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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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Il regarda autour de lui et, dans cette course vertigineuse, il lui sembla reconnaître des détails, des maisons déjà, une rue connue… Une lueur d’espoir s’alluma dans son esprit: cette rue, c’était la rue Saint-Denis!… Et la rue Saint-Denis, c’était l’auberge de la Devinière… une retraite possible!…

Alors, avec ce suprême sang-froid qui naît parfois des circonstances désespérées, il médita la manœuvre ultime, si le mot méditer peut s’appliquer à ce rapide travail d’esprit qui dure une seconde.

Derrière lui, la troupe des cavaliers galopait éperdument. Il n’avait comme avance que deux ou trois longueurs de cheval. Sa bête épuisée, sanglante, écumante, ne donnait plus que ce galop raidi qui précède la chute. Pardaillan vit le perron de la Devinière, et se prépara: il abandonna la bride sur l’encolure et déchaussa les étriers; en même temps passant la jambe par-dessus l’encolure, il se trouva assis sur la selle, à la manière des amazones: à cet instant, il atteignit la Devinière: il sauta!…

En même temps qu’il sautait, il cinglait le cou de son cheval d’un dernier coup de sa rapière. La bête, affolée de douleur, délestée d’ailleurs, rebondit avec une nouvelle vigueur et continua son galop furieux pour aller s’abattre enfin plus de cinq cents pas plus loin… Le peloton des poursuivants, lancé au galop de charge, passa comme une trombe…

Les premiers seuls avaient vu la manœuvre de Pardaillan et tentèrent de s’arrêter. Alors, ce fut une mêlée affreuse. Les cavaliers qui accouraient par derrière, lancés en une course frénétique, et quelques-uns même emballés, vinrent heurter ceux des premiers rangs comme des catapultes vivantes.

Cette scène horrible se passa à près de deux cents pas au-delà du perron. Les chevaux se mêlèrent; cinq ou six s’abattirent; une dizaine de cavaliers blessés ou désarçonnés par de furieuses ruades gisaient sur la chaussée; les hurlements des blessés, les imprécations de ceux qui, restés à cheval, essayaient de se dépêtrer de l’inextricable fouillis, les cris de la foule assemblée en un clin d’œil formèrent une clameur terrible, et enfin, lorsque ces gens purent se reconnaître, lorsqu’un peu d’ordre se rétablit dans le peloton affolé de rage et de terreur, plus de cinq minutes s’étaient écoulées depuis l’instant où Pardaillan avait sauté; sur la chaussée, il y avait deux morts, sept ou huit blessés, plusieurs chevaux sur le flanc.

Cependant le chevalier avait monté le perron de la Devinière au moment même où tout ce qui était dans l’auberge, buveurs, garçons et servantes, se précipitait dehors pour voir quel cyclone, avec un si effroyable tumulte, passait dans la rue. Ces gens virent Pardaillan qui montait. Et ils s’écartèrent, pris d’épouvante, dans leur étonnement.

Pardaillan, la rapière nue à la main, le pourpoint en lambeaux, du sang au visage, du sang aux mains, Pardaillan avait une si terrible figure qu’ils tremblèrent.

Pardaillan entra, jeta sa rapière et chancela un instant. Par un puissant effort, il réagit; et, apercevant un gobelet plein de vin qu’un buveur avait laissé pour courir au perron, il le vida d’un trait. Alors, il ferma la porte et les fenêtres. Puis, avec cette sorte de tranquillité qui présidait à toutes ses actions, il se mit à barricader l’auberge; entre la première fenêtre et la porte, il y avait un bahut chargé de vaisselle; Pardaillan se mit à pousser le bahut; ses muscles saillirent; les veines de ses tempes se gonflèrent; arc-bouté des épaules, il poussa d’un frénétique effort; le bahut s’ébranla et vint se placer devant la porte…

Il passa dans la cuisine qui avait aussi une porte sur la rue. Et quelques instants plus tard, une armoire bouchait cette porte… Alors, haletant, il revint dans la salle commune et, saisissant une bouteille au hasard, se versa un grand verre de vin qu’il vida.

– Bonne idée, grommela-t-il, qu’a eue jadis maître Grégoire de placer des barreaux aux fenêtres; cela m’épargne de la besogne, et vraiment, je n’en puis plus… ouf! il est exquis, ce vin.

Une nouvelle rasade ponctua cette appréciation.

– Mon Dieu, fit tout à coup une voix tremblante, que se passe-t-il?… Qui êtes-vous?… Que faites-vous là?… Qui a barricadé la porte?

– C’est moi, ma chère Huguette, rassurez-vous! dit Pardaillan qui, en se retournant, venait d’apercevoir l’hôtesse, laquelle, au bruit, descendait de l’étage supérieur et venait d’entrer.

– Vous, monsieur le chevalier!… Seigneur! comme vous voilà fait!… Oh! mais il se trouve mal!…

Pardaillan venait de tomber lourdement sur un escabeau; le sang perdu, l’affolement de cette course infernale à travers Paris, le vin qu’il venait de boire coup sur coup, toutes ces causes combinées le terrassaient enfin. Huguette s’élança, oubliant l’étrangeté de la situation et, soutenant dans ses bras la tête pâle du chevalier, elle le contempla un instant avec une profonde expression de tendresse où il y avait l’émoi d’une amante et une pitié maternelle.

Alors ses yeux à elle se troublèrent, se voilèrent d’une buée de larmes. Et doucement, avec une infinie douceur, elle posa ses lèvres sur le front livide de Pardaillan évanoui. Ce fut le premier baiser d’Huguette la bonne hôtesse. Elle en tressaillit jusqu’au fond de son être, et sans doute, en ce moment, elle bénit la bataille et la tragique situation qui lui valaient ce baiser pris en secret… baiser volé!

Au dehors les hurlements se rapprochèrent soudain. Fut-ce le baiser, fut-ce la clameur qui éveilla Pardaillan? L’un et l’autre, peut-être. Il ouvrit les yeux et sourit, avec un long soupir de l’homme qui revient à la vie.

– Mathieu! Lubin! appela Huguette. Et vous Jehanne, Gillette, accourez!… Vite, donnez-moi ce cordial!… Oh! mais où sont-ils tous!…

En effet, la salle commune était parfaitement vide. Il n’y avait plus personne dans l’auberge. Pardaillan se mit à rire.

– Pardieu, je les ai laissés dehors, en me barricadant!…

– Mais pourquoi vous barricader?

– Chère Huguette, écoutez! dit le chevalier qui se remit debout.

Dans la rue, devant l’auberge, c’était la rumeur de mort qui montait; les gentilshommes de Guise se préparaient à l’attaque, et la multitude qui ne connaissait pas cet homme qu’on allait prendre, hurlait de joie. Bussi-Leclerc et Maineville, entourés d’une vingtaine de leurs amis, examinaient le perron et la porte.

– Il faut défoncer cela, dit Bussi-Leclerc.

– Un instant! fit une voix rude, rauque, tremblante de rage et de joie.

Tous se retournèrent et virent Maurevert. Et bien que leurs propres sentiments fussent portés à leur paroxysme, ils ne purent s’empêcher de frémir à voir la haine qui éclatait sur ce visage. Maurevert, qui pouvait passer pour un beau gentilhomme, était hideux, épouvantable dans cette minute où il tenait enfin Pardaillan à sa merci.

Chacun comprit que, par la violence du sentiment qui l’emportait, Maurevert devenait le chef de la bande.

– Parle! crièrent plusieurs.

– Je connais l’homme, cria Maurevert. Soyez sûrs que s’il s’est gîté là, il doit avoir le moyen de s’y défendre. Donc, il ne faut rien livrer au hasard. La prise est trop importante.

Il souffla fortement, avec une indicible expression de joie féroce dans ses yeux striés de rouge.

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