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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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À la douce lumière du soleil filtrée par les fumées, il découvrit une étendue plate et totalement nue : pas un buisson, pas un arbre, pas un rocher, rien que cette surface plane qui s’étendait de l’extrême gauche à l’extrême droite et, entre les deux, sur toute la surface visible du sol couleur de brique. Juste devant les voyageurs, dans cette plaine, se dressait une énorme colonne de lumière qui jaillissait du sol et s’élevait avec une rectitude parfaite, tel un gigantesque pilier de marbre, et dont l’extrémité supérieure se perdait dans les hauteurs de l’atmosphère. Cette colonne avait le luisant de la pierre polie ; Prestimion en estima la largeur à huit cents mètres.

— Regarde, fit Svor. C’est la Fontaine.

Ce n’était pas de la pierre, non. Prestimion comprit qu’il s’agissait d’un jaillissement d’énergie pure. Le mouvement était évident à l’intérieur. D’énormes secteurs tourbillonnaient, s’entrechoquaient, s’enchevêtraient et fusionnaient. Les couleurs changeaient sans cesse, passant d’une dominante rouge à verte, puis bleue ou encore brune. La texture de certaines parties de la colonne paraissait plus dense par endroits. Des étincelles s’en détachaient et voletaient un moment avant de s’évanouir. À son sommet imprécis la colonne se fondait progressivement dans les nuages qu’elle troublait et assombrissait. L’air vibrait d’un sifflement continu, une manière de crépitement évoquant une décharge électrique.

Prestimion trouvait hallucinant le spectacle de cette énorme colonne éclatante, isolée au milieu du plateau désolé. C’était un sceptre, un symbole de pouvoir ; c’était un foyer de changement et de création ; c’était un axe de puissance, sur lequel toute la planète géante pouvait tourner.

— Que m’arriverait-il, à ton avis, si je la touchais ? demanda-t-il à Svor.

— Tu t’y dissoudrais en un instant. Les particules de ton corps danseraient à jamais dans cette colonne de lumière.

Ils s’approchèrent d’aussi près qu’ils osèrent le faire. Cela leur permit de distinguer sur le pourtour de la Fontaine une large bordure calcifiée, d’une blancheur d’ossements, lisse comme de la porcelaine. L’incroyable surgissement de lumière multicolore jaillissant d’un insondable et ténébreux abîme passait à l’intérieur de cette bordure. Quelles forces étaient à l’œuvre dans les entrailles de la planète. Prestimion n’en avait pas la moindre idée. Mais, en contemplant pensivement le spectacle extraordinaire qui s’offrait à ses regards, il fut frappé, pour la première fois, lui sembla-t-il, par le sentiment de la splendeur majestueuse de Majipoor, de la beauté et de la grandeur de cette planète qui recelait une infinie variété de merveilles. Et il fut saisi d’une profonde tristesse à la pensée que cette beauté et cette grandeur allaient être en partie ternies par la guerre. Mais il n’avait pas le choix. L’harmonie de la planète avait été rompue et il n’existait pas d’autre remède que la guerre.

Il contempla longuement la Fontaine. Après quoi, il donna l’ordre d’en faire le tour et de poursuivre la marche vers l’ouest.

6

Il leur fallut treize jours pour franchir le col d’Ekesta, ce qui, au dire de Nemeron Dalk, était le temps le plus court dont il eût jamais entendu parler. Ils marchèrent nuit et jour, sans jamais ou presque prendre le temps de faire halte, comme si l’armée de Navigorn était sur leurs talons. Ce fut une épreuve pénible, mais, comme l’avait prédit Thalnap Zelifor, la chose n’était pas impossible, seulement très difficile.

Les Trikkalas étaient des montagnes aux contours déchiquetés, d’où s’élançaient des pics aigus qui les faisaient ressembler à des crêtes de lézard ; la route du col n’était qu’une sorte de piste bosselée, à peine tracée à certains endroits. La nourriture y était difficile à trouver ; elle n’avait la plupart du temps pas une grande valeur nutritive et apportait encore moins de plaisir ; l’air, sec et froid, allait en se raréfiant, de sorte que le simple fait de respirer était parfois douloureux. Mais tout le monde marcha rapidement, sans se plaindre, et le franchissement du col se passa sans encombre. Même les vorzaks tant redoutés demeurèrent à distance respectueuse et se contentèrent de pousser des cris furieux et de donner de la voix, de l’abri de leurs cavernes à flanc de montagne. Quand les voyageurs parvinrent enfin sur le versant opposé, leur âme s’emplit de gratitude et de soulagement.

Ils arrivèrent en terrain dégagé, peu boisé, où des agglomérations très espacées apparaissaient de-ci, de-là. L’air y était plus doux, car ils s’engageaient dans la vallée du Jhelum, vers lequel des affluents convergeaient de tous côtés. Le fleuve au débit rapide était large, trop pour y jeter un pont. Mais il n’y avait pas de rapides ni d’autres dangers apparents et ils entreprirent de construire des bateaux et des radeaux en utilisant les arbres qui poussaient à profusion au bord du fleuve. Il fallut trois jours pour faire passer sur l’autre rive les hommes et tout le matériel.

Ils ne connurent qu’une seule alerte, quand la grosse tête carrée et luisante, suivie du long cou épais d’un gappapaspe sortit de l’eau à vingt mètres devant l’embarcation de Gialaurys ; la tête de l’animal gigantesque s’éleva très haut au-dessus d’eux, emplissant le ciel et provoquant chez certains un début de panique. Mais l’animal se contenta de les regarder. Le gappapaspe était un inoffensif herbivore se nourrissant d’algues et vivant sur les fonds vaseux des cours d’eaux ; pour les voyageurs, le seul danger était que l’un d’eux remonte à la surface, juste au-dessous d’un radeau ou d’un bateau, et le brise en mille morceaux, précipitant ses occupants dans le fleuve, où d’autres animaux moins inoffensifs pouvaient être à l’affût. Mais ils ne virent que ce géant solitaire qui, au bout d’un moment, se laissa glisser dans l’eau et disparut dans les profondeurs gris-brun.

Sur la rive occidentale du fleuve, ils retrouvèrent une région peuplée, des agglomérations animées de taille moyenne, entourées de zones agricoles ; dès que Prestimion se présenta à la population, il fut accueilli comme un libérateur et acclamé comme le Coronal. Les habitants de la région connaissaient peu Korsibar et avaient de la peine à comprendre comment il avait pu prendre possession du trône alors que le fils d’un Coronal n’était pas censé succéder à son père. Prestimion fut salué comme le souverain légitime par ces braves campagnards respectueux des traditions, qui se rangèrent avec empressement sous ses étendards.

Il établit son campement où il l’avait décidé, dans les grandes prairies de Marraitis où on élevait depuis des millénaires les plus belles montures de Majipoor. Les meilleurs éleveurs vinrent à lui avec leurs troupeaux de montures de combat et mirent spontanément à la disposition de sa cavalerie les plus robustes et les plus fougueuses.

La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre que Prestimion rassemblait une armée pour marcher sur le Mont du Château et renverser le faux Coronal ; la réaction populaire fut enthousiaste. Il ne se passait pas de jour ou presque qu’un détachement de quelque ville de la région n’arrive au campement. « Je préfère mourir ici, à vos côtés, plutôt que de me soumettre à celui qui occupe illégalement le Château », entendait-il dire de toutes parts. Prestimion accepta ainsi avec joie dans les rangs de son armée des hommes tels que le duc Miaule d’Hither Miaule, à la barbe de neige, accompagné de cinq cents guerriers en tunique verte, tous habiles cavaliers ; Thurm de Sirynx et ses mille hommes en uniforme à rayures turquoise, les couleurs de leur cité ; le jeune et radieux Spalirises aux cheveux d’or, fils de Spalirises de Tumbrax, à la tête d’une troupe imposante ; Gynim de Tapilpil, avec une unité de frondeurs en pourpoint cramoisi ; l’intrépide Abantes de Pytho, Talauus de Naibilis et bien d’autres de cette envergure. Prestimion vit aussi arriver des troupes de Thannard, de Zarang, d’Abisoane et de deux douzaines d’autres agglomérations dont il n’avait jamais entendu parler, mais dont il accepta volontiers le soutien. L’arrivée de ce flot de combattants le stupéfia et lui fut infiniment agréable. Ses frères Abrigant et Taradath vinrent, eux aussi, se joindre à ses troupes, avec, lui sembla-t-il, la moitié des hommes valides de la cité de Muldemar. Ils expliquèrent que Teotas, le benjamin, les aurait accompagnés si leur mère, la princesse Therissa, ne s’y était opposée.

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