Le vicomte de Bragelonne Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:
– Mon Dieu! murmura Fouquet en essuyant son front ruisselant de sueur, mon Dieu!
– Vous commencez à comprendre, n’est-ce pas?
– Que je suis perdu, oui.
– Trouvez-vous que cela vaille la peine de tenir un peu moins que Régulus à sa parole?
– Non, dit Fouquet.
– Les gens entêtés, murmura Aramis, s’arrangent toujours de façon qu’on les admire.
Fouquet lui tendit la main.
À ce moment, une riche horloge d’écaille, à figures d’or, placée sur une console en face de la cheminée, sonna six heures du matin.
Une porte cria dans le vestibule.
– M. Vanel, vint dire Gourville à la porte du cabinet, demande si Monseigneur peut le recevoir.
Fouquet détourna ses yeux des yeux d’Aramis et répondit:
– Faites entrer M. Vanel.
Chapitre CLXXXVIII – La minute de M. Colbert
Vanel, entrant à ce moment de la conversation n’était rien autre chose pour Aramis et Fouquet que le point qui termine une phrase.
Mais, pour Vanel qui arrivait, la présence d’Aramis dans le cabinet de Fouquet devait avoir une bien autre signification.
Aussi l’acheteur, à son premier pas dans la chambre, arrêta-t-il sur cette physionomie, à la fois si fine et si ferme de l’évêque de Vannes, un regard étonné qui devint bientôt scrutateur.
Quant à Fouquet, véritable homme politique, c’est-à-dire maître de lui-même, il avait déjà, par la force de sa volonté, fait disparaître de son visage les traces de l’émotion causée par la révélation d’Aramis.
Ce n’était donc plus un homme abattu par le malheur et réduit aux expédients; il avait redressé la tête et allongé la main pour faire entrer Vanel.
Il était premier ministre, il était chez lui.
Aramis connaissait le surintendant. Toute la délicatesse de son cœur, toute la largeur de son esprit n’avaient rien qui pût l’étonner. Il se borna donc, momentanément, quitte à reprendre plus tard une part active dans la conversation, au rôle difficile de l’homme qui regarde et qui écoute pour apprendre et pour comprendre.
Vanel était visiblement ému. Il s’avança jusqu’au milieu du cabinet, saluant tout et tous.
– Je viens… dit-il.
Fouquet fit un signe de tête.
– Vous êtes exact, monsieur Vanel, dit-il.
– En affaires, monseigneur, répondit Vanel, je crois que l’exactitude est une vertu.
– Oui, monsieur.
– Pardon, interrompit Aramis, en désignant du doigt Vanel et s’adressant à Fouquet; pardon, c’est Monsieur qui se présente pour acheter une charge, n’est-ce pas?
– C’est moi, répondit Vanel, étonné du ton de suprême hauteur avec lequel Aramis avait fait la question. Mais comment dois-je appeler celui qui me fait l’honneur?…
– Appelez-moi monseigneur, répondit sèchement Aramis.
Vanel s’inclina.
– Allons, allons, messieurs, dit Fouquet, trêve de cérémonies; venons au fait.
– Monseigneur le voit, dit Vanel, j’attends son bon plaisir.
– C’est moi qui, au contraire, attendais, répondit Fouquet.
– Qu’attendait monseigneur?
– Je pensais que vous aviez peut-être quelque chose à me dire.
«Oh! oh! murmura Vanel en lui-même, il a réfléchi, je suis perdu!»
Mais, reprenant courage:
– Non, monseigneur, rien, absolument rien que ce que je vous ai dit hier et que je suis prêt à vous répéter.
– Voyons, franchement, monsieur Vanel, le marché n’est-il pas un peu lourd pour vous, dites?
– Certes, monseigneur, quinze cent mille livres, c’est une somme importante.
– Si importante, dit Fouquet, que j’avais réfléchi…
– Vous aviez réfléchi, monseigneur? s’écria vivement Vanel.
– Oui, que vous n’êtes peut-être pas encore en mesure d’acheter.
– Oh! monseigneur!…
– Tranquillisez-vous, monsieur Vanel, je ne vous blâmerai pas d’un manque de parole qui tiendra évidemment à votre impuissance.
– Si fait, monseigneur, vous me blâmeriez, et vous auriez raison, dit Vanel; car c’est d’un imprudent ou d’un fou de prendre des engagements qu’il ne peut pas tenir, et j’ai toujours regardé une chose convenue comme une chose faite.
Fouquet rougit. Aramis fit un hum! d’impatience.
– Il ne faudrait pas cependant vous exagérer ces idées-là, monsieur, dit le surintendant; car l’esprit de l’homme est variable et plein de petits caprices fort excusables, fort respectables même parfois; et tel a désiré hier, qui aujourd’hui se repent.
Vanel sentit une sueur froide couler de son front sur ses joues.
– Monseigneur!… balbutia-t-il.
Quant à Aramis, heureux de voir le surintendant se poser avec tant de netteté dans le débat, il s’accouda au marbre d’une console, et commença de jouer avec un petit couteau d’or à manche de malachite.
Fouquet prit son temps; puis, après un moment de silence:
– Tenez, mon cher monsieur Vanel, dit-il, je vais vous expliquer la situation.
Vanel frémit.
– Vous êtes un galant homme, continua Fouquet, et comme moi, vous comprendrez.
Vanel chancela.
– Je voulais vendre hier.
– Monseigneur avait fait plus que de vouloir vendre, monseigneur avait vendu.
– Eh bien, soit! mais aujourd’hui, je vous demande comme une faveur de me rendre la parole que vous aviez reçue de moi.
– Cette parole, je l’ai reçue, dit Vanel, comme un inflexible écho.
– Je le sais. Voilà pourquoi je vous supplie, monsieur Vanel, entendez vous? je vous supplie de me la rendre…
Fouquet s’arrêta. Ce mot: je vous supplie, dont il ne voyait pas l’effet immédiat, ce mot venait de lui déchirer la gorge au passage.
Aramis, toujours jouant avec son couteau, fixait sur Vanel des regards qui semblaient vouloir pénétrer jusqu’au fond de son âme.
Vanel s’inclina.
– Monseigneur, dit-il, je suis bien ému de l’honneur que vous me faites de me consulter sur un fait accompli; mais…
– Ne dites pas de mais, cher monsieur Vanel.
– Hélas! monseigneur, songez donc que j’ai apporté l’argent; je veux dire la somme.
Et il ouvrit un gros portefeuille.
– Tenez, monseigneur, dit-il, voilà le contrat de la vente que je viens de faire d’une terre de ma femme. Le bon est autorisé, revêtu des signatures nécessaires, payable à vue; c’est de l’argent comptant; l’affaire est faite en un mot.
– Mon cher monsieur Vanel, il n’est point d’affaire en ce monde, si importante qu’elle soit, qui ne se remette pour obliger…
– Certes… murmura gauchement Vanel.
– Pour obliger un homme dont on se fera ainsi l’ami, continua Fouquet.
– Certes, monseigneur.
– D’autant plus légitimement l’ami, monsieur Vanel, que le service rendu aura été plus considérable. Eh bien! voyons, monsieur, que décidez-vous?