellement, implacablement dans le cœur de la ligne ennemie. Il n’y avait rien à faire. Prestimion et ses hommes emplissaient l’air de flèches, mais les meilleurs archers du monde n’auraient pu arrêter cette avance.

Le massacre se poursuivit.

Où étaient Gaviundar et cet ivrogne de Gaviad ? Confortablement installés devant une bouteille de vin, derrière les lignes ? Prestimion aperçut Gialaurys embrochant des ennemis à grands coups de lance et, un peu plus loin, les éclairs de l’épée de Septach Melayn qui frappait de taille et d’estoc, mais c’était sans espoir. Il crut voir du sang couler sur le bras de Septach Melayn, lui qui, de sa vie, n’avait jamais reçu la moindre blessure. Ils étaient vaincus.

— Sonnez la retraite, ordonna Prestimion.

Au moment où retentissait le signal, Abrigant arriva au pas de course.

— L’armée de Zimroel arrive ! lança le jeune homme, hors d’haleine.

— Maintenant ? Qu’ont-ils fait tout ce temps ?

— Gaviundar avait compris de travers. Il croyait que tu n’aurais besoin de lui qu’après que la cavalerie fut entrée en action. Et Gaviad…

— Peu importe ! J’ai donné le signal de la retraite. Va te mettre à l’abri. Nous n’avons plus rien à faire ici.

8

Il se fit brusquement une sorte de tohu-bohu agaçant dans le couloir du bureau du Haut Conseiller Farquanor, dans la Cour de Pinitor. Le Haut Conseiller, dérangé dans son travail, leva la tête avec irritation ; il entendit des claquements de bottes sur les dalles de pierre, des cris furieux en rafales, des bruits de pas précipités venant de plusieurs directions. Puis une voix étonnamment familière s’éleva au-dessus du vacarme, une voix impossible, grave, âpre et rauque à la fois.

— Ôtez vos sales pattes de mon habit ou je vous ferai trancher les poignets ! Je ne suis pas un sac de calimbot pour être bousculé de la sorte !

Farquanor s’élança vers la porte, passa la tête dans le couloir et resta bouche bée de stupéfaction.

— Dantirya Sambail ! Qu’est-ce que vous faites là ?

— Ah ! le Haut Conseiller ! Veuillez, je vous prie, expliquer à vos gens comment il convient de traiter un grand seigneur du royaume.

Farquanor n’en crut pas ses yeux. Le Procurateur de Ni-moya, dans une magnifique tenue de voyage en velours vert chatoyant sur un haut-de-chausse jaune bouffant, au milieu d’un groupe désorienté de gardes du Château – certains l’arme à la main –, le regardait avec un sourire diabolique. Malgré la splendeur de sa mise, le Procurateur avait le visage couvert de poussière et les traits creusés, comme après un long et pénible voyage. Cinq ou six hommes portant la livrée aux couleurs agressives de Dantirya Sambail se trouvaient à proximité, l’air aussi fatigué par le voyage que leur maître, acculés contre un mur par d’autres gardes. Farquanor reconnut parmi eux Mandralisca, le goûteur au visage en lame de couteau.

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