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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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— Je lui suis profondément reconnaissant du soutien qu’il m’a apporté, répondit Prestimion. Du vôtre et de celui de votre autre frère aussi, ajouta-t-il en lançant un coup d’œil en direction de Gaviad, revêtu de son armure de guerre, affaissé sur son siège, la tête dans son assiette, qui ronflait assez fort pour attirer des gappapaspes en chaleur depuis le fleuve.

Quand il eut regagné sa partie du campement, Prestimion passa d’une tente à l’autre, trop nerveux pour essayer de chercher le sommeil, bien qu’il fût déjà très tard. Il parla un moment avec son frère Taradath, puis avec Septach Melayn et échangea quelques mots avec le jeune Spalirises, qui avait beaucoup de mal à se contenir, tant était vive son impatience d’engager l’action.

Une lumière brillait encore sous la tente de Thalnap Zelifor ; quand Prestimion passa la tête par l’ouverture, il vit le sorcier Vroon au travail, penché d’un air absorbé sur quelque chose qui ressemblait à une sorte de rohilla – un objet circulaire minutieusement tressé, fait de fils d’or brillants et de fragments de cristaux, mais beaucoup trop grand pour être une amulette, dix fois plus grand qu’une rohilla, évoquant plus une couronne qu’autre chose.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Prestimion. Encore un nouvel objet utilisé en sorcellerie ? Êtes-vous en train d’appeler le succès de notre offensive contre Farholt ?

— Il n’y a pas de sorcellerie, ô Prestimion. Vous souvenez-vous de ce dont je vous ai parlé quand nous étions enchaînés dans les tunnels, de cet appareil que je construisais, qui me permettrait d’amplifier les ondes provenant de l’esprit des gens, de lire dans leurs pensées et de placer mes propres pensées dans leur tête ?

— L’appareil que vous deviez inventer pour le compte de Gonivaul ? C’est bien cela ?

— J’essaie de le reconstruire, répondit le Vroon. J’ai laissé mon modèle à moitié terminé et toutes mes notes au Château, dont nous sommes partis si précipitamment. Mais j’ai tout repris, j’ai recommencé à travailler dessus depuis que nous sommes ici.

— Qu’espérez-vous en faire ?

— Eh bien, j’espère me projeter sur l’autre rive du Jhelum, établir le contact avec l’esprit de nos ennemis, discerner leurs intentions et leur stratégie.

— Je vois, fit Prestimion. Vraiment très utile ! Êtes-vous capable de le faire fonctionner ?

— Pas encore, fit tristement le Vroon. Certaines pièces essentielles sont restées dans ma chambre, au Château, avec tous mes autres appareils, en état de marche ou incomplets, et je n’ai pas encore trouvé le moyen de les reproduire. Mais je continue à travailler. J’ai bon espoir, ô Prestimion, de vous présenter sous peu cet appareil extraordinaire, pour vous récompenser de m’avoir sauvé la vie au Château.

— C’est Dantirya Sambail qui vous a sauvé, pas moi, fit Prestimion en souriant. Et seulement par hasard, je pense. C’est lui qui a forcé la main de Korsibar et vous avez été libéré en profitant du coup de force qui m’a permis de sortir de notre tunnel. Peu importe : terminez la construction de votre appareil et vous serez généreusement récompensé. Nous ne sommes pas assez nombreux et puissants pour ne pas tirer avantage de pouvoir lire dans l’esprit de nos ennemis.

Il souhaita bonne nuit à Thalnap Zelifor et le laissa penché sur ses rouleaux de fil doré. Il regagna sa tente, s’assit un moment en pensant aux événements à venir, puis il sentit le sommeil le prendre et il fit un rêve.

Il rêva qu’il tenait la planète de Majipoor dans la paume de sa main, comme un globe, qu’il contemplait cette planète dans sa main et la percevait comme une tapisserie ornée de broderies raffinées, suspendue dans une salle de pierre ombreuse et mal éclairée, où un feu dansait dans l’âtre. Dans la pénombre lugubre, les détails de la tapisserie ressortaient avec une merveilleuse netteté. À la lumière des flammes dansantes, il distinguait les broderies minutieuses représentant des elfes et des démons, d’étranges animaux et des oiseaux qui allaient et venaient dans des forêts ténébreuses et des fourrés d’arbustes épineux, entre lesquels s’ouvrait, de-ci, de-là, une clairière remplie de fleurs éclatantes. Il discernait dans la trame les rayons du soleil et la lumière des étoiles, de brillantes taches dorées, l’éclat de joyaux merveilleux, les différentes nuances luisantes des cheveux humains et les écailles des serpents. Et tout était d’une splendeur dépassant l’entendement, entouré d’une auréole de suprême beauté.

À son réveil, le rêve resta avec lui et le retint dans une atmosphère magique à donner le frisson. Mais quand il se dirigea vers l’entrée de sa tente pour regarder dehors, il vit qu’il faisait gris, qu’il pleuvait et qu’il n’y avait rien de magique. Ce n’était pas une simple pluie : il pleuvait à verse. Un déluge.

La pluie les accompagna jusqu’au Jhelum, jour après jour. Le monde semblait s’être transformé en un océan de boue glissante.

— Je préférerais franchir dix fois de suite ce maudit col d’Ekesta que de voyager dans ces conditions, déclara Gialaurys en pestant.

Mais ils poursuivirent leur route dans un paysage horrifique de marécages froids et gorgés d’eau qu’il leur avait été facile de traverser, l’année précédente, comme on traverse une plaine. Du jour au lendemain, l’hiver avait fait son apparition dans la vallée du Jhelum et il semblait que, dans cette région, l’hiver fût une saison de pluies continues.

Ils atteignirent enfin le fleuve et le trouvèrent en crue, beaucoup plus haut que son ancien niveau, très loin de son lit et coulant avec une folle impétuosité, alors qu’ils n’avaient vu la première fois qu’un cours d’eau au débit rapide.

Les embarcations et les radeaux qu’ils avaient laissés sur la rive à l’automne avaient été emportés par la crue. De toute façon, il en aurait fallu d’autres, car ils étaient infiniment plus nombreux que la petite armée qui avait traversé le fleuve en sens inverse ; ils durent donc construire de nouveaux bateaux, abattre de jeunes arbres et assembler les pièces de bois. Mais serait-il possible de traverser avant la fin de la saison des pluies ? Cela paraissait déjà douteux et le niveau du fleuve continuait de monter jour après jour.

Prestimion demanda des volontaires pour effectuer la traversée et observer la situation sur l’autre rive. Mille hommes firent un pas en avant ; il en choisit six, les fit embarquer sur un robuste petit radeau qu’il suivit anxieusement du regard tandis qu’il montait et descendait, ballotté par les eaux tumultueuses du fleuve. Le Jhelum était devenu si large qu’il était presque impossible de distinguer la rive opposée à travers le rideau de pluie.

— Ça y est ! s’écria Septach Melayn, qui scrutait la pénombre, posté au sommet d’une tour de guet. Ils sont de l’autre côté !

Ils y restèrent six jours. Ils revinrent pour annoncer que l’armée de Farholt avait elle aussi atteint le fleuve et bivouaquait sur l’autre rive, à cinquante kilomètres en aval, en attendant que les conditions météorologiques s’améliorent.

— Combien sont-ils ? demanda Prestimion.

— Il aurait fallu une autre semaine pour les compter.

— Et les mollitors ?

— Ils en ont des centaines, répondit un des espions. Un millier, peut-être.

C’était une nouvelle très alarmante. Les mollitors étaient les plus redoutables de tous les animaux : de colossales créatures cuirassées, d’origine synthétique, créées – comme les montures, les lanceurs d’énergie, les flotteurs et bien d’autres choses – à une époque reculée, où les techniques scientifiques étaient beaucoup plus développées sur Majipoor et qui, depuis, s’étaient reproduites naturellement. Le corps large, les pattes courtes, la peau épaisse, dure comme du fer, les mollitors étaient armés de terribles griffes recourbées qui leur permettaient de déraciner un arbre aussi aisément qu’un enfant arrache une feuille d’une plante, et leur tête massive était munie d’énormes et puissantes mâchoires conçues pour déchirer et écraser. Bien que dotés d’une intelligence très limitée, leur force était si colossale qu’il était impossible ou presque de leur résister. Et Farholt en avait amené des centaines sur la rive du Jhelum. Peut-être des milliers.

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