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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Mais Farholt disparut dans la confusion d’un mouvement de troupes. Prestimion vit Gialaurys, seul, regardant autour de lui, cherchant son ennemi juré, incapable de le retrouver. La première lueur du jour commença à blanchir l’horizon. Elle montra le sol boueux rougi de sang, jonché de corps et la fière armée de Farholt fuyant vers l’est dans le plus grand désordre, laissant derrière elle ses montures, ses mollitors et ses armes.

— C’est fait, murmura Prestimion. Et bien fait.

7

La bataille des rives du Jhelum avait été une grande victoire pour les forces rebelles, mais le prix en avait été élevé. Tandis que le jour se levait, que la pluie cessait et qu’un chaud soleil apparaissait, les vainqueurs comptèrent leurs morts. Kaymuin Rettra d’Amblemorn était tombé au champ d’honneur ainsi que le comte Ofmar de Ghrav ; un des fils de Rufiel Kisimir avait péri, un autre était grièvement blessé. Le précieux guide Elimotis Gan de Simbilfant avait perdu la vie, comme le maître lancier Telthyb Forst et bien d’autres. Prestimion n’eut pas moins de chagrin en découvrant les corps de ceux de l’autre camp qui avaient péri, car même s’ils avaient choisi de se battre pour Korsibar, il en connaissait certains depuis des années, voire depuis l’enfance et les considérait naguère comme de bons amis. Au nombre des victimes figuraient Lamiran, le frère cadet du comte Iram de Normork, Thiwid Karsp de Stee, un proche parent du comte Fisiolo et d’autres hommes de valeur comme Belditan de Gimkandale, le vicomte Edgan de Guand et Sinjian de Steppilor. Mais Farholt, semblait-il, avait réussi à s’échapper, ainsi que la plupart de ses officiers, et l’ennemi en déroute fuyait vers le Mont du Château.

— Les pertes sont lourdes des deux côtés et je les pleure de la même manière, déclara tristement Prestimion au duc Svor, après avoir donné une sépulture aux victimes. Et cela m’afflige de savoir qu’il y en aura d’autres ! Combien d’autres morts faudra-t-il avant que Korsibar se décide à se retirer et à nous laisser le pouvoir ?

— Lui-même, pour commencer, répondit Septach Melayn. T’imagines-tu sérieusement, Prestimion, qu’il va abdiquer en ta faveur après avoir perdu une seule bataille ? As-tu abandonné tout espoir après notre défaite à Arkilon ?

Prestimion regarda droit devant lui, sans répondre. Que cette guerre ne pût s’achever que par la mort de Korsibar ou par la sienne, il l’avait compris depuis le début ; mais il avait du mal à accepter cette réalité. Il était effrayant de songer que la paix ne pourrait être rétablie qu’au prix de la mort de Korsibar. Et quand il pensait à tout ce qui restait à accomplir avant d’en arriver là, il avait le sentiment d’une entreprise aussi difficile que d’effectuer à pied l’ascension du Mont du Château.

— Sans oublier qu’une deuxième armée sous le commandement de Navigorn nous attend au nord, observa Gialaurys. Nous nous retrouverons sur le champ de bataille avant d’avoir eu le temps de souffler et, la prochaine fois, la chance ne nous sourira peut-être pas de la même manière.

Mais ils eurent le temps de souffler, car des messagers venus de l’est leur apprirent bientôt que Korsibar avait demandé à Navigorn de se retirer de ses positions le long du fleuve et qu’il tenait des réunions au Château pour décider de la meilleure manière de poursuivre la campagne contre les rebelles. En tout état de cause, les pluies d’hiver étaient un obstacle à l’action militaire. Il y aurait donc un répit. Les troupes de Prestimion seraient au moins fraîches et disposes quand viendrait le moment de livrer la prochaine bataille.

Prestimion entreprit donc de renforcer son armée et de gagner le soutien de la population de l’arrière-pays.

Dantirya Sambail n’était pas arrivé, comme il l’avait promis. C’était ennuyeux. Le Procurateur s’était contenté d’envoyer des messages ; il avait trouvé à Zimroel, prétendait-il, une situation plus délicate qu’il ne l’avait imaginé, mais espérait régler ces affaires dans les meilleurs délais et rejoindre les forces rebelles au plus tard au printemps. En attendant, il présentait à Prestimion ses félicitations pour la grande victoire du Jhelum, sur laquelle ses frères lui avaient fourni tous les détails, et affirmait sa conviction que la route du Château et du trône qui s’ouvrait devant Prestimion serait jalonnée de succès. C’était fort bien, mais Prestimion n’en trouvait pas moins son absence troublante. Dantirya Sambail était tout à fait capable de jouer double jeu.

Après avoir attendu la fin de la saison des pluies sur les rives du Jhelum, rassemblé des provisions et reçu des éleveurs de Marraitis une livraison complémentaire de montures, Prestimion commença à faire route vers le nord, dans le district de Salinakk, à travers un vaste plateau légèrement venté, aux collines basses, au sol sec et sablonneux. Sa destination était la cité populeuse de Thasmin Kortu, la capitale de la province de Kenna Kortu, qui commençait juste après Salinakk. Le duc Keftia de Thasmin Kortu, parent par alliance de la princesse Therissa, avait écrit à Prestimion dans son campement pour l’assurer de son soutien et l’inviter à utiliser sa cité comme une base pour préparer sa campagne contre l’usurpateur.

Mais entre le Jhelum et Thasmin Kortu se trouvaient les nombreuses agglomérations du district de Salinakk et la région était en majeure partie fidèle à Korsibar. Les éclaireurs envoyés par Prestimion avaient vu ses étendards déployés en grand nombre.

Il n’y eut pourtant, au début, que peu d’opposition déclarée à l’avance de Prestimion dans cette province. Il avait en effet emmené les mollitors de Farholt ; il ne semblait guère prudent de laisser les animaux terrifiants errer en liberté sur les rives du Jhelum alors qu’ils pouvaient lui être utiles. Il les avait donc rassemblés et avait fait pression sur les conducteurs survivants pour les enrôler dans sa propre armée.

Devant cette impressionnante armée, les villageois du district de Salinakk avaient réservé à Prestimion un accueil assez chaleureux. À Thelga, où il fut acclamé avec une apparente sincérité, on lui indiqua un itinéraire plus facile que celui qu’il avait prévu de suivre, via Hurkgoz et Diskhema, en longeant les étendues désolées des salants du lac Guurduur.

Le trajet fut marqué par un seul engagement, au fort de Magalissa, perché au sommet d’une éminence, où était stationnée une garnison de troupes royalistes. Prestimion leur fit savoir qu’en tant que Coronal il exigeait qu’ils se mettent à son service, ce à quoi ils répondirent, en signe de défi, par une grêle de flèches.

— Un tel comportement est inadmissible, déclara Septach Melayn sur un ton dégagé.

Il partit régler le problème à la tête de cinq cents hommes. La tâche était délicate – un assaut contre une position retranchée sur des hauteurs, sans soutien de cavalerie, la pente étant trop accidentée et escarpée pour les montures – mais il apparut que la garnison de Magalissa n’avait pas réellement envie d’en découdre et sa reddition ne fut pas longue à venir.

Après cet épisode, l’armée rebelle reprit rapidement sa route vers le nord sur le plateau sablonneux, à travers une région de ruisseaux courant sur le sol dénudé et de petits villages protégés par des rangées de vribin au tronc mince et droit, plantés à intervalles très rapprochés. Ils atteignirent enfin le lac Guurduur, une morne étendue couverte d’une croûte blanchâtre de sel. Des créatures sinistres, à l’œil rouge, aux jambes jointes et à la queue de scorpion dressée se déplaçaient lentement en rampant et les défiaient en claquant des mâchoires de pénétrer dans leur domaine ; Prestimion, qui n’avait nul désir d’être le Coronal de ces créatures, les laissa en paix. Cinq jours plus tard, ils atteignirent la ville de Kelenissa, un carrefour routier qui défendait l’accès à la province de Kenna Kortu et la voie principale menant à la cité du duc Keftia, plus au nord.

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