Le vicomte de Bragelonne Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:
– Ah! oui, le majordome de ma tante… Je me rappelle cela, et je me souviens maintenant: je l’ai vue en passant à Blois. Elle a été présentée aux reines. J’ai même à me reprocher, à cette époque, de n’avoir pas fait à elle toute l’attention qu’elle méritait.
– Oh! Sire, je m’en rapporte à Votre Majesté pour réparer le temps perdu.
– Et le bruit serait donc, dites-vous, que Mlle de La Vallière n’aurait pas d’amant?
– En tout cas, je ne crois pas que Votre Majesté s’effrayât beaucoup de la rivalité.
– Attends donc, s’écria tout à coup le roi avec un accent des plus sérieux.
– Plaît-il, Sire?
– Je me souviens.
– Ah!
– Si elle n’a pas d’amant, elle a un fiancé.
– Un fiancé!
– Comment! tu ne sais pas cela, comte?
– Non.
– Toi, l’homme aux nouvelles.
– Votre Majesté m’excusera. Et le roi connaît ce fiancé?
– Pardieu! son père est venu me demander de signer au contrat; c’est…
Le roi allait sans doute prononcer le nom du vicomte de Bragelonne, quand il s’arrêta en fronçant le sourcil.
– C’est?… répéta Saint-Aignan.
– Je ne me rappelle plus, répondit Louis XIV, essayant de cacher une émotion qu’il dissimulait avec peine.
– Puis-je mettre Votre Majesté sur la voie? demanda le comte de Saint Aignan.
– Non; car je ne sais plus moi-même de qui je voulais parler, non, en vérité; je me rappelle bien vaguement qu’une des filles d’honneur devait épouser… mais le nom m’échappe.
– Était-ce Mlle de Tonnay-Charente qu’il devait épouser? demanda Saint Aignan.
– Peut-être, fit le roi.
– Alors le futur était de M. de Montespan; mais Mlle de Tonnay-Charente n’en a point parlé, ce me semble, de manière à effrayer les prétentions.
– Enfin, dit le roi, je ne sais rien, ou presque rien, sur Mlle de La Vallière. Saint-Aignan, je te charge d’avoir des renseignements sur elle.
– Oui, Sire, et quand aurai-je l’honneur de revoir Votre Majesté pour les lui fournir?
– Quand tu les auras.
– Je les aurai vite, si les renseignements vont aussi vite que mon désir de revoir le roi.
– Bien parlé! À propos, est-ce que Madame a témoigné quelque chose contre cette pauvre fille?
– Rien, Sire.
– Madame ne s’est point fâchée?
– Je ne sais; seulement, elle a toujours ri.
– Très bien; mais j’entends du bruit dans les antichambres, ce me semble; on me vient sans doute annoncer quelque courrier.
– En effet, Sire.
– Informe-toi, Saint-Aignan.
Le comte courut à la porte et échangea quelques mots avec l’huissier.
– Sire, dit-il en revenant, c’est M. Fouquet qui arrive à l’instant même sur un ordre du roi à ce qu’il dit. Il s’est présenté, mais l’heure avancée fait qu’il n’insiste pas même pour avoir audience ce soir; il se contente de constater sa présence.
– M. Fouquet! Je lui ai écrit à trois heures en l’invitant à être à Fontainebleau le lendemain matin; il arrive à Fontainebleau à deux heures, c’est du zèle! s’écria le roi radieux de se voir si bien obéi. Eh bien! au contraire, M. Fouquet aura son audience. Je l’ai mandé, je le recevrai. Qu’on l’introduise. Toi, comte, aux recherches, et à demain!
Le roi mit un doigt sur ses lèvres, et Saint-Aignan s’esquiva la joie dans le cœur, en donnant l’ordre à l’huissier d’introduire M. Fouquet.
Fouquet fit alors son entrée dans la chambre royale. Louis XIV se leva pour le recevoir.
– Bonsoir, monsieur Fouquet, dit-il avec un aimable sourire. Je vous félicite de votre ponctualité; mon message a dû vous arriver tard cependant?
– À neuf heures du soir, Sire.
– Vous avez beaucoup travaillé ces jours-ci, monsieur Fouquet, car on m’a assuré que vous n’aviez pas quitté votre cabinet de Saint-Mandé depuis trois ou quatre jours.
– Je me suis, en effet, enfermé trois jours, Sire, répliqua Fouquet en s’inclinant.
– Savez-vous, monsieur Fouquet, que j’avais beaucoup de choses à vous dire? continua le roi de son air le plus gracieux.
– Votre Majesté me comble, et, puisqu’elle est si bonne pour moi, me permet-elle de lui rappeler une promesse d’audience qu’elle m’avait faite?
– Ah! oui, quelqu’un d’Église qui croit avoir à me remercier, n’est-ce pas?
– Justement, Sire. L’heure est peut-être mal choisie, mais le temps de celui que j’amène est précieux, et comme Fontainebleau est sur la route de son diocèse…
– Qui donc déjà?
– Le dernier évêque de Vannes, que Votre Majesté, à ma recommandation, a daigné investir il y a trois mois.
– C’est possible, dit le roi, qui avait signé sans lire, et il est là?
– Oui, Sire; Vannes est un diocèse important: les ouailles de ce pasteur ont besoin de sa parole divine; ce sont des sauvages qu’il importe de toujours polir en les instruisant, et M. d’Herblay n’a pas son égal pour ces sortes de missions.
– M. d’Herblay! dit le roi en cherchant au fond de ses souvenirs, comme si ce nom, entendu depuis longtemps, ne lui était cependant pas inconnu.
– Oh! fit vivement Fouquet, Votre Majesté ne connaît pas ce nom obscur d’un de ses plus fidèles et de ses plus précieux serviteurs?
– Non, je l’avoue… Et il veut repartir?
– C’est-à-dire qu’il a reçu aujourd’hui des lettres qui nécessiteront peut-être son départ; de sorte qu’avant de se remettre en route pour le pays perdu qu’on appelle la Bretagne, il désirerait présenter ses respects à Votre Majesté.
– Et il attend?
– Il est là, Sire.
– Faites-le entrer.
Fouquet fit un signe à l’huissier, qui attendait derrière la tapisserie. La porte s’ouvrit, Aramis entra.
Le roi lui laissa dire son compliment, et attacha un long regard sur cette physionomie que nul ne pouvait oublier après l’avoir vue.
– Vannes! dit-iclass="underline" vous êtes évêque de Vannes, monsieur?
– Oui, Sire.
– Vannes est en Bretagne?
Aramis s’inclina.
– Près de la mer?
Aramis s’inclina encore.
– À quelques lieues de Belle-Île?
– Oui, Sire, répondit Aramis; à six lieues, je crois.
– Six lieues, c’est un pas, fit Louis XIV.
– Non pas pour nous autres, pauvres Bretons, Sire, dit Aramis; six lieues, au contraire, c’est une distance, si ce sont six lieues de terre; si ce sont six lieues de mer, c’est une immensité. Or, j’ai eu l’honneur de le dire au roi, on compte six lieues de mer de la rivière à Belle-Île
– On dit que M. Fouquet a là une fort belle maison? demanda le roi.
– Oui, on le dit, répondit Aramis en regardant tranquillement Fouquet.
– Comment, on le dit? s’écria le roi.