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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Il a des chagrins?

– Oui, sa femme lui donne de l’ambition.

– Et il vous dit?…

– Qu’on lui a parlé d’une charge au Parlement; que le nom de M. Fouquet a été prononcé, que, depuis ce temps Mme Vanel rêve de s’appeler Mme la procureuse générale, et qu’elle en meurt toutes les nuits qu’elle n’en rêve pas.

– Pauvre femme! dit Fouquet.

– Attendez. Conrart me dit toujours que je ne sais pas faire les affaires: vous allez voir comment je menai celle-ci.

– Voyons!

– «Savez-vous, dis-je à Vanel, que c’est cher, une charge comme celle de M. Fouquet?»

– «Combien à peu près?» fit-il.

– «M. Fouquet en a refusé dix-sept cent mille livres.»

– «Ma femme, répliqua Vanel, avait mis cela aux environs de quatorze cent mille.»

– «Comptant?» lui fis-je.

– «Oui; elle a vendu un bien en Guienne, elle a réalisé.»

– C’est un joli lot à toucher d’un coup, dit sentencieusement l’abbé Fouquet, qui n’avait pas encore parlé.

– Cette pauvre dame Vanel! murmura Fouquet.

Pélisson haussa les épaules.

– Un démon! dit-il bas à l’oreille de Fouquet.

– Précisément!… Il serait charmant d’employer l’argent de ce démon à réparer le mal que s’est fait pour moi un ange.

Pélisson regarda d’un air surpris Fouquet, dont les pensées se fixaient, à partir de ce moment, sur un nouveau but.

– Eh bien! demanda La Fontaine, ma négociation?

– Admirable! cher poète.

– Oui, dit Gourville; mais tel se vante d’avoir envie d’un cheval, qui n’a pas seulement de quoi payer la bride.

– Le Vanel se dédirait si on le prenait au mot, continua l’abbé Fouquet.

– Je ne crois pas, dit La Fontaine.

– Qu’en savez-vous?

– C’est que vous ignorez le dénouement de mon histoire.

– Ah! s’il y a un dénouement, dit Gourville, pourquoi flâner en route?

– Semper ad adventum, n’est-ce pas cela? dit Fouquet du ton d’un grand seigneur qui se fourvoie dans les barbarismes.

Les latinistes battirent des mains.

– Mon dénouement, s’écria La Fontaine, c’est que Vanel, ce tenace oiseau, sachant que je venais à Saint-Mandé, m’a supplié de l’emmener.

– Oh! oh!

– Et de le présenter, s’il était possible, à Monseigneur.

– En sorte?…

– En sorte qu’il est là, sur la pelouse du Bel-Air.

– Comme un scarabée.

– Vous dites cela, Gourville, à cause des antennes, mauvais plaisant!

– Eh bien! monsieur Fouquet?

– Eh bien! il ne convient pas que le mari de Mme Vanel s’enrhume hors de chez moi; envoyez-le quérir, La Fontaine, puisque vous savez où il est.

– J’y cours moi-même.

– Je vous y accompagne, dit l’abbé Fouquet; je porterai les sacs.

– Pas de mauvaise plaisanterie, dit sévèrement Fouquet; que l’affaire soit sérieuse, si affaire il y a. Tout d’abord, soyons hospitaliers. Excusez-moi bien, La Fontaine, auprès de ce galant homme, et dites-lui que je suis désespéré de l’avoir fait attendre, mais que j’ignorais qu’il fût là.

La Fontaine était déjà parti. Par bonheur, Gourville l’accompagnait; car, tout entier à ses chiffres, le poète se trompait de route, et courait vers Saint Maur.

Un quart d’heure après, M. Vanel fut introduit dans le cabinet du surintendant, ce même cabinet dont nous avons donné la description et les aboutissants au commencement de cette histoire. Fouquet, le voyant entrer appela Pélisson, et lui parla quelques minutes à l’oreille.

– Retenez bien ceci, lui dit-iclass="underline" que toute l’argenterie, que toute la vaisselle, que tous les joyaux soient emballés dans le carrosse. Vous prendrez les chevaux noirs; l’orfèvre vous accompagnera; vous reculerez le souper jusqu’à l’arrivée de Mme de Bellière.

– Encore faut-il que Mme de Bellière soit prévenue, dit Pélisson.

– Inutile, je m’en charge.

– Très bien.

– Allez, mon ami.

Pélisson partit, devinant mal, mais confiant, comme sont tous les vrais amis, dans la volonté qu’il subissait. Là est la force des âmes d’élite. La défiance n’est faite que pour les natures inférieures.

Vanel s’inclina donc devant le surintendant. Il allait commencer une harangue.

– Asseyez-vous, monsieur, lui dit civilement Fouquet. Il me paraît que vous voulez acquérir ma charge?

– Monseigneur…

– Combien pouvez-vous m’en donner?

– C’est à vous, monseigneur, de fixer le chiffre. Je sais qu’on vous a fait des offres.

– Mme Vanel, m’a-t-on dit, l’estime quatorze cent mille livres.

– C’est tout ce que nous avons.

– Pouvez-vous donner la somme tout de suite?

– Je ne l’ai pas sur moi, dit naïvement Vanel, effaré de cette simplicité, de cette grandeur, lui qui s’attendait à des luttes, à des finesses, à des marches d’échiquier.

– Quand l’aurez-vous?

– Quand il plaira à Monseigneur.

Et il tremblait que Fouquet ne se jouât de lui.

– Si ce n’était la peine de retourner à Paris, je vous dirais tout de suite…

– Oh! monseigneur…

– Mais, interrompit le surintendant, mettons le solde et la signature à demain matin.

– Soit, répliqua Vanel glacé, abasourdi.

– Six heures, ajouta Fouquet.

– Six heures, répéta Vanel.

– Adieu, monsieur Vanel! Dites à Mme Vanel que je lui baise les mains.

Et Fouquet se leva.

Alors Vanel, à qui le sang montait aux yeux et qui commençait à perdre le tête:

– Monseigneur, monseigneur, dit-il sérieusement, est-ce que vous me donnez parole?

Fouquet tourna la tête.

– Pardieu! dit-il; et vous?

Vanel hésita, frissonna et finit par avancer timidement sa main. Fouquet ouvrit et avança noblement la sienne. Cette main loyale s’imprégna une seconde de la moiteur d’un main hypocrite; Vanel serra les doigts de Fouquet pour se mieux convaincre.

Le surintendant dégagea doucement sa main.

– Adieu! dit-il.

Vanel courut à reculons vers la porte, se précipita par les vestibules et s’enfuit.

Pélisson introduisit cet homme dans le cabinet que Fouquet n’avait pas encore quitté.

Le surintendant remercia l’orfèvre d’avoir bien voulu lui garder comme un dépôt ces richesses qu’il avait le droit de vendre. Il jeta les yeux sur le total des comptes, qui s’élevait à treize cent mille livres.

Puis, se plaçant à son bureau, il écrivit un bon de quatorze cent mille livres, payables à vue à sa caisse, avant midi le lendemain.

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