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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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Fouquet serra la main de La Fontaine avec une charmante effusion…

– Mon cher poète, lui dit-il, faites-nous cent autres contes, non seulement pour les quatre-vingts pistoles que chacun d’eux rapportera, mais encore pour enrichir notre langue de cent chefs-d’œuvre.

– Oh! oh! dit La Fontaine en se rengorgeant, il ne faut pas croire que j’aie seulement apporté cette idée et ces quatre-vingts pistoles à M. le surintendant.

– Oh! mais, s’écria-t-on de toutes parts, M. de La Fontaine est en fonds aujourd’hui.

– Bénie soit l’idée, si elle m’apporte un ou deux millions, dit gaiement Fouquet.

– Précisément, répliqua La Fontaine.

– Vite, vite! cria l’assemblée.

– Prenez garde, dit Pélisson à l’oreille de La Fontaine, vous avez eu grand succès jusqu’à présent, n’allez pas lancer la flèche au-delà du but.

– Nenni, monsieur Pélisson, et, vous qui êtes un homme de goût, vous m’approuverez tout le premier.

– Il s’agit de millions? dit Gourville.

– J’ai là quinze cent mille livres, monsieur Gourville.

Et il frappa sa poitrine.

– Au diable, le Gascon de Château-Thierry! cria Loret.

– Ce n’est pas la poche qu’il fallait toucher, dit Fouquet, c’est la cervelle.

– Tenez, ajouta La Fontaine, monsieur le surintendant, vous n’êtes pas un procureur général, vous êtes un poète.

– C’est vrai! s’écrièrent Loret, Conrart, et tout ce qu’il y avait là de gens de lettres.

– Vous êtes, dis-je, un poète et un peintre, un statuaire, un ami des arts et des sciences; mais, avouez-le vous-même, vous n’êtes pas un homme de robe.

– Je l’avoue, répliqua en souriant M. Fouquet.

– On vous mettrait de l’Académie que vous refuseriez, n’est-ce pas?

– Je crois que oui, n’en déplaise aux académiciens.

– Eh bien! pourquoi, ne voulant pas faire partie de l’Académie, vous laissez-vous aller à faire partie du Parlement?

– Oh! oh! dit Pélisson, nous parlons politique?

– Je demande, poursuivit La Fontaine, si la robe sied ou ne sied pas à M. Fouquet.

– Ce n’est pas de la robe qu’il s’agit, riposta Pélisson, contrarié des rires de l’assemblée.

– Au contraire, c’est de la robe, dit Loret.

– Ôtez la robe au procureur général, dit Conrart, nous avons M. Fouquet, ce dont nous ne nous plaignons pas; mais comme il n’est pas de procureur général sans robe, nous déclarons, d’après M. de La Fontaine, que certainement la robe est un épouvantail.

– Fugiunt risus leporesque, dit Loret.

– Les ris et les grâces, fit un savant.

– Moi, poursuivit Pélisson gravement, ce n’est pas comme cela que je traduis lepores.

– Et comment le traduisez-vous? demanda La Fontaine.

– Je le traduis ainsi: «Les lièvres se sauvent en voyant M. Fouquet.»

Éclats de rire, dont le surintendant prit sa part.

– Pourquoi les lièvres? objecta Conrart piqué.

– Parce que le lièvre sera celui qui ne se réjouira point de voir M. Fouquet dans les attributs de sa force parlementaire.

– Oh! oh! murmurèrent les poètes.

– Quo non ascendam? dit Conrart, me paraît impossible avec une robe de procureur.

– Et à moi, sans cette robe, dit l’obstiné Pélisson. Qu’en pensez-vous, Gourville?

– Je pense que la robe est bonne, répliqua celui-ci; mais je pense également qu’un million et demi vaudrait mieux que la robe.

– Et je suis de l’avis de Gourville, s’écria Fouquet en coupant court à la discussion par son opinion, qui devait nécessairement dominer toutes les autres.

– Un million et demi! grommela Pélisson; pardieu! je sais une fable indienne…

– Contez-la-moi, dit La Fontaine; je dois la savoir aussi.

– La tortue avait une carapace, dit Pélisson; elle se réfugiait là-dedans quand ses ennemis la menaçaient. Un jour, quelqu’un lui dit: «Vous avez bien chaud l’été dans cette maison-là, et vous êtes bien empêchée de montrer vos grâces. Voilà la couleuvre qui vous donnera un million et demi de votre écaille.»

– Bon! fit le surintendant en riant.

– Après? fit La Fontaine, intéressé par l’apologue bien plus que par la moralité.

– La tortue vendit sa carapace et resta nue. Un vautour la vit; il avait faim; il lui brisa les reins d’un coup de bec et la dévora.

– Ô muthos déloï?… dit Conrart.

– Que M. Fouquet fera bien de garder sa robe.

La Fontaine prit la moralité au sérieux.

– Vous oubliez Eschyle, dit-il à son adversaire.

– Qu’est-ce à dire?

– Eschyle le Chauve.

– Après?

– Eschyle, dont un vautour, votre vautour probablement, grand amateur de tortues, prit d’en haut le crâne pour une pierre, et lança sur ce crâne une tortue toute blottie dans sa carapace.

– Eh! mon Dieu! La Fontaine a raison, reprit Fouquet devenu pensif, tout vautour, quand il a faim de tortues, sait bien leur briser gratis l’écaille; trop heureuses les tortues dont une couleuvre paie l’enveloppe un million et demi. Qu’on m’apporte une couleuvre généreuse comme celle de votre fable, Pélisson, et je lui donne ma carapace.

– Rara avis in terris! s’écria Conrart.

– Et semblable à un cygne noir, n’est-ce pas? ajouta La Fontaine. Eh bien! oui, précisément, un oiseau tout noir et très rare; je l’ai trouvé.

– Vous avez trouvé un acquéreur pour ma charge de procureur? s’écria Fouquet.

– Oui, monsieur.

– Mais M. le surintendant n’a jamais dit qu’il dût vendre, reprit Pélisson.

– Pardonnez-moi: vous-même, vous en avez parlé, dit Conrart.

– J’en suis témoin, fit Gourville.

– Il tient aux beaux discours qu’il me fait, dit en riant Fouquet. Cet acquéreur, voyons, La Fontaine?

– Un oiseau tout noir, un conseiller au Parlement, un brave homme.

– Qui s’appelle?

– Vanel.

– Vanel! s’écria Fouquet, Vanel! le mari de?…

– Précisément, son mari; oui, monsieur.

– Ce cher homme! dit Fouquet avec intérêt, il veut être procureur général?

– Il veut être tout ce que vous êtes, monsieur, dit Gourville, et faire absolument ce que vous avez fait.

– Oh! mais c’est bien réjouissant: contez-nous donc cela, La Fontaine.

– C’est tout simple. Je le vois de temps en temps. Tantôt je le rencontre: il flânait sur la place de la Bastille, précisément vers l’instant où j’allais prendre le petit carrosse de Saint-Mandé.

– Il devait guetter sa femme, bien sûr, interrompit Loret.

– Oh! mon Dieu, non, dit simplement Fouquet; il n’est pas jaloux.

– Il m’aborde donc, m’embrasse, me conduit au Cabaret de l’Image-Saint Fiacre, et m’entretient de ses chagrins.

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