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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– Il faut prévenir le duc, reprit Maurevert.

– Je m’en charge, dit un gentilhomme en s’élançant.

– Nous autres en attendant, faisons bonne garde, acheva Maurevert.

Huguette et le chevalier n’avaient rien entendu de ces paroles qui se perdirent dans le tumulte. Mais Huguette entendait parfaitement les cris de mort.

– Est-ce donc à vous que s’adressent ces cris? demanda-t-elle en pâlissant.

– À qui voulez-vous que ce soit? fit Pardaillan.

– Mon Dieu! Qu’avez-vous fait encore?…

– Moi? Rien. J’ai simplement empêché qu’on ne fasse. Car ce qu’on voulait faire était hideux.

– Je ne comprends pas, dit Huguette. N’importe, monsieur le chevalier, vous avez dû, sans doute, vous mêler…

– De ce qui ne me regardait pas! acheva Pardaillan. Ô mon digne père, dormez tranquille. Voici notre bonne hôtesse qui prend pour son compte la belle morale que vous me faisiez…

– Hélas! reprit Huguette qui tremblait, que va-t-il vous arriver, chevalier?

Le mot était sublime. Car Huguette ne pouvait un instant douter que l’auberge ne fût bientôt prise d’assaut par la multitude furieuse, et qu’elle ne succombât sous les coups. La bonne hôtesse s’oubliait. Pardaillan la considéra un instant avec une admiration attendrie.

– Vous savez bien, ma chère hôtesse, qu’à la Devinière, il ne m’est jamais rien arrivé de fâcheux, reprit le chevalier.

– Écoutez! écoutez! s’écria Huguette.

Un étrange tumulte éclatait dans la rue, à ce moment. Et ce n’était pas le tumulte d’une attaque; des bruits sourds résonnaient, et ce n’étaient pas les bruits d’une porte qu’on essaye de défoncer. Ce tumulte, c’était celui d’une foule qui s’écarte précipitamment. Ces bruits, c’étaient, eût-on dit, ceux de meubles qui, tombant de très haut; se brisaient à grand fracas sur le perron et sur la chaussée. En même temps, de rauques vociférations descendaient du haut d’une fenêtre, comme une pluie d’imprécations. Dehors Maurevert s’écriait:

– Je le savais bien que le damné Pardaillan avait rassemblé ici son armée de truands!

Et Pardaillan disait à Huguette:

– Ah ça, mais nous avons donc des défenseurs?

Il s’élança vers les étages supérieurs et, guidé par le bruit formidable, atteignit le deuxième et dernier étage. Là, il constata que les vociférations venaient de la chambre où il avait dormi la nuit précédente… la chambre qu’il avait occupée jadis quand il logeait à la Devinière.

«Ils sont au moins quinze là-dedans, songea-t-il. À la bonne heure! Je commence à croire qu’on va pouvoir donner du fil à retordre à messieurs les guisards.»

Et il ouvrit la porte en criant:

– Holà, camarades, ne jetez pas tout à la fois! De la méthode, que diable! Organisons une défense, et…

Il s’arrêta court, ébahi par le spectacle imprévu qui s’offrait à ses yeux.

Dans sa chambre, il n’y avait plus de meubles: les chaises, les deux fauteuils, la table, le bahut, le lit lui-même, démonté sans doute pièce à pièce, avaient été précipites par la fenêtre grande ouverte. Il n’y avait plus qu’une horloge, une de ces hautes horloges enfermées dans une gaine de bois sculpté.

Or, cette horloge, pour l’instant, semblait s’être animée d’une vie surnaturelle et fantastique. Elle dansait, se balançait, se cognait aux murs, avec des gémissements sonores et de brusques appels de sa sonnerie détraquée. Pardaillan qui ne s’étonnait de rien en demeurait muet de stupéfaction.

Cette horloge se battait!… Elle se battait contre un grand diable presque aussi haut et sûrement aussi maigre qu’elle, un être aux jambes d’échassier, aux bras démesurés, au long buste surmonté d’un seul cou, que surmontait enfin une petite tête à bec d’oiseau, à cheveux noirs aplatis sur le front plat.

C’était cet homme qui avait précipité tous les meubles par la fenêtre. C’était lui qui, empoignant l’horloge à bras-le-corps, l’entraînait aussi vers la fenêtre. C’était lui qui hurlait et vociférait d’une voix grasse, large, basse et profonde! Il ruisselait de sueur. Il était blême d’épouvante, insensé de fureur. Il assénait à l’horloge de terribles coups de pied et la serrait dans ses bras, d’une étreinte frénétique.

– Ah! misérables! comme à la chapelle Saint-Roch; comme à l’abbaye! Vingt contre un! Ah! Par la fenêtre! Tous par la fenêtre! Quelle bataille!… Toi aussi, tu y passeras! Nous y sommes!… Ouf!…

L’horloge, dans un dernier effort du fou – fou de peur et de rage – venait enfin de basculer sur l’appui de la fenêtre. L’homme se pencha avec un grand éclat de rire. L’horloge tomba dans le vide et alla se fracasser sur la chaussée, d’où monta la furieuse imprécation de la foule. Alors le fantastique lutteur, les yeux hagards, le visage couvert de sueur, se retourna en croassant d’un air satisfait:

– Tous en déroute!… Le dernier est mort!

Et Pardaillan reconnut Croasse.

XXXVI BELGODÈRE

Belgodère, on l’a vu, s’était élancé vers la porte Montmartre pour courir à l’abbaye. Il trouva la porte fermée: sur l’ordre du duc de Guise, nul ne pouvait sortir de Paris. Belgodère ne fit aucune objection aux gens d’armes qui lui crièrent de passer au large. Il s’écarta et, à deux cents pas de la porte, monta sur le rempart en grognant:

– À cette heure, dit-il, la fille de Claude doit être en cendres. Le tour est joué. Que dit-il? Que pense-t-il?… Il pleure. Je voudrais bien être près de lui pour le voir pleurer.

L’image qui s’évoquait dans son esprit, Violetta pendue au-dessus du bûcher, et Claude mourant de désespoir, appela l’image de sa propre fille que lui-même avait vue dans les flammes. Un long frisson le secoua. Mais il se raccrocha à sa haine.

– Flora est morte, gronda-t-il. Bon, il ne faut plus que j’y pense. C’est bien assez de penser aux vivants. Flora est morte. Mais Violetta est morte. Et il me reste Stella. Que reste-t-il à Claude?

Il se pencha sur le fossé et murmura:

– Impossible! Je me romprais les os. Et je veux vivre, moi! J’ai une fille, moi! Et qui sait si Claude…

Il pâlit à la pensée que Claude chercherait sans doute à se venger sur Stella Alors il redescendit en toute hâte et courut à la porte.

– Laissez-moi passer, dit-il au chef du poste, je payerai ce qu’il faudra.

Cet homme couvert de sueur, hagard, haletant, les yeux exorbités, éveilla les soupçons du sergent d’armes. Il fit un signe: cinq ou six gardes se jetèrent sur Belgodère et le poussèrent dans la rue. Le bohémien courut à la porte voisine, mais s’y heurta à la même consigne.

– Comment faire? grommela-t-il.

Tout à coup, il eut un cri de joie et se reprit à courir.

«Comment n’y ai-je pas songé tout de suite? Elle me fera sortir, elle.»

Il venait de penser à Fausta. Elle devait être sur la place de Grève: il y avait vu sa litière. Lorsqu’il arriva sur la Grève, il vit que l’estrade était vide, et qu’il n’y avait plus sur la place que des gens occupés à ramasser des blessés qu’ils emportaient sur des civières. Belgodère ne se demanda pas ce qui s’était passé. La fête était terminée, voilà tout. Il entra dans la Cité, et bientôt frappait au palais Fausta.

Fausta venait de rentrer.

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